Algérie – Espagne : Du dégel au boom commercial

Le recentrage des relations algéro-espagnoles entamé ces derniers mois porte désormais ses fruits dans les faits, bien au delà des déclarations officieuses. Invité de la rédaction de la chaîne 3, Abdallah Seriai, président du Forum d’affaires algéro-espagnol, a dévoilé une première donnée claire et tangible : le volume des échanges commerciaux entre Alger et Madrid a dépassé le seuil symbolique des 10 milliards de dollars. Un jalon considéré comme historique par les milieux économiques des deux rives de la Méditerranée..

Ce rebond spectaculaire n’est pas le fruit d’une coïncidence heureuse. Il doit être replacé dans le contexte plus large d’un dégel diplomatique engagé depuis la fin de 2025, concrétisé notamment par la réactivation du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération entre les deux pays.
Suspendu depuis 2022, ce cadre juridique a été relancé dans la foulée de la visite officielle du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, à Alger le 26 mars dernier, marquant une volonté commune de dissoudre les malentendus et de replacer le partenariat sur des bases durables.
Traditionnellement dominés par le secteur énergétique, les échanges entre l’Algérie et l’Espagne ont montré une diversification notable en 2025. Le gaz naturel reste bien sûr un pilier central, en particulier dans le cadre des contrats à long terme qui font de l’Espagne l’un des principaux clients européens du gaz algérien, assurant ainsi une stabilité commerciale stratégique pour les deux pays.
Cependant, les statistiques révèlent un élargissement significatif des exportations algériennes vers d’autres secteurs.
Les produits sidérurgiques, issus des aciéries nationales, répondent à une demande croissante dans la construction et l’industrie espagnoles, consolidant la réputation de l’Algérie comme fournisseur fiable et compétitif.
Les engrais, liquides et solides, connaissent également un essor, alimentant notamment l’agriculture dans le sud de l’Espagne pour améliorer les rendements et la qualité des cultures.
De même, les produits agricoles, comme la pomme de terre algérienne, ont trouvé une place durable sur les marchés espagnols, dépassant parfois les contraintes saisonnières locales et illustrant la montée en puissance du « Made in Algeria » dans l’alimentation européenne.
Cette diversification témoigne d’une dynamique plus profonde : l’émergence progressive du label «Made in Algeria» sur un marché européen historiquement concurrentiel, et la volonté des opérateurs économiques algériens de s’inscrire dans des chaînes de valeur durables, au delà des seules commodités énergétiques. La consolidation de cette dynamique se jouera, en partie, lors d’un rendez-vous d’affaires majeur, prévu le 14 avril, en marge du salon Djazagro.
Cette journée d’information doit réunir une quarantaine d’entreprises espagnoles intéressées par des opportunités d’investissement en Algérie.
Pour de nombreux observateurs économiques, cet événement constitue plus qu’un simple Salon d’affaires : il pourrait amorcer un véritable changement d’échelle dans les relations économiques bilatérales, d’autant que plusieurs secteurs clés sont désormais sur la table des négociations.

Les nouveaux relais de croissance

Loin des approches traditionnelles centrées sur l’énergie, l’Algérie affiche aujourd’hui des ambitions beaucoup plus larges, visant à renforcer sa présence sur des marchés à forte valeur ajoutée. Dans le secteur pharmaceutique, le pays couvre désormais entre 70 et 80% de ses besoins nationaux en médicaments, une performance qui ouvre la voie à l’exportation vers les pays voisins et, à terme, vers l’Union européenne. Ce succès illustre, non seulement l’autonomie croissante du pays dans un domaine stratégique, mais aussi sa capacité à proposer un savoir-faire compétitif à l’international.
Dans l’agroalimentaire, les exportateurs algériens saisissent l’opportunité offerte par la demande européenne croissante pour des produits de qualité et certifiés. Les efforts se concentrent sur les segments de niche, tels que les produits frais et transformés, permettant à l’Algérie de diversifier ses flux commerciaux et de positionner ses filières agricoles sur un marché exigeant et concurrentiel.
Parallèlement, le secteur naissant de l’électronique et des technologies numériques suscite un intérêt particulier de la part des investisseurs espagnols, désireux de délocaliser certaines lignes de production et de coopérer via des transferts de savoir-faire.
Sur le plan industriel, cette coopération se matérialise déjà par des projets emblématiques.
Dans l’énergie, la construction de la grande raffinerie de Hassi Messaoud, confiée au géant espagnol Técnicas Reunidas, symbolise une approche partenariale à long terme. Dans le secteur automobile, des accords avec le groupe Stellantis et ses fournisseurs espagnols renforcent le maillage industriel autour de l’Algérie, intégrant le pays dans des chaînes de valeur régionales et consolidant, ainsi, sa position comme hub industriel stratégique en Méditerranée.

Un partenariat de «haute valeur ajoutée»

Ce que soulignent les spécialistes, c’est que l’ère naissante entre l’Algérie et l’Espagne n’est plus seulement celle d’un échange de ressources. Elle est désormais marquée par une volonté partagée de transfert de technologies, de création de valeur ajoutée et de codéveloppement industriel.
En multipliant les opportunités d’investissement croisé, en diversifiant les flux commerciaux et en consolidant les approches coopératives, Alger et Madrid semblent déterminés à transformer ce redémarrage diplomatique en une success story économique durable.
Dans un contexte où les économies mondiales se réorganisent et où les tensions géopolitiques redessinent les cartes des alliances, ce renouveau bilatéral apparaît comme un modèle pragmatique de coopération régionale, capable de bénéficier, non seulement aux acteurs économiques, mais aussi aux citoyens des deux pays.
Le seuil des 10 milliards de dollars d’échanges commerciaux n’est peut-être qu’un début. Si les promesses d’investissements et de diversification se concrétisent, ce chiffre pourrait, à terme, être dépassé de manière exponentielle, portant véritablement l’Algérie et l’Espagne vers un partenariat stratégique de «haute valeur ajoutée».
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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