
Depuis son lancement en mars 2022, la revue annuelle féministe La Place s’est imposée comme un espace éditorial singulier donnant la parole aux femmes dans toute la diversité de leurs expériences, leurs créations et leurs engagements.
Dirigée par Maya Ouabadi et Saadia Gacem, cette publication éditée par Motifs réunit une équipe exclusivement féminine composée de chercheuses, écrivaines, journalistes, photographes et artistes. Parue à la fin du mois de mars, la cinquième édition de la revue – correspondant au quatrième numéro de la numérotation officielle après un numéro inaugural publié sous l’appellation «numéro 0» – poursuit cette démarche fondée sur l’expression, la réflexion et la transmission. Publiée en arabe et en français, La Place propose un regard féminin sur les questions culturelles, sociales, historiques et artistiques, tout en mettant en lumière des voix souvent peu représentées dans l’espace public.
L’une des particularités de la revue réside dans son attachement aux héritages intellectuels et artistiques féminins. Les différentes rubriques empruntent leurs intitulés à des œuvres littéraires ou musicales marquantes signées par des femmes. Des références à Yamina Mechakra, Assia Djebar, Warda El Jazayria, Cheikha Rimiti ou encore Virginia Woolf jalonnent ainsi les pages de la publication, créant un dialogue entre générations et sensibilités diverses.
Dans leur éditorial intitulé « La Place to be », les rédactrices en chef soulignent leur volonté de faire découvrir des parcours féminins variés et de rendre compte des multiples façons de vivre son identité de femme et son engagement dans la société. Une diversité qui constitue l’une des principales richesses de cette nouvelle édition. Le numéro réunit ainsi des contributions très diverses. Les lectrices et lecteurs y découvrent notamment un portrait consacré à la célèbre écrivaine et militante égyptienne Nawal El Saadawi, des entretiens avec la chanteuse Houria Aïchi et la chercheuse Khadidja Boussaid, ainsi qu’un texte inédit de l’écrivaine Faïza Guène. Les œuvres picturales de l’artiste El Meya y trouvent également leur place, aux côtés d’une chronique de Sarah Haidar consacrée à la question du pardon.
La revue aborde également plusieurs thématiques liées à la santé, aux droits des femmes et aux questions sociales. Un dossier s’intéresse notamment aux changements dermatologiques pouvant survenir durant la grossesse, tandis qu’un autre met en lumière les difficultés rencontrées par certaines femmes dans l’accès au diagnostic médical et aux soins. D’autres contributions interrogent les normes esthétiques imposées aux femmes, reviennent sur des moments marquants de l’histoire des luttes féministes ou explorent des affaires judiciaires rarement évoquées dans le débat public. À travers cette nouvelle édition, La Place confirme sa position particulière dans le paysage éditorial algérien. Entre réflexion intellectuelle, création artistique et témoignages de terrain, la revue poursuit son ambition de mettre en lumière les réalités, les aspirations et les combats des femmes. En donnant à voir des expériences multiples et parfois méconnues, elle contribue à enrichir le débat public tout en ouvrant de nouveaux espaces de dialogue et de réflexion.
Cheklat Meriem
