Cessez-Le-Feu à Ghaza : Entre satisfaction et méfiance

Le 9 octobre 2025 marque une date charnière dans le conflit quasi interminable à Ghaza. Après des années d’un conflit d’une brutalité inédite, marqué par des bombardements incessants, des milliers de morts civils et une crise humanitaire sans précédent, un cessez-le-feu est enfin entré en vigueur dans la bande de Ghaza. Fruit de semaines de négociations entre Washington, Doha, Le Caire et l’ONU, cet accord ouvre une brèche dans la tragédie. Une brèche fragile, certes, mais vitale — celle d’un peuple exsangue qui cherche à survivre et d’une communauté internationale qui tente de se réinventer face à sa propre impuissance.

L’accord, annoncé jeudi matin depuis Charm el-Sheikh, prévoit l’arrêt immédiat des hostilités, le retrait progressif des troupes sionistes des zones densément peuplées, et le déploiement d’un mécanisme international de supervision piloté par les Nations unies et appuyé par le Qatar et la Turquie.

Selon les termes du document en vingt points, obtenu par plusieurs agences internationales, la trêve repose sur trois piliers : le silence des armes, le retour de l’aide humanitaire, et le début d’un dialogue politique indirect sur la gouvernance future de Ghaza.

Dès les premières heures de la trêve, les images diffusées à travers le monde ont bouleversé les consciences : des familles quittant les abris de fortune, des enfants jouant dans les ruines, des ambulances circulant librement pour la première fois depuis des mois.

Les colonnes de camions humanitaires, stationnées depuis des semaines aux points de passage de Rafah, ont commencé à entrer dans le territoire.

Mais les observateurs avertis savent que le chemin reste long : un cessez-le-feu ne signifie pas la paix et encore moins la justice.

Les fissures de l’accord

Derrière le soulagement, les failles apparaissent déjà.

L’accord n’impose aucune obligation ferme à l’entité sioniste en matière de levée du blocus, une condition pourtant essentielle à toute reconstruction durable.

Les clauses relatives à la démilitarisation du Hamas sont formulées de manière ambiguë, sans calendrier ni mécanisme de vérification indépendant.

Surtout, la supervision du cessez-le-feu reste concentrée entre les mains d’un petit cercle d’acteurs avec à son centre Washington, plus grand soutien de l’entité sioniste, ayant entravé avec son veto à plusieurs reprises un cessez-le-feu.

Autant le dire, cet accord laisse les Palestiniens largement dépendants des arbitrages extérieurs.

Les diplomates occidentaux saluent un premier pas vers la désescalade, mais plusieurs analystes soulignent que ce texte reproduit les déséquilibres structurels qui minent depuis des décennies toute tentative de paix.

Les précédents sont cruels : les cessez-le-feu de 2009, 2014 et 2021 avaient été systématiquement violés dans les mois suivants.

Et les résolutions du Conseil de sécurité, rappelant le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, n’ont jamais été appliquées.

Rien ne garantit donc que ce 9 octobre marquera une rupture historique.

Alger salue une accalmie prudente

La réaction de l’Algérie, exprimée jeudi soir sur ce sujet, s’inscrit dans la continuité d’une diplomatie à la fois réaliste et lucide.

Entre satisfaction contenue et vigilance stratégique, Alger adopte un ton empreint d’expérience, fidèle à une tradition politique qui privilégie la stabilité des principes à l’émotion des circonstances.

Dans son communiqué, le ministère des Affaires étrangères a déclaré « prendre note de l’accord concernant la mise en œuvre de la première phase du plan du président Donald Trump pour la paix à Ghaza », qualifié de « première étape vers la fin de l’agression israélienne contre le peuple palestinien ».

L’Algérie « salue le cessez-le-feu immédiat » et « l’entrée urgente des aides humanitaires », deux revendications constantes de sa diplomatie au sein des forums internationaux.

Mais, au-delà du ton apaisé, se dégage une mise en garde : ce cessez-le-feu ne saurait constituer une fin en soi.

Alger insiste sur le fait que cette accalmie n’aura de portée réelle que si elle ouvre la voie à « une solution pacifique durable et définitive garantissant tous les droits légitimes du peuple palestinien, notamment la création d’un État indépendant dans les frontières de 1967, avec Al-Qods pour capitale ».

