
L’Algérie amorce une nouvelle phase dans la modernisation de son transport public urbain. Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, a annoncé, début février, l’entame progressive de la distribution et la poursuite de la réception des 10.000 nouveaux bus à travers les wilayas du pays.
S’exprimant lors d’une séance plénière à l’Assemblée populaire nationale, consacrée aux questions orales, le ministre a précisé que cette opération vise à soutenir et à renforcer le transport public, à alléger la pression enregistrée dans plusieurs grandes villes et à améliorer concrètement la qualité du service offert aux citoyens.
La première étape de distribution concernera plusieurs wilayas à forte densité démographique et à forte demande de mobilité, notamment Alger, Annaba, Béjaïa, Constantine, Oran et Sidi Bel Abbès.
Ces bus ont été importés conformément aux orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dans le cadre d’un programme national visant à renouveler un parc roulant fortement marqué par le vieillissement.
L’opération sera ensuite élargie à quatre wilayas de l’Est, quatre du Centre et quatre de l’Ouest, jusqu’au parachèvement complet de la distribution prévu avant la fin du mois en cours. L’objectif affiché est de réduire les déséquilibres territoriaux et de garantir un renforcement progressif et équitable du transport urbain à l’échelle nationale.
Un secteur sous pression
Cette annonce intervient dans un contexte marqué par une accumulation de dysfonctionnements structurels dans le transport urbain par bus en Algérie. Dans de nombreuses wilayas, une part importante du parc roulant a largement dépassé sa durée de vie technique. L’absence de renouvellement périodique suffisant et le manque de maintenance préventive ont réduit le nombre de bus réellement opérationnels sur le terrain. Dans les grandes agglomérations comme Alger, Oran ou Constantine, la croissance démographique soutenue et l’extension rapide des quartiers périphériques ont accentué l’écart entre l’offre de transport disponible et la demande croissante de mobilité. Les usagers font face quotidiennement à la surcharge des véhicules, aux longues attentes aux arrêts et à l’irrégularité des dessertes, notamment aux heures de pointe.
À ces contraintes techniques s’ajoutent, à certaines périodes, des tensions sociales et des mouvements de grève au sein de plusieurs détenteurs de bus. Cela fragilise davantage la continuité du service public et accentue le mécontentement des citoyens.
D’une crise à une opportunité
La mise en circulation progressive de 10.000 nouveaux bus constitue bien plus qu’une simple réponse ponctuelle à une situation conjoncturelle. Elle ouvre la voie à une véritable refondation du transport urbain en Algérie.
Les décisions du président de la République de renouveler le parc roulant permettra d’augmenter significativement le nombre de bus disponibles quotidiennement. Ce choix, mûrement réfléchi, limitera les pannes récurrentes liées à la vétusté des anciens véhicules et réduira les immobilisations prolongées qui perturbent les dessertes.
Cela va également contribuer à l’amélioration de la régularité et la ponctualité des lignes, tout en offrant la possibilité de renforcer la couverture des nouveaux quartiers périphériques, souvent insuffisamment desservis. En modernisant la flotte, les autorités ambitionnent ainsi de rétablir progressivement l’équilibre entre une demande de mobilité en constante augmentation et une offre de transport plus fiable, plus performante et mieux adaptée aux réalités urbaines actuelles.
Au-delà de l’acquisition des véhicules, la réforme suppose également une amélioration des dispositifs de maintenance, une modernisation des méthodes de gestion des entreprises publiques de transport et un apaisement durable du climat social, afin de garantir la continuité et la stabilité du service.
À moyen terme, le renforcement du transport collectif par bus pourrait transformer le quotidien des citoyens. Sur le plan environnemental, l’introduction de bus plus récents, moins énergivores et moins polluants contribuerait à améliorer la qualité de l’air dans les grandes agglomérations et à réduire les nuisances sonores.
À travers ce programme national de 10.000 bus, l’Algérie engage ainsi une phase structurante de modernisation de sa mobilité urbaine. Si cette dynamique s’accompagne d’une réforme organisationnelle cohérente et d’une gestion durable, elle pourrait marquer un tournant décisif dans la transformation du transport public en un levier central de développement territorial, social et environnemental. Cheklat Meriem