
La revue El Djeich dans son édition d’octobre 2025 a livré plus qu’un simple hommage : elle a dessiné la trajectoire d’une institution militaire qui est à la fois gardienne de la souveraineté et acteur central d’un projet national de renaissance. À la lecture de ses passages les plus saillants se dégagent des lignes directrices claires : adaptation doctrinale, modernisation technologique, ancrage patriotique et lien indéfectible avec la société civile.
L’édito commence sur une affirmation de sens et d’intention : «Avec un sens aigu du devoir national et une conscience profonde des différents enjeux à relever, l’Armée nationale populaire continue, avec volonté et détermination, d’assumer ses nobles responsabilités dans la défense de notre patrie et le renforcement de sa souveraineté et de son indépendance.» Cette ouverture situe l’institution comme pilier du projet d’État ; elle n’y est pas réduite à une fonction régalienne, mais présentée comme actrice centrale de la souveraineté nationale.
Ensuite, le message est fort. C’est un retour sur les déclarations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune : «Notre armée est devenue redoutable car elle s’est adaptée aux conditions et à la doctrine de défense, aux guerres hybrides, aux guerres cybernétiques et à l’intelligence artificielle.» Ces mots du chef suprême des forces armées fixent le cap : l’Armée nationale populaire (ANP) n’est plus seulement un instrument de sécurité territoriale au sens traditionnel, elle aspire à être une force plurifonctionnelle, capable de neutraliser des menaces classiques et émergentes. La référence explicite aux «guerres hybrides», à la «cyberguerre» et à l’intelligence artificielle traduit une prise de conscience stratégique : la conflictualité contemporaine exige des capacités de détection, d’analyse et de réaction qui dépassent le seul paradigme kinetic.
L’édito ne se contente pas d’affirmer des intentions ; il met en exergue des résultats : la sécurisation des frontières et la lutte antiterroriste. Le texte évoque «les résultats étincelants obtenus dans le domaine de la sécurisation de nos frontières nationales et de la lutte contre la criminalité organisée, notamment antiterroriste», illustrés par une opération qui «a abouti à la neutralisation de sept terroristes et à la récupération de sept pistolets mitrailleurs de type kalachnikov, ainsi que des quantités de munitions». Ces éléments servent la légitimation interne : l’ANP prouve sa valeur sur le terrain, ce qui nourrit son autorité morale et politique.
La visite et l’inspection du Général d’Armée Saïd Chanegriha sur le site de l’opération, évoquées dans l’édito, sont décrites comme «un message très significatif traduisant l’appréciation et la gratitude du Haut-Commandement», signe d’une verticale de commandement attentive au moral des unités et soucieuse de la reconnaissance des efforts opérés.
Modernisation, stratégie industrielle et formation
Le propos officiel souligne ensuite la dynamique de transformation : «notre Armée nationale populaire, déterminée plus que jamais à suivre les évolutions intervenues dans les domaines de la défense et de la sécurité, poursuit sans relâche son processus de modernisation et de développement». Ce passage met en lumière plusieurs priorités concrètes : renouvellement des équipements, intégration de capacités numériques et cybernétiques, développement des doctrines et formation des cadres. Dans cette perspective, l’ANP est dépeinte non seulement comme consommatrice d’armements mais comme actrice d’un écosystème : recherche, industrie, formation et innovation.
Le général Chanegriha résume la logique politique sous-jacente : «Les expériences tirées de l’Histoire ont démontré que les nations qui s’appuient sur leurs propres forces et ressources sont les plus à même de faire face aux menaces extérieures.» Cette phrase affirme une volonté d’autonomie stratégique — via la mobilisation des ressources nationales, le développement des compétences et la synergie institutions-citoyens qui conditionne la pérennité de la transformation.
Cohésion nationale
L’un des fils rouges de l’édito est l’appel à l’unité nationale : «C’est en faisant corps que peuple, dirigeants et institutions de l’Etat forment la pierre angulaire pour construire la sécurité nationale et concrétiser la stabilité systémique de l’Etat.» L’ANP y est présentée comme le ciment d’un pacte social et politique, garantissant la continuité républicaine et la préservation des acquis de l’indépendance.
Le texte n’hésite pas à tirer les bords idéologiques : il met en garde contre «les coups bas des conspirateurs et de leurs laquais qui ne portent pas l’Algérie dans le cœur», et célèbre la fidélité au legs des martyrs : l’armée est «digne héritière de l’Armée de libération nationale», veillant à «la préservation du legs de nos valeureux chouhada». Ces formulations concilient la mise en valeur opérationnelle et une narration patriotique visant à renforcer la légitimité populaire de l’institution. Dans les faits, ce rapport implique une armée insérée dans le tissu national — participation aux grands projets de développement, appui aux autorités civiles en cas de crise humanitaire, transparence dans la gestion des ressources et respect du cadre légal. Sur ce point, la posture de l’ANP, telle que restituée par l’édito, vise à consolider la légitimité interne : cérémonies, hommage aux martyrs, communication sur les succès opérationnels, mais aussi engagement à moderniser et protéger les citoyens.
L’édito ne se limite pas à la description d’une force nationale ; il l’inscrit dans un environnement géopolitique tourmenté. L’Algérie, au carrefour de l’Afrique et de la Méditerranée, est confrontée à des rivalités d’influence et à des instrumentalisation extérieures. La défense, telle que conçue par les autorités, devient alors un instrument de politique étrangère : dissuasion régionale, soutien aux initiatives de paix en Afrique, et capacité de projection limitée mais crédible.
Si le tableau tracé par El Djeich est volontariste, plusieurs défis demeurent réels. La modernisation coûte ; elle exige des arbitrages budgétaires durables et une gestion transparente des acquisitions.
Une armée porteuse d’ambitions
L’éditorialiste livre un message stratégique clair : l’Armée nationale populaire se veut à la fois gardienne de la souveraineté et pilier de la renaissance nationale. À travers les mots du Président — «Notre armée est devenue redoutable…» — et l’affirmation du général Chanegriha selon laquelle «les choix stratégiques… reflètent une approche rationnelle et clairvoyante» se profile une ambition : faire de la défense un moteur de souveraineté, d’innovation et de cohésion.
Pour réaliser cette ambition, il faudra traduire les volontés en politiques publiques soutenues — investissements constants, filières de formation adaptées, industrialisation de la défense, coopération ciblée — tout en préservant la confiance de la nation. Car, comme le rappelle l’édito, c’est la «cohésion des institutions et la synergie des efforts» qui permettront à l’Algérie de rester «fière et inexpugnable».
Dans ce sens, la modernisation de l’ANP n’est pas un luxe : elle est la condition d’une Algérie capable d’affirmer sa liberté d’action et sa volonté de servir, aujourd’hui comme demain, la sécurité et le bien-être de son peuple.
G. Salah Eddine
