
À Alger, les ministres africains réunis dans le cadre de la 4ᵉ édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025) ont livré un message sans détour : le temps du débat sur le potentiel de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est révolu, place désormais à son opérationnalisation.
La rencontre, présidée par le ministre algérien du Commerce extérieur et de la Promotion des Exportations, M. Kamel Rezig, au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal (CIC), a vu la participation du secrétaire général du Secrétariat de la ZLECAf, Wamkele Mene, de la vice-présidente exécutive d’Afreximbank, Kanayo Awani. Plusieurs ministres du Commerce de plusieurs pays africains ont pris part à cet événement.
Lors de sa prise de parole, le ministre algérien a mis en avant les potentialités de l’Afrique et la nécessité d’augmenter le taux des échanges commerciaux africains. Il a dans ce sens précisé que le développement doit dépasser 7% à l’horizon 2030. Une opinion partagée par les ministres sur place.
Les échanges se sont articulés sur les nombreux défis structurels qui se dressent devant l’Afrique. Parmi eux : les coûts élevés du commerce, le manque d’infrastructures, la fragmentation des réglementations et les problèmes de financement. Le ministre du Commerce de la Gambie a particulièrement alarmé dans ce sens exhortant les puissances africaines, à l’instar du Nigeria et de l’Algérie, à accompagner le développement de son pays. Le ministre du Burundi a lui assuré que son pays fait de son mieux pour pallier son manque d’infrastructures pour exploiter au mieux sa position géographique stratégique.
D’ailleurs, s’exprimant massivement sur ce sujet, le secrétaire général de la ZLECAf, S.E. Wamkele Mene, dira que la réussite de ce projet continental repose sur un double engagement : l’alignement des politiques commerciales et l’investissement dans des infrastructures régionales. «Nous devons accélérer le processus. L’Afrique ne peut plus se permettre d’être spectatrice dans la dynamique mondiale», a-t-il lancé, appelant les États à traduire leurs engagements en mesures concrètes.
De son côté, Mme Kanayo Awani a indiqué que seule une approche intégrée peut inverser la tendance. Elle a plaidé pour l’harmonisation des normes, l’accès à des financements adaptés et l’usage d’instruments financiers innovants.
«Quand nous soutenons la mise en œuvre de la politique avec les bons instruments, les réglementations deviennent des leviers. Les entreprises progressent plus vite et l’intégration devient une réalité», a-t-elle affirmé.
Le dialogue ministériel ne s’est pas limité aux grands principes. Il a mis en avant des secteurs clés où la ZLECAf peut générer rapidement des résultats concrets. L’agriculture, qui fait vivre une grande partie des Africains, doit être davantage soutenue afin de transformer la sécurité alimentaire en moteur de croissance. Les industries culturelles et créatives, regroupées dans l’initiative Creative Africa Nexus (CANEX), sont appelées à devenir à la fois un levier d’exportation et un vecteur d’influence mondiale. Quant à l’industrie automobile, encore en phase d’essor sur le continent, elle ouvre la voie à la création de chaînes de valeur intégrées capables de s’imposer sur la scène internationale.
Le message des ministres est sans ambiguïté : le temps des débats sur le potentiel de la ZLECAf est révolu, il s’agit désormais de passer à son opérationnalisation.
Une édition cruciale
Organisée par Afreximbank, la Commission de l’Union africaine et le Secrétariat de la ZLECAf, et abritée à Alger, cette foire s’impose comme un véritable laboratoire de l’intégration africaine. Outre les différents dialogues ministériels, elle a accueilli des initiatives de premier plan telles que le Global Africa Diaspora Day, le Salon automobile africain, l’Arise Industrialisation Day et le Forum d’investissement en Algérie. Autant d’espaces complémentaires qui illustrent la volonté de dépasser le cadre strict des accords commerciaux pour promouvoir une vision intégrée de la transformation économique et sociale du continent.
En réunissant responsables politiques, institutions financières et opérateurs privés, le dialogue ministériel de la ZLECAf a confirmé que l’Afrique est prête à franchir une nouvelle étape. La route reste longue, mais le signal lancé à Alger est clair : l’intégration économique ne peut plus attendre.
La ZLECAf, rappelons-le, constitue l’un des traités panafricains les plus ambitieux. Elle vise à créer un marché unique des biens et services, incluant la libre circulation des personnes et des capitaux, afin de stimuler le commerce intra-africain, d’accélérer l’industrialisation et de renforcer la compétitivité du continent.
Alors que les portes de cette 4ᵉ édition de l’IATF se refermeront le 10 septembre 2025, le message d’Alger restera comme un jalon important : du discours à l’action, l’Afrique s’efforce désormais de construire une prospérité collective, compétitive et inclusive.
G. Salah Eddine
