Un niveau des réserves de change plus que confortable, un endettement extérieur quasi inexistant, une inflation en net recul… Économie algérienne : Une montée en puissance

En marge des assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Salah Eddine Taleb, a livré à l’APS une analyse approfondie sur la solidité de l’économie nationale, la modernisation du système bancaire, et les avancées du pays dans le dossier du GAFI.

D’emblée, le premier responsable de la Banque d’Algérie a tenu à rappeler le contexte mondial marqué par « une succession de crises durant ces dernières années, notamment la pandémie de la Covid-19, les tensions géopolitiques croissantes, la volatilité des prix des matières premières, et le resserrement des politiques monétaires dans les économies avancées ». Dans ce cadre, il affirme que l’Algérie a fait preuve d’une remarquable résilience, illustrée par « une croissance économique soutenue, notamment hors hydrocarbures, un niveau des réserves de change plus que confortable, un endettement extérieur quasi inexistant, et une inflation en net recul ».
Face à ces bouleversements, la Banque d’Algérie a ajusté sa stratégie pour préserver la stabilité des prix. Salah Eddine Taleb souligne que dès le début de la pandémie, en 2020, l’institution a «abaissé à deux reprises son taux directeur pour le porter à 3 %, dans l’objectif de maintenir, voire d’accroître, les capacités de financement du secteur économique ». Cette politique d’assouplissement s’est accompagnée de « mesures exceptionnelles d’allègement prudentiel », reconduites plusieurs fois pour soutenir les entreprises pendant la crise sanitaire.
La sortie progressive de cette période a conduit à « une normalisation graduelle de la politique monétaire post-Covid », amorcée en mars 2022, afin de revenir à des standards plus stricts tout en consolidant la stabilité financière.
Concernant la flambée des prix enregistrée au niveau mondial, le gouverneur rappelle que « 70 % de l’inflation en Algérie était importée », selon une étude menée par la Banque d’Algérie. Pour atténuer cet impact, l’institution a fait jouer la flexibilité du dinar, tout en profitant du faible endettement extérieur du pays : «L’appréciation du dinar a contribué à amortir les effets de l’inflation importée, tandis que notre économie, faiblement endettée, a été prémunie contre la hausse des taux d’intérêt internationaux.» Grâce à ces leviers, l’inflation, qui avait atteint un pic de 9,48 % en août 2022, « a sensiblement décéléré pour atteindre 2,66 % en août 2025 ». Une baisse durable qui a incité le Conseil monétaire et bancaire à « abaisser le taux directeur à 2,75 % afin de renforcer la capacité du système bancaire à financer l’économie nationale ».

Vers une mutation numérique du système bancaire
Abordant la question de la digitalisation des paiements, Salah Eddine Taleb a mis en avant « la promulgation de la nouvelle loi monétaire et bancaire » comme l’une des plus grandes réformes structurelles du secteur. Cette législation, dit-il, «constitue une adaptation de l’arsenal juridique et réglementaire pour répondre aux mutations économiques et technologiques profondes ».
Le texte introduit désormais de nouveaux acteurs dans l’écosystème financier — prestataires de services de paiement, banques digitales, banques islamiques, et banques d’affaires — tout en intégrant la « notion de monnaie numérique de Banque centrale ».
La Banque d’Algérie a parallèlement «signé et promulgué plusieurs textes réglementaires stimulant la digitalisation des moyens de paiement », notamment ceux encadrant l’activité des prestataires de services de paiement et des banques digitales. Selon Taleb, ces dispositifs permettront « une mutation ordonnée et sécurisée du système bancaire vers l’innovation technologique ».
Le gouverneur évoque également « la mise en place d’un Comité national des paiements », chargé de piloter la stratégie nationale pour parvenir à « des transactions sans argent liquide à l’horizon 2028 ».

Un engagement ferme pour la conformité internationale
Interrogé sur le dossier du GAFI, Salah Eddine Taleb a tenu à souligner que l’Algérie « s’est attelée à mettre en œuvre le plan d’action établi par cet organisme, en octobre 2024 », dans le but de renforcer son dispositif national de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Un comité national, institué auprès de la Banque d’Algérie, assure le suivi des mesures et la coordination entre les différents secteurs concernés. Le gouverneur précise que « l’ensemble des secteurs ont mis en place des stratégies d’atténuation des risques et organisé des formations au profit des assujettis et des superviseurs ».
Ces efforts ont été reconnus par les évaluateurs du Joint Group (ICRG), ce qui, selon lui, « constitue un bon présage pour une sortie rapide de notre pays de la liste des pays sous surveillance renforcée du GAFI ».
En conclusion, Salah Eddine Taleb a tenu à rappeler que « le secteur bancaire constitue le segment d’activité le plus réglementé de la sphère économique », obéissant à des règles strictes qui couvrent « les volets prudentiels, comptables, et de contrôle interne ». Ce cadre rigoureux, assure-t-il, « a grandement contribué à protéger notre système financier contre les contrecoups des différentes crises apparues ces dernières années ».
Ainsi, à travers une politique monétaire maîtrisée, un engagement fort en faveur de la numérisation, et une conformité croissante aux standards internationaux, la Banque d’Algérie s’affirme aujourd’hui comme un pilier central de la stabilité économique nationale et un acteur majeur de la modernisation financière du pays.
G. Salah Eddine