Le ton mesuré, presque circonspect, du communiqué traduit un scepticisme raisonné face à des promesses souvent démenties par les faits.

Depuis sa création, Israël a bâti sa politique régionale sur une logique de fait accompli : occupation, colonisation, annexions, blocus.

Soixante-dix-sept ans d’histoire, et autant de trêves violées, rappellent que les cessez-le-feu imposés sous pression internationale n’ont jamais conduit à une paix durable.

Le réalisme algérien

Le cas du Liban demeure emblématique. Après l’accord du 27 novembre 2024 entre les sionistes et le Hezbollah, plus de 800 violations du cessez-le-feu ont été documentées, allant des frappes ciblées aux incursions aériennes quotidiennes.

Ces épisodes récurrents ont façonné, à Alger, une conviction ferme : aucune paix imposée unilatéralement par la force ou par le jeu diplomatique des grandes puissances ne peut être viable.

Le réalisme algérien consiste donc à se réjouir de la suspension des combats tout en refusant de céder à l’illusion d’un « tournant historique » qui, dans cette région du monde, se dissout souvent dans la poussière des ruines.

La méfiance algérienne trouve aussi son ancrage dans l’impuissance chronique des Nations unies à faire respecter leurs propres résolutions.

Depuis 1948, près de 600 textes ont été adoptés sur la question palestinienne, sans effet tangible.

La colonisation en Cisjordanie et à Al-Qods se poursuit, les expropriations s’intensifient, et le droit international humanitaire reste, pour le peuple palestinien, une promesse inachevée.

En tout cas, ce positionnement algérien mesuré n’est pas un signe de réserve, mais un marqueur de réalisme et de maturité politique.

Alger ne croit qu’aux paix construites, jamais imposées.

Une paix proclamée mais non vécue

Hors les grandes annonces, les communiqués, les détails diplomatiques, la question centrale reste la même : quelle paix ?

Une paix proclamée par les chancelleries, mais absente du quotidien d’un peuple prisonnier d’un territoire détruit à plus de 70 %.

La reconstruction de Ghaza exigera plus que des promesses.

Selon l’ONU, près de 80 % des infrastructures vitales — hôpitaux, écoles, réseaux d’eau et d’électricité — ont été détruites ou gravement endommagées.

Les Nations unies évaluent à plus de 12 milliards de dollars les besoins immédiats pour un redémarrage minimal.

Mais au-delà des chiffres, c’est la dignité qui doit être reconstruite : celle d’un peuple privé de son horizon, contraint de quémander l’eau, la nourriture et le droit de circuler.

Les chancelleries évoquent déjà la perspective d’une « nouvelle architecture politique » pour Ghaza, un scénario où des forces arabes de maintien de la paix seraient déployées sous mandat onusien.

Mais ce projet, s’il n’intègre pas les forces palestiniennes locales et l’Autorité nationale palestinienne, risque de n’être qu’une tutelle déguisée, prolongeant la logique coloniale sous couvert humanitaire.

Sur le terrain, les Palestiniens accueillent le cessez-le-feu avec une émotion mêlée de méfiance. Les visages sont marqués, les regards incrédules.

Les experts de la région, eux, rappellent que le vrai test commencera après la trêve : la capacité des médiateurs à imposer un mécanisme de garantie international, à prévenir les violations et à poser les bases d’un dialogue politique inclusif.

À l’ONU, on parle de point de bascule.

Si ce cessez-le-feu tient, il pourrait rouvrir la voie à des négociations plus larges sur la solution à deux États.

Mais si les violations reprennent, la communauté internationale sera une fois de plus confrontée à sa propre faillite morale.

Le cessez-le-feu du 9 octobre 2025 n’est pas la fin de la guerre. Il en est seulement la suspension, fragile et précaire.

Mais pour des milliers de familles palestiniennes, c’est déjà un répit — celui de voir leurs enfants dormir sans entendre les bombes, celui de pouvoir espérer que demain, la paix ne sera plus un mot, mais une réalité vécue.

Car à Ghaza, plus qu’ailleurs, la paix n’a de sens que lorsqu’elle rime avec liberté, justice et retour à la vie.

G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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