
L’Agence de presse algérienne (APS) a publié mercredi soir un papier d’une rare fermeté à l’encontre de la chaîne «Al-Arabiya», l’accusant d’un nouveau seuil dans «la manipulation médiatique». La chaîne saoudienne a diffusé, sous couvert d’«archives», un enregistrement attribué à Gamal Abdel Nasser, leader historique de l’Égypte, dans lequel il minimiserait le rôle de l’Algérie dans la guerre des Six Jours de 1967.
Pour l’APS, qui exprime la ligne officielle de l’Algérie, cet épisode illustre une fois encore « la véritable fonction » de cette chaîne : falsifier l’Histoire, semer la discorde et s’attaquer à l’une des nations arabes les plus constantes dans la défense des causes des peuples.
Dans son article intitulé «Qui a peur d’une entente parfaite entre Alger et Le Caire ?», l’agence pose des questions rhétoriques lourdes de sens : Qui a peur des positions de l’Algérie et de l’Egypte ? Qui a peur que la force arabe unie prônée par le président Abdel Fattah al-Sissi prenne forme ? L’interrogation, vous l’aurez compris, vise moins à obtenir des réponses qu’à mettre en lumière l’agenda caché derrière la diffusion de ce faux document.
L’APS rappelle qu’à chaque fois qu’ils évoquent la guerre d’Octobre 1973, les officiers égyptiens soulignent systématiquement le rôle décisif de l’Algérie, tant sur le plan financier que militaire. Ils rendent hommage aux soldats algériens tombés au front aux côtés de leurs frères égyptiens, infligeant des pertes sévères à l’ennemi israélien et participant à la libération du territoire égyptien occupé. L’agence rappelle : «Tous se souviennent du geste historique du président Houari Boumediene, qui n’hésita pas à se rendre à Moscou pour obtenir des armes au profit de l’Egypte, en se portant personnellement garant du paiement.» D’ailleurs, cet acte de solidarité est l’une des raisons majeures pour lesquelles la grande majorité du peuple égyptien conserve une estime profonde et durable pour l’Algérie. C’est cette mémoire partagée que «Al-Arabiya» cherche à entacher.
Un deepfake érigé en arme politique
Pour l’APS, le fameux « extrait » diffusé par « Al-Arabiya » n’est rien d’autre « qu’une imposture historique, celle des mensonges, moteur de diffusion de la chaîne ». Cet extrait serait, selon notre agence, fabriqué grâce aux technologies de l’intelligence artificielle. « Si Nasser avait tenu de tels propos, la presse internationale, les archives officielles ou les discours de l’époque en porteraient la trace. Rien de tel n’existe. La « vidéo » n’est donc qu’un montage destiné à tromper l’opinion », martèle le média algérien.
Elle insiste sur le fait que Nasser fut l’un des plus farouches opposants au sionisme, un ardent défenseur de l’unité arabe et un soutien constant de l’Algérie depuis son indépendance.
Pour l’APS, le choix de la cible n’a rien d’un hasard. Depuis 1962, Alger pratique une diplomatie fondée sur la solidarité avec les peuples, le soutien aux causes justes et le refus des diktats impérialistes. Lors de la guerre de 1967, l’Algérie avait pris parti sans réserve pour l’Égypte – ce qui continue, affirme l’agence, d’irriter ses adversaires.
La tentative d’« Al-Arabiya » d’inventer une fracture entre Alger et Le Caire s’inscrit dans une stratégie sournoise et lâche. « En tentant de dresser l’Algérie contre l’Egypte, Al-Arabiya cherche à affaiblir deux puissances africaines et régionales, deux piliers de la cause arabe. Derrière cette manœuvre se cache une stratégie sournoise : miner la fraternité entre Alger et Le Caire, salir une mémoire commune et briser l’élan de solidarité qui a marqué les luttes de libération », note l’article de l’APS.
D’ailleurs, le peuple algérien et le peuple égyptien ont développé des liens très forts, et vouloir faire croire qu’il existe des tensions entre eux relève de la naïveté.
Sans nommer explicitement le pays, l’APS pointe du doigt : «Toute cette machination ne peut d’ailleurs provenir que du voisin de l’Ouest, qui n’a pas hésité à livrer tout un peuple aux forces sionistes .»
Les déclarations des intellectuels algériens
L’agence dénonce également le procédé consistant à interviewer des intellectuels ou personnalités algériennes puis à tronquer leurs propos pour leur donner une coloration politique étrangère à leur sens initial. Ces interventions, dit-elle, « ne sont ni de la trahison ni de la complaisance », mais souvent des critiques sincères par amour du pays – dénaturées par la chaîne pour servir un agenda anti-algérien et anti-arabe.
La perfidie réside dans la capacité à transformer un discours loyal et exigeant en instrument de division. «Faut-il s’étonner ? », s’interroge l’APS, assurant que la chaîne saoudienne est célèbre pour sa ligne éditoriale « biaisée et ses campagnes de désinformation ».
