Par Kheireddine B.
Le sommet des BRICS se tiendra du 22 au 24 août 2023 en Afrique du Sud. Face à la «suprématie du dollar», la création d’une nouvelle monnaie sera parmi les principaux dossiers étudiés par les pays membres lors de cette rencontre.
En effet, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) souhaitent trouver une alternative pour réduire leur dépendance économique et politique à l’égard du dollar américain en mettant en place une nouvelle monnaie internationale. Et ils n’hésitent pas à exprimer ce souhait. En avril dernier, lors de l’intronisation de Dilma Rousseff à la tête de la Nouvelle banque de développement (NBD), le président brésilien, Luiz Inacio Lula Da Silva, a déclaré : «Chaque nuit, je me demande pourquoi tous les pays seraient obligés de réaliser leurs échanges en se basant sur le dollar ?» Un mois après, le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, abondait dans le même sens en indiquant que «la dédollarisation a commencé».
Pour rappel, les BRICS représentent environ 3.2 milliards de personnes, soit plus de 40% de la population mondiale, un quart du PIB mondial et 18% des échanges à travers le monde. Ces chiffres confortent leur volonté d’un monde multipolaire qui ne serait pas uniquement dominé par la puissance américaine. Pour atteindre cet objectif, les BRICS pensent à une monnaie adossée à l’or. D’ailleurs, depuis la mi-2022, les banques centrales du monde entier achètent de l’or à un rythme historique, et ce, pour diversifier leurs réserves par rapport au dollar américain. Selon plusieurs analystes, une monnaie adossée à l’or serait la prochaine évolution de ce processus.
Mais est-ce que cette option serait envisageable ? Et surtout, aura-t-elle les effets escomptés par les BRICS ? Tout laisse croire que ce sera le cas. Car, en étant adossée à l’or, cette nouvelle monnaie ferait inévitablement fléchir la valeur du dollar qui lui, n’est pas lié à la valeur de cette matière première depuis 1971. Les pays membres des BRICS ont accumulé des quantités importantes d’or ces dix dernières années et la nouvelle monnaie sera une démonstration de force économique de ce groupe, qui tend à s’élargir à d’autres puissances régionales. Il convient de souligner dans ce sens que la Russie et la Chine sont parmi les plus grands producteurs d’or et sont classés sixième et septième sur les 100 plus grandes réserves d’or au monde.
Cette perte de valeur qui toucherait le dollar s’accompagnera inévitablement par une inflation ainsi qu’une hausse de la valeur de l’or et, par ricochet, de toutes les autres matières premières. Les pays producteurs de matières premières, dont les BRICS, seront donc bien servis par une situation économique qui leur sera favorable à différents égards. Ce qui favorisera l’utilisation de la monnaie des BRICS pour les transactions sur les marchés internationaux. En revanche, cette nouvelle monnaie dévaluerait, selon certains experts le pouvoir d’achat des monnaies officielles (dollar et euro) par rapport au métal jaune. Cependant, il est indéniable que la finance demeure une discipline parfois imprévisible, influencée en grande partie par la conjoncture géopolitique internationale.
Au-delà de toute tentative de dévalorisation du dollar, la nouvelle devise des BRICS semble avoir pour objectif principal la décentralisation des opérations financières à l’échelle mondiale.
Certains économistes, en revanche, se montrent plus pessimistes. Ils perçoivent la création de cette monnaie unique au sein des BRICS, similaire à l’émergence des cryptomonnaies par le passé, comme un facteur potentiel de perturbation monétaire. Selon eux, elle pourrait perturber l’équilibre du système obligataire mondial.
Est-ce que l’Occident permettra la réalisation d’une telle ambition ? Il est probable que le marché financier occidental réagira de manière musclée afin de préserver le dollar et de contrer les efforts des BRICS. Cela pourrait inclure des mesures visant à faire baisser la valeur de l’or. Une confrontation économique semble inévitable et déjà en gestation.
On connaitra les réponses à toutes ces questions le 24 août prochain.