Tansactions sans argent liquide, un objectif à l’horizon 2028

La stratégie élaborée par le Comité national des paiements (CNP) installé l’année dernière et visant notamment la bancarisation des transactions permettra d’arriver à « des transactions sans argent liquide à l’horizon 2028 », a indiqué le gouverneur de la Banque d’Algérie Salah Eddine Taleb.
« Parmi les engagements au titre de la nouvelle loi monétaire et bancaire, l’engagement résolu d’accélérer la modernisation, la numérisation, et la digitalisation du système bancaire national et ce, notamment par la consécration d’un Comité national des paiements qui a tracé la stratégie nationale permettant d’arriver à des transactions sans argent liquide à l’horizon 2028 », a-t-il précisé dans une interview accordée à l’APS (voir l’intégral sur www.aps.dz).
M. Taleb s’exprimait en marge de sa participation aux assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale qui se tiennent actuellement à Washington.
Prévu par la loi monétaire et bancaire et présidé par le gouverneur de la Banque d’Algérie, le CNP comprend notamment des représentants de la Banque d’Algérie, d’Algérie Poste, de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), de la Gendarmerie nationale (GN), ainsi que de l’Association des banques et établissements financiers (ABEF) et deux experts dans le domaine des finances.
Outre l’élaboration de la stratégie nationale de développement des moyens de paiement scripturaux, cette instance est chargée de l’observation du développement de l’usage et de la diffusion des moyens de paiement scripturaux, de l’observation de l’usage des moyens de paiement internationaux en Algérie, du suivi de l’innovation dans le domaine des moyens de paiement scripturaux (chèques, transferts, moyens d’e-paiement), rappelle-t-on.
Le gouverneur de la BA a souligné aussi que la promulgation en 2023 de la loi monétaire et bancaire a constitué le socle des réformes économiques et monétaires mises en oeuvre actuellement en Algérie et qui représente « une adaptation de l’arsenal juridique et règlementaire en vue de répondre aux mutations économiques et monétaires profondes ».
« La nouvelle loi monétaire et bancaire s’est inscrite dans le cadre des réformes économiques et monétaires dans lesquelles les pouvoirs publics se sont pleinement engagés et constitue une adaptation de l’arsenal juridique et règlementaire en vue de répondre aux mutations économiques et monétaires profondes, ainsi que les enjeux techniques et technologiques à même de mettre les jalons pour assurer la mutation ordonnée et sécurisée des systèmes bancaires vers les nouvelles technologiques et l’innovation d’une manière générale », affirme le gouverneur de la Banque centrale.
En termes de digitalisation, a-t-il noté, la loi prévoit « l’introduction de l’autorisation à de nouveaux acteurs à intégrer le système de paiement national, à savoir les prestataires de services de paiement PSP (Payment Services Providers), les banques digitales, les banques islamiques, et les banques d’affaires, sans oublier l’introduction de la notion de monnaie numérique de Banque centrale ».
Plusieurs autres textes règlementaires ont été promulgués dans le cadre de cette même démarche visant à promouvoir la digitalisation des moyens de paiement, rappelle M. Taleb, citant le texte fixant les conditions d’autorisation de constitution, d’agrément, et d’exercice d’activités des prestataires de services de paiement apportant les principes généraux en termes de constitution et d’agrément, le texte définissant les règles régissant l’activité et le fonctionnement des PSP, les conditions d’autorisation de constitution et d’agrément des prestataires de services de paiement, le texte relatif aux conditions spécifiques de constitution d’agrément et d’activités de banque digitale, ainsi qu’un règlement relatif aux conditions spécifiques d’autorisation de constitution, d’agrément et d’exercice d’activités de banque digitale.
Insistant sur les efforts de la Banque d’Algérie afin « d’adapter ses capacités humaines et technologiques en vue de mettre en place un dispositif de surveillance et de gestion du risque à même de répondre aux mutations que subit le secteur afin d’accompagner l’activité des nouveaux acteurs », le gouverneur a souligné que tout « cet arsenal juridique, dont la conception, l’élaboration, et l’adoption se sont faits à un rythme soutenu, sont autant d’outils pour l’émergence d’une banque qui se transforme, en phase avec les besoins des citoyens, ainsi que les évolutions technologiques ».
R. E.

ALGER 16 DZ

Next Post

Ouverture de la nouvelle année judiciaire à la Cour d'Alger : Renouveler l'engagement pour la consécration de l'état de droit

dim Oct 19 , 2025
L’année judiciaire 2025-2026 a été officiellement ouverte jeudi dernier à la cour d’Alger, quelques jours après son ouverture à la Cour suprême par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, également président du Conseil supérieur de la magistrature. La cérémonie s’est déroulée en présence du premier président de la Cour […]

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37