L’histoire ne se falsifie pas et l’amitié algéro-égyptienne, bâtie par la lutte et le sang, ne saurait être effacée par des montages numériques. «Al-Arabiya pourra multiplier les manipulations, elle ne parviendra jamais à effacer la contribution de l’Algérie à la cause arabe ni à ternir le prestige de l’Egypte nassérienne. Les Algériens savent distinguer la vérité du mensonge. Les intellectuels et intervenants, mus par leur patriotisme, continueront à défendre leur pays avec sincérité.» L’agence appelle enfin à la vigilance et à l’unité nationale face à ces tentatives d’ingérence : la meilleure réponse reste la mémoire, la cohésion et le renforcement du modèle social algérien, fondé sur l’indépendance et la solidarité avec les peuples.
La réalité des choses
Très bien, mais que faut-il penser de cette situation ? Quel est la réalité des choses ? Hé bien, depuis 1962, l’Algérie a construit son identité internationale sur des principes constants : refus des diktats impérialistes, soutien aux luttes de libération, attachement à l’unité arabe et africaine. L’une des pierres angulaires de cette identité est la solidarité avec l’Égypte. Cette solidarité n’est pas une posture rhétorique ; elle a été scellée dans l’épreuve. Pendant les guerres de 1967 et de 1973, Alger engagea non seulement ses moyens financiers mais aussi ses hommes, son aviation et son arsenal pour défendre Le Caire face à l’entité sioniste.
Dans un contexte où certains régimes du monde arabe accélèrent leur normalisation avec Israël, cette mémoire dérange. Elle contredit les récits réécrits qui cherchent à isoler ou à délégitimer les États restés fidèles à leurs principes. Le prétendu « enregistrement » de Nasser diffusé par « Al-Arabiya » s’inscrit exactement dans cette logique : en laissant croire que l’icône du panarabisme aurait minimisé l’apport algérien, on tente de fissurer la légitimité historique d’Alger et de miner le capital symbolique d’une relation stratégique.
L’APS, en publiant un papier d’une telle fermeté, ne se contente pas de répondre à une manipulation ponctuelle. Elle trace les contours d’une lutte d’influence nouvelle où l’arme n’est plus seulement militaire ou diplomatique mais aussi informationnelle et technologique. Aujourd’hui, le média saoudien ne se contente plus de sortir de son éthique journalistique en diffusant de simples rumeurs, mais mène une guerre cognitive visant à délégitimer des États, brouiller la mémoire collective et semer la discorde entre alliés naturels. Cette guerre n’est pas neutre. Elle profite directement à ceux qui, happés par le « camp du normalisationnisme sioniste », ont intérêt à neutraliser le bloc historique Algérie-Égypte. Dans cette stratégie, la falsification de l’Histoire devient un instrument de politique étrangère à part entière. À cela s’ajoute une méthode plus insidieuse encore : l’instrumentalisation des voix algériennes elles-mêmes. En tronquant des propos d’intellectuels ou de personnalités publiques, on les transforme en vecteurs d’un discours anti-algérien qu’ils n’ont jamais tenu. Cette tactique vise à fabriquer une opposition artificielle, à miner la cohésion nationale de l’intérieur et à présenter la diplomatie algérienne comme contestée jusque par ses propres élites.
Face à ce type d’attaques, l’Algérie ne peut se contenter d’une indignation ponctuelle. Le communiqué de l’APS doit être compris comme un signal d’alarme et comme une feuille de route. Il appelle à une stratégie globale de souveraineté informationnelle : développement de médias publics et privés crédibles, coordination avec les alliés arabes et africains, renforcement de l’enseignement historique et de la mémoire collective pour immuniser les sociétés contre les falsifications. Il suggère aussi la mise en place d’outils technologiques de détection des manipulations numériques, capables d’identifier les deepfakes avant qu’ils ne se propagent.
En réalité, l’incident « Al-Arabiya » est un révélateur. Ce n’est pas un épisode isolé mais une tentative de long terme pour disloquer un axe de stabilité régionale et pour marginaliser l’Algérie dans son rôle de puissance d’équilibre. La mémoire algéro-égyptienne n’est pas un vestige du passé ; elle est un enjeu de pouvoir au présent. Et c’est précisément parce que l’Algérie conserve, malgré ses défis, une cohésion nationale, une diplomatie indépendante et un modèle social résilient qu’elle est ciblée.
Dans cette bataille contemporaine pour la définition de l’Histoire arabe et de l’autorité morale dans la région, l’Algérie a un atout décisif : son expérience historique et son capital politique accumulé en plus de soixante ans de constance. Les falsifications médiatiques passeront, mais la réalité de la solidarité algéro-égyptienne, forgée dans le sang et la fidélité aux causes justes, continuera de peser bien plus lourd que des montages numériques.
G.Salah Eddine
