Coopération militaire : Alger et Washington se concertent

Les relations militaires entre Alger et Washington connaissent depuis plusieurs mois une intensification notable, marquée par une série de visites de haut niveau et l’élargissement d’un dialogue stratégique fondé sur la lutte contre le terrorisme, la formation et l’échange de renseignements.

Dimanche dernier, le général de Corps d’Armée Mostefa Smaali, commandant des Forces terrestres, a reçu au siège du Commandement des Forces terrestres le général-major Claude K. Tudor, commandant des opérations spéciales de l’AFRICOM, en présence d’une délégation de haut rang et de l’ambassadrice des États-Unis à Alger, Mme Elizabeth Moore Aubin. Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des engagements bilatéraux scellés lors de la visite du général Michael Langley, commandant de l’AFRICOM, en janvier 2025, qui avait conduit à la signature d’un mémorandum d’entente historique sur la coopération militaire.
Selon un communiqué de l’ambassade américaine, cette visite illustre la reconnaissance par Washington du rôle stratégique de l’Algérie, considérée comme un «partenaire central, doté d’une expertise avérée dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé». De fait, l’Algérie est perçue comme un acteur pivot dans une région secouée par la montée en puissance des groupes terroristes, qu’il s’agisse de l’État islamique ou d’al-Qaïda, désormais implantés du Sahel à la Corne de l’Afrique. Les États-Unis, confrontés aux limites de leurs dispositifs sécuritaires sur le continent, cherchent à bâtir des passerelles solides avec des armées expérimentées. Dans ce cadre, l’Armée nationale populaire (ANP) apparaît comme un allié crédible, en raison de son expérience unique et de ses succès dans la neutralisation des groupes armés sur son territoire.
Au-delà de la lutte antiterroriste, la coopération militaire algéro-américaine se déploie dans un spectre plus large. Elle englobe la modernisation des forces, la formation spécialisée et l’échange de savoir-faire technique. L’Algérie, engagée dans une dynamique de professionnalisation et de diversification de ses partenariats, dialogue avec des acteurs aussi variés que la Chine, l’Italie, l’Allemagne, les États-Unis et plus récemment l’Inde. Cette ouverture illustre une vision stratégique : tirer parti de la complémentarité des offres internationales tout en préservant une autonomie décisionnelle. En d’autres termes, Alger capitalise sur sa position géostratégique et son expertise pour renforcer ses capacités sans s’aligner sur une seule puissance.
Cependant, cette coopération n’est pas exempte de lignes rouges. Washington, dans sa quête d’un ancrage plus profond en Afrique, n’ignore pas que l’Algérie reste intransigeante sur un principe fondamental : le refus catégorique d’accueillir des bases militaires étrangères sur son sol. Ce choix, partagé par plusieurs pays africains qui avaient d’ailleurs rejeté l’installation du siège de l’AFRICOM sur le continent, constitue un marqueur fort de la souveraineté algérienne. Ainsi, si Alger est ouverte à un partenariat pragmatique et à des programmes conjoints de formation ou de renseignement, elle exclut toute forme de présence militaire permanente.
Cette position se comprend d’autant plus dans un contexte où les interventions étrangères ont souvent déstabilisé des régions entières. L’exemple libyen reste dans toutes les mémoires : l’effondrement d’un État a ouvert un espace de chaos où prospèrent les trafics et les groupes armés. En contraste, l’Algérie a bâti une approche fondée sur la prévention, la coopération régionale et l’anticipation, en privilégiant les solutions politiques et diplomatiques pour résoudre les crises. Cette doctrine de sécurité, forgée dans l’expérience douloureuse de la décennie noire, est aujourd’hui reconnue comme un modèle par de nombreux partenaires africains et internationaux.
Sur le plan global, la coopération militaire algéro-américaine s’inscrit dans un nouvel équilibre stratégique. Les États-Unis, qui maintiennent environ 1 900 militaires répartis dans 19 pays africains, cherchent à sécuriser leurs intérêts et à stabiliser un continent devenu un enjeu majeur des rivalités internationales. De leur côté, les autorités algériennes voient dans cette coopération un moyen de renforcer leurs capacités, de diversifier leurs partenariats et de consolider leur rôle régional, sans renoncer à leur indépendance diplomatique. Comme le rappellent les responsables des deux pays, Alger et Washington partagent un objectif commun : œuvrer à la paix et à la stabilité régionale dans un environnement marqué par la montée des menaces hybrides et des défis sécuritaires transnationaux.
En définitive, l’intensification des échanges militaires entre Alger et Washington témoigne d’une convergence d’intérêts mais aussi d’une maturité dans la relation. L’Algérie, forte de son expérience et de son poids diplomatique, n’entend pas se limiter au rôle de partenaire local : elle aspire à s’imposer comme une puissance régionale capable de proposer une vision, de fédérer ses voisins et de peser dans les équilibres de sécurité africains. Pour les États-Unis, miser sur un acteur aussi stable et crédible que l’Algérie relève autant du pragmatisme que de la nécessité. Reste à voir comment cette coopération évoluera dans un monde où les rapports de force changent rapidement et où l’Afrique devient, plus que jamais, un terrain stratégique disputé.
G. Salah Eddine

Composé du Sous-Marin “Novorossiisk” et du Remorqueur Maritime de Sauvetage “Lakov Grebelskii” : Accostage du Détachement des flottes Russes de la Mer Noire et de la Baltique au port d’Alger

Dans le cadre de l’exécution du programme de coopération bilatérale militaire algéro-russe, le Détachement des flottes russes de la mer Noire et de la Baltique, composé du sous-marin «Novorossiisk» et du remorqueur maritime de sauvetage «Lakov Grebelskii» a accosté, le 14 septembre 2025, au port d’Alger, pour une escale jusqu’au 18 septembre 2025.
Durant cette escale, le chef de la mission accompagné de sa délégation a effectué une visite de courtoisie à Monsieur le Général, commandant de la Façade maritime Centre/1re RM, au siège de la Base navale d’Alger/1re RM. Des activités culturelles et sportives seront organisées au profit de l’équipage du Détachement.
Cette escale permettra l’échange d’expertises et la consolidation de la coopération entre les marines des deux pays.

ALGER 16 DZ

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