
Abbas Righi, figure emblématique de la musique malouf, a dirigé samedi dernier à Alger un concert de chants traditionnels de l’Est algérien devant un public nombreux et enthousiaste.
Accompagné de sept musiciens d’exception et guidé par Samir Boukredera au violon alto, il a captivé son auditoire pendant deux heures sur la prestigieuse scène de l’Auditorium « Aïssa-Messaoudi » de la Radio algérienne. Avant le début du spectacle, il a exprimé son « immense bonheur de retrouver son public d’Alger » et a présenté un programme structuré en quatre segments.
Diffusé en direct sur la Chaîne 3 dans le cadre de l’émission spéciale du Ramadan, le concert a offert une vingtaine d’œuvres variées, explorant différents styles et modalités de la musique andalouse. La nouba Sika, avec la pièce maîtresse « Ksentina », comprenant « Leriem », du répertoire Mezmoun, et des morceaux aroubi-k’cid comme « Dhalma », a été interprétée par Righi dans une atmosphère à la fois festive et mémorable.
Les nuances et l’identité sonore du malouf ont été magnifiquement mises en valeur grâce aux variations modales et rythmiques, aux notes aiguës des violons, du nay (flûte arabe) et de la « ghaïta », ainsi qu’à l’intensité des instruments à cordes. La cadence rythmique constante des « nekkaret » (petite percussion à deux tambours frappés avec des bâtonnets) a complété cette représentation immersive.
Débordant d’énergie, Abbas Righi a présenté un spectacle complet, mettant en lumière l’héritage musical de l’Est algérien, devant un public réceptif et chaleureux. Tout au long du concert, les spectateurs ont répondu avec des youyous vigoureux, des applaudissements incessants, marquant le rythme et chantant les refrains dans une ambiance euphorique.
Né en 1984, Abbas Righi s’intéresse très tôt au malouf, associé à l’École de Constantine, l’une des trois variantes de la musique andalouse avec l’école Senâa d’Alger et le « ghernati » de Tlemcen. Son parcours l’a conduit à la Zaouia Rahmania et à l’association « El Aqiqia El Aïssaouia », où il découvre le style soufi avant de se consacrer pleinement au malouf.
En 2002, il rejoint l’association « Élèves de l’Institut du malouf » dirigée par le défunt Cheikh Kaddour Darsouni (1927-2020), qui perçoit rapidement en lui une « grande voix » et l’initie à la percussion, étape essentielle pour développer sa musicalité. Quelques années plus tard, il fonde son propre orchestre, devenant chanteur et luthiste, et participe à de nombreux événements artistiques en Algérie et à l’étranger.
Abbas Righi a produit cinq albums : « Mejrouh » (2010), « Zadni Hwak Ghram » (2012), « Ama Sebba Lahbab » (2016), « Salah Bey » (2017), compilation de quatre CD intitulée « Couleurs de Constantine », ainsi que son dernier opus « Hosn El Habib » (2025), récemment publié en format numérique.
Amira Benhizia
