
L’offensive menée dans le Nord-Constantinois, le 20 août 1955, sous la direction du chahid Zighoud Youcef, s’est traduite par une mobilisation populaire exceptionnelle et un engagement massif d’un peuple résolu à briser le joug colonial et à reconquérir son indépendance.
Le 20 août 1955 à midi a marqué «le ralliement total du peuple au Front de libération nationale (FLN), unis plus résolument que jamais pour une cause suprême : l’indépendance de l’Algérie», a souligné le moudjahid Mohamed-Seghir Hamrouchi, ancien cadre de la nation.
Il a précisé que «le choix de lancer les offensives du Nord-Constantinois à midi, une heure de pleine activité où tout geste était observé, n’était pas fortuit. Il visait à envoyer un message clair au colonisateur : désormais, la guerre de libération nationale ne relevait plus seulement des maquisards, mais devenait le combat de tout un peuple, à visage découvert». Le moudjahid affirme encore «entendre le hurlement des sirènes, ce jour-là à Constantine, annonçant le début d’une nouvelle ère et marquant un tournant décisif de la glorieuse Révolution».
Selon lui, la portée du 20 Août «résonnait à l’échelle mondiale». Il souligne que ces offensives, soutenues par la population, ont «totalement déstabilisé le colonisateur, qui parlait jusque-là du “dernier quart d’heure” de la guerre, sans réaliser que c’était en réalité le sien qui venait de commencer en Algérie».
Panique au sein de l’administration coloniale
Les offensives du Nord-Constantinois ont plongé l’administration coloniale dans un état de panique généralisée, rapporte encore M. Hamrouchi. Face à l’ampleur de la mobilisation populaire, les autorités coloniales se sont lancées dans une course effrénée pour tenter de reprendre le contrôle d’une situation qui leur échappait. Dans ce contexte, il évoque la riposte brutale orchestrée par le ministre résident Robert Lacoste, instigateur de la loi des pouvoirs spéciaux adoptée en mars 1956. Celle-ci a permis la mise en œuvre de mesures répressives exceptionnelles, tant civiles que militaires, pour tenter de contenir le soulèvement. Mais ces décisions, prises dans la précipitation, ont fini par discréditer leurs propres auteurs, aggravant l’engrenage de la violence coloniale.
La réaction des responsables coloniaux, qui reconnaissaient dans leurs discours officiels que la situation en Algérie était devenue «dure, voire très dure», au lendemain des attaques du 20 Août, témoigne, selon M. Hamrouchi, de l’entrée de la guerre de libération dans une nouvelle phase, plus intense et difficilement maîtrisable. Il rappelle aussi sa propre participation à la grève des étudiants du 19 mai 1956, alors qu’il était élève au lycée d’Aumale (actuel lycée Reda-Houhou) de Constantine.
Ces événements ont mis en échec les tentatives de réforme menées par Jacques Soustelle, alors gouverneur général de l’Algérie, qui misait sur une politique d’intégration accordant des «droits» limités aux Algériens, tout en maintenant le cadre colonial. Pour M. Hamrouchi, l’ampleur de la révolte a prouvé que le temps des compromis était révolu. L’action armée menée par l’Armée de libération nationale (ALN) exprimait la volonté d’une rupture totale avec le colonialisme, rendant caduques les efforts de Soustelle, dont les discours sociaux et politiques étaient désormais déconnectés de la réalité.
Une mobilisation populaire sans précédent
L’offensive menée dans le Nord-Constantinois, notamment à Constantine-Centre, Aïn Abid, El Héria, Skikda, El Harrouch, Condé-Smendou (aujourd’hui Zighoud-Youcef), Azzaba, El Milia, Guelma et Oued Zenati, a eu pour effet de rassembler les différentes forces vives de la nation – religieux, militants, ouvriers, étudiants et paysans – autour de l’objectif commun de l’indépendance, souligne M. Hamrouchi.
Il note que les partis politiques et organisations algériennes, tels que l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) de Ferhat Abbas, l’Association des oulémas musulmans algériens et les communistes, bien que porteurs de visions idéologiques différentes, ont vu dans ce soulèvement une opportunité de s’unir contre le colonisateur. Cette dynamique d’unité a contribué à ancrer la lutte pour l’indépendance dans une mobilisation populaire large, dépassant tous les clivages.
Cette union a constitué, selon lui, un tournant stratégique majeur dans la guerre de libération, en renforçant la légitimité du FLN comme unique représentant de la cause nationale. Sur le plan international, cette cohésion a permis au FLN de mieux faire entendre la voix de l’Algérie et de consolider son action diplomatique.
M. Hamrouchi qualifie ces offensives d’«acte noble et courageux», mené par des hommes profondément engagés pour la dignité nationale, sous la direction du chahid Zighoud Youcef et de ses compagnons de combat tels que Lakhdar Bentobal, Benaouda Mostefa, Ali Kafi et Chetaibi Amar. Il rappelle également que les dirigeants de la Révolution avaient insisté pour que les actions armées se déroulent dans le respect des principes éthiques et moraux.
Militant à Constantine sous les ordres de son frère aîné El Hamel, dit Azzouz, M. Hamrouchi fut chargé, après les offensives du 20 Août, de créer une cellule clandestine dans la ville. Il évoque aussi longuement les actions de soutien urbain qui accompagnaient les combats dans les maquis, qu’il rejoindra lui-même en 1958.
A.Ryad
