Comprendre la schizophrénie : Déchiffrer le vrai du faux

Entre idées reçues et avancées médicales, zoom sur une pathologie complexe qui touche les jeunes adultes et bouleverse leur perception du monde.

La schizophrénie est souvent victime de clichés tenaces. Pourtant, loin du mythe du « dédoublement de la personnalité », cette pathologie appartient à la famille des psychoses : des maladies mentales qui altèrent le contact avec la réalité. Déclarant ses premiers symptômes à l’aube de l’âge adulte, elle nécessite une prise en charge précoce pour offrir aux patients une chance de mener une vie autonome et épanouie.

Qu’est-ce que la psychose ?
La psychose se définit par une incapacité temporaire ou durable à distinguer le réel de l’irréel. Elle se manifeste par deux piliers majeurs :
•Les hallucinations : Percevoir des sensations sans objet réel.
•Le délire : Tenir des propos irrationnels sans avoir conscience de leur étrangeté.
Le saviez-vous ? Autrefois, on distinguait les névroses (dont le patient est conscient) des psychoses (où la personnalité est modifiée). Aujourd’hui, la médecine préfère une classification par critères précis pour mieux affiner les traitements.

Les visages de la schizophrénie : des symptômes pluriels
Les psychiatres classent les signes de la maladie en deux catégories distinctes qui coexistent souvent :

  1. Les symptômes « positifs » (en plus de la réalité normale)
    •Hallucinations : Principalement auditives (entendre des voix critiques ou impérieuses), mais aussi visuelles ou tactiles.
    •Délires : Sentiment de persécution (paranoïa), mégalomanie ou mysticisme.
    •Désorganisation : Un langage incohérent, des pensées parasites ou des gestes répétitifs et impulsifs.
  2. Les symptômes « négatifs » (un appauvrissement des capacités)
    •Retrait social : Le malade semble froid ou distant, fuyant la communication par peur ou difficulté à gérer ses émotions.
    •Démotivation : Une perte d’énergie totale, parfois confondue à tort avec de la paresse.
    •Dépersonnalisation : L’angoisse de perdre son unité corporelle, menant parfois le patient à s’observer de longues heures dans un miroir.

Un spectre de formes variées
La maladie ne s’exprime pas de la même façon chez tout le monde : | Forme | Caractéristiques principales | Paranoïde | Dominée par les délires et hallucinations. C’est la forme la plus fréquente. | | Hébéphrénique | Repli profond, désorganisation du langage et refus de soin. | | Catatonique | Le patient reste immobile, prostré ou répète les gestes d’autrui. | | Schizo-affective | Mélange de symptômes psychotiques et de troubles de l’humeur (dépression ou manie).

Quelles sont les causes ?
Il n’existe pas de coupable unique, mais un faisceau de facteurs :
1.Génétique : Une vulnérabilité héréditaire existe, bien qu’elle ne soit pas systématique.
2.Biologique : Des anomalies cérébrales peuvent apparaître dès la vie fœtale (infections, complications à l’accouchement).
3.Environnemental : Le stress de l’adolescence, la quête d’indépendance ou des fragilités familiales peuvent agir comme des déclencheurs.
Espoir et évolution : l’importance du diagnostic précoce
L’évolution de la schizophrénie n’est pas une fatalité.
•Un tiers des patients mène une vie normale grâce à un traitement adapté et précoce.
•La stabilisation permet de maintenir des relations sociales et professionnelles.
•À l’inverse, l’absence de soin aggrave l’isolement et augmente les risques de conduites addictives ou suicidaires.

L’essentiel : Plus le diagnostic est posé tôt, plus les chances de préserver l’autonomie du jeune adulte sont grandes. La schizophrénie est une maladie longue, mais dont on peut stabiliser les effets pour retrouver une place dans la société
Les traitements : Un arsenal thérapeutique combiné
Aujourd’hui, on ne traite plus la schizophrénie uniquement avec des médicaments. La prise en charge est multimodale pour agir sur tous les fronts de la maladie.

  1. La pharmacologie (Les Neuroleptiques)
    Les médicaments, appelés antipsychotiques, sont la pierre angulaire du traitement.
    •Leur rôle : Ils régulent la dopamine, un neurotransmetteur souvent en excès dans certaines zones du cerveau, responsable des hallucinations et du délire.
    •L’innovation : Il existe désormais des traitements « APLP » (Antipsychotiques à Action Prolongée). Une injection toutes les quelques semaines remplace la prise quotidienne de comprimés, évitant ainsi les oublis qui mènent souvent à la rechute
  2. La remédiation cognitive
    C’est une forme de « rééducation » du cerveau. La schizophrénie altère souvent la mémoire, l’attention et la capacité à planifier.
    •Par des exercices sur ordinateur ou en groupe, le patient réapprend à traiter l’information.
    •Objectif : Retrouver les capacités nécessaires pour reprendre des études ou un travail.

La vie quotidienne : Les dispositifs de soutien pour éviter l’exclusion, des structures spécifiques accompagnent le malade vers l’autonomie :
•Les CMP (Centres Médico-Psychologiques) : Lieux de consultation gratuits où psychiatres, psychologues et infirmiers assurent le suivi de proximité.
•Les CATTP (Centres d’Accueil Thérapeutique à Temps Partiel) : Ils proposent des activités de groupe (peinture, cuisine, sport) pour rompre l’isolement social.
•Le « Job Coaching » : Des programmes aident les patients stabilisés à trouver un emploi adapté, en faisant le lien avec l’employeur pour expliquer les besoins spécifiques du salarié.

Pourquoi l’usage de drogues est-il un « détonateur » ?
Le texte mentionne que l’alcool et les drogues aggravent les symptômes. C’est particulièrement vrai pour le cannabis chez les jeunes :
1.Le facteur déclenchant : Chez une personne ayant une vulnérabilité génétique, le cannabis peut provoquer la première « bouffée délirante ».
2.L’interférence chimique : Les substances psychoactives perturbent davantage la transmission de la dopamine, rendant les médicaments moins efficaces.

Le rôle crucial de l’entourage : « L’alliance thérapeutique »
La famille n’est plus considérée comme la « cause » de la maladie, mais comme un partenaire de soin.
•Le programme Profamille : Il existe des formations pour les proches afin de les aider à mieux communiquer avec le malade, à repérer les signes de rechute et à réduire leur propre stress.
•Éviter l’émotion exprimée excessive : On sait qu’un environnement familial trop protecteur ou, à l’inverse, trop critique peut favoriser les rechutes. L’équilibre est la clé.

Note importante : La schizophrénie est une maladie au long cours. L’amélioration après 40 ans, mentionnée par les experts, montre que le cerveau continue d’évoluer et que la sagesse clinique finit souvent par apaiser les tourments de la jeunesse.

ALGER 16 DZ

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