Justice et mémoire coloniale sous tension : Le parquet antiterroriste rejoint les partisans de «l’Algérie française»

Lors de l’émission «Hebdo Show», diffusée lundi dernier sur la chaîne de télévision AL24 News, la récente déclaration du procureur du parquet antiterroriste français, évoquant un prétendu «terrorisme d’État» en Algérie, a déclenché une vague d’indignation. Les experts algériens présents à l’émission ont unanimement dénoncé une accusation infondée et historiquement décalée.
La récente déclaration du procureur du parquet antiterroriste français dans l’émission matinale de France info a déclenché une vague d’indignation en Algérie. Selon le magistrat, l’Algérie serait visée par une procédure liée à ce qu’il a qualifié de «terrorisme d’État». Une accusation jugée infondée par de nombreux observateurs et vivement contestée par les experts algériens.
Pour Maître Fatma-Zohra Benbraham, avocate spécialisée en droit international, cette déclaration révèle, avant tout, une incompréhension fondamentale du droit et de l’histoire : «Je me demande si ce procureur général est un véritable procureur général parce qu’apparemment, il n’a pas encore compris que l’Algérie est un pays indépendant depuis 1962». Elle insiste sur l’absence de fondement juridique : «Le crime d’État dont il parle ou la notion de crime d’État n’est pas encore reconnue par le droit international. […] Il invente une notion dont il n’est même pas capable de donner la définition et de déterminer sa compétence vis-à-vis de ce crime.»
Pour l’avocate, cette accusation est, non seulement juridiquement vide, mais aussi historiquement décalée. «Si l’on peut parler de crime d’État, la France aurait mieux fait de condamner ses propres actions en Algérie, qui sont de véritables crimes d’État, initiés par la France coloniale et par les présidents français», rappelle-t-elle. Selon Benbraham, le procureur cible indirectement l’État algérien, en le qualifiant implicitement de criminel, pour avoir éventuellement protégé ou commis certains actes : «C’est très très grave parce qu’il ne peut parler que de son territoire. La territorialité de la loi française s’arrête à la limite de sa nation, donc de son territoire. Mais nous, c’est l’Algérie. Que reproche-t-il à l’Algérie ? »
Elle souligne également le retard manifeste de cette posture par rapport à la réalité : «Pour rappel, l’Algérie a été le premier pays à héberger sur son territoire la première conférence internationale de lutte contre le terrorisme et a signé des textes internationaux, avant même la France. Ce Monsieur est terriblement en retard et cette action, c’est vraiment un coup de bâton dans l’eau.»

L’Algérie, une référence de l’antiterrorisme
De son côté, Baddis Khenissa, expert en géopolitique, insiste sur la dimension internationale et la reconnaissance de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme : «L’Algérie est aujourd’hui une référence en matière de lutte antiterroriste, citée par les grandes puissances, consultée par les continents, notamment à l’échelle africaine, mais aussi occidentale, y compris les États-Unis, pour asseoir une approche pragmatique de lutte antiterroriste.»
Pour Khenissa, cette accusation ne tient pas compte de la réalité historique : «L’Algérie a vaincu le terrorisme avec ses propres moyens, sa propre détermination, son engagement et son expertise, qui sont devenus maintenant une référence en la matière. Et elle l’a fait au même moment où François Mitterrand hébergeait le terrorisme et fournissait des bases arrières, notamment à ce même terrorisme dont nous souffrions. Ce même François Mitterrand aidait à financer le terrorisme, et vous savez que sans financement, le terrorisme s’asphyxie. 
L’expert souligne la contradiction et la mauvaise foi de l’accusation : «Cette déclaration reflète une aberration abjecte puisqu’elle ne correspond pas à la réalité. L’Algérie n’a rien à prouver aujourd’hui, encore une fois, face à une diplomatie qui perd sa boussole.»
Le contraste entre la compétence réelle de l’Algérie et l’affirmation du procureur français met en lumière une tension persistante entre perception politique et réalité opérationnelle. Alors que la France cherche à projeter une autorité juridique hors de ses frontières, l’Algérie démontre, par son histoire et son expertise, qu’elle reste un acteur incontournable dans la lutte contre le terrorisme, reconnu tant au niveau continental qu’international. Pour les experts, cette affaire dépasse le simple débat juridique : elle touche à la crédibilité diplomatique et au respect de la souveraineté d’un État pleinement indépendant depuis plus de six décennies. Benbraham conclut : «Cette action est sans fondement, nulle part dans le droit pénal international. C’est ridicule : un État qui est cinq fois plus grand que la France, on va le mettre en prison ?» L’ensemble de ces déclarations témoigne d’un désaccord profond entre les positions française et algérienne sur l’histoire, la légitimité et la compétence juridique en matière de lutte antiterroriste. Il rappelle que derrière les termes techniques et juridiques se cache un enjeu bien plus vaste : la reconnaissance historique et politique de l’Algérie comme acteur souverain et responsable sur la scène internationale.

La France a la mémoire courte
Mehdi Ghezzar, chroniqueur et expert en géopolitique, n’a pas mâché ses mots, dénonçant d’emblée une «mémoire courte». «La France a la mémoire courte parce qu’elle oublie que l’Algérie est le seul pays qui a vaincu le terrorisme seul et elle oublie quel est le seul pays qui l’a aidé à combattre le terrorisme sur son propre territoire.» Selon lui, cette amnésie politique et historique entraîne des accusations injustes : «Être, à ce point, non reconnaissant à un pays comme l’Algérie, qui leur a rendu service, et ensuite l’accabler de ces maux qui sont, pour moi, dénués de tout fondement est une faute politique et une faute judiciaire.» M. Ghezzar insiste sur l’expérience unique de l’Algérie face au terrorisme : «Parler de la sorte de l’Algérie, qui a vécu le terrorisme dans sa chair, avec plus de 250.000 victimes de la démence terroriste islamiste… Ces mots sont très graves, sont pour moi une honte absolue.» Pour lui, cette accusation ne peut se limiter à une simple mise en garde diplomatique : «Quand il y avait les attentats en France, cette dernière s’est tournée vers l’Algérie pour une aide, pour une coopération sécuritaire, pour avoir des informations. Tourner le dos à cette histoire, à ces moments douloureux, pour moi, ce n’est pas pardonnable.» Le chroniqueur souligne également que l’essor rapide et la stabilité retrouvée de l’Algérie dérangent certains responsables français : «Je pense que l’émergence de l’Algérie et la vitesse grand V avec laquelle elle avance dérange énormément certains responsables politiques français, qu’il faut tout faire pour freiner le train à grande vitesse qu’est l’Algérie.» Selon lui, la médiatisation de la polémique actuelle s’inscrit dans une stratégie de diabolisation : «On veut donner à l’Algérie le rôle d’un outil de campagne médiatique, diffusé par environ 40% des médias français, entre le JDD, CNews, etc. