E-commerce en Algérie : Un avenir en plein essor

L’Algérie s’installe progressivement dans la dynamique mondiale du commerce électronique. Ce qui apparaissait encore, il y a une décennie, comme un phénomène marginal réservé à une poignée d’initiés est désormais devenu une réalité incontournable de l’économie nationale.

La taille du marché est aujourd’hui estimée à 1,9 milliard de dollars d’échanges, selon Djamel Toumiat, représentant du Groupement algérien des acteurs du numérique (GAAN). Ces chiffres, issus d’une étude élaborée par la CNUCED, un organisme des Nations unies, en collaboration avec le ministère du Commerce et d’autres institutions de l’État, traduisent un changement profond dans les habitudes de consommation et dans les perspectives de développement économique du pays.
L’étude couvrant la période 2010-2020, publiée en août dernier, met en lumière une trajectoire ascendante. Certes, le e-commerce existait en Algérie avant la pandémie de Covid-19, mais il restait fragmenté et souvent informel. La crise sanitaire a joué le rôle d’accélérateur : confinés chez eux, les consommateurs se sont tournés massivement vers les plateformes numériques pour leurs achats, tandis que de nouvelles start-up de livraison express ont émergé pour répondre à la demande.
Ce tournant a créé une véritable dynamique entrepreneuriale. En quelques mois, des milliers de jeunes se sont improvisés commerçants en ligne, écoulant vêtements, cosmétiques, équipements électroniques ou encore produits alimentaires via Facebook, Instagram ou des sites dédiés. Le numérique est devenu un palliatif à la fermeture des magasins, mais surtout une alternative durable, car beaucoup de ces initiatives ont perduré après la crise.
Un secteur désormais encadré par la loi
«On est actuellement à 200 000 e-commerçants actifs dans la livraison de produits et de services», précise Djamel Toumiat. Un chiffre impressionnant qui traduit l’ampleur du phénomène. Mais cette expansion rapide a aussi révélé ses failles : absence de régulation, pratiques frauduleuses, manque de garanties pour les consommateurs.
Conscients de ces risques, les pouvoirs publics ont adopté en 2024 une loi dédiée au e-commerce. Celle-ci vise à assainir le secteur, garantir la légalité des transactions et protéger les droits des consommateurs. Elle apporte également des facilitations pour les entreprises, en particulier celles qui ambitionnent de s’implanter à l’étranger, afin de hisser le e-commerce algérien à une échelle internationale.
Cette législation marque une étape importante : elle inscrit le commerce électronique dans un cadre institutionnel clair, offrant ainsi de la visibilité aux investisseurs et de la confiance aux usagers. Si la première phase de développement a consisté à structurer et légaliser l’activité, la seconde ambition du gouvernement est plus audacieuse : faire du e-commerce un levier d’exportation du produit national. L’objectif est d’intégrer pleinement l’Algérie dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) et de l’Agence algérienne du commerce extérieur (AZAL).

Former une élite numérique pour l’Afrique
Pour concrétiser ces ambitions, les autorités misent sur un facteur clé : les compétences humaines. «Le ministère de tutelle s’attelle à former une élite de compétences ayant la capacité de s’imposer dans la spécialité via la prospection à travers le continent africain», insiste Toumiat. En clair, l’Algérie cherche à créer une nouvelle génération d’entrepreneurs numériques, capables non seulement de gérer des plateformes de vente en ligne, mais aussi de penser à l’internationalisation, à la logistique transfrontalière et aux systèmes de paiement innovants. Il s’agit de transformer des e-commerçants locaux en champions régionaux, capables de rivaliser avec les géants du numérique africain comme Jumia (Nigeria) ou Takealot (Afrique du Sud).
Au-delà des chiffres, le développement du commerce électronique s’inscrit dans une logique plus large : celle de la diversification économique. L’Algérie, longtemps dépendante des hydrocarbures, voit dans le numérique un relais de croissance capable de générer des emplois, de créer de la valeur ajoutée et de moderniser le tissu entrepreneurial.
Chaque transaction en ligne, chaque start-up de livraison, chaque plateforme créée contribue à façonner une nouvelle économie plus connectée, plus agile et moins tributaire des ressources naturelles.

Un carrefour stratégique
En tout cas, l’essor du e-commerce en Algérie n’est pas un simple effet de mode passager, mais bien l’expression d’un mouvement structurel profond qui redéfinit les contours du commerce, de la consommation et, plus largement, des dynamiques économiques et sociales. Le commerce électronique n’est plus seulement un canal alternatif : il devient un pilier autour duquel s’articule une partie croissante de l’activité marchande.
Avec un marché déjà estimé à près de 2 milliards de dollars, une jeunesse ultra-connectée qui adopte avec rapidité les nouveaux usages numériques et un cadre législatif en pleine structuration pour encadrer et sécuriser les transactions, l’Algérie dispose de bases solides pour se hisser au rang d’acteur majeur du commerce numérique en Afrique du Nord, mais aussi dans l’espace africain et méditerranéen. Cette transformation porte en elle la promesse de nouveaux modèles économiques, de la création d’emplois qualifiés et d’une diversification tant attendue des sources de croissance.
La question n’est donc plus de savoir si l’Algérie réussira sa transition numérique, mais bien à quelle vitesse, avec quelle ampleur et sous quelle gouvernance elle parviendra à transformer ce potentiel en véritable puissance économique. Car ce qui se joue, à travers le développement du e-commerce, ce n’est pas uniquement l’avenir d’un secteur, mais celui de l’économie nationale dans son ensemble, appelée à se réinventer pour s’inscrire durablement dans l’ère digitale mondiale.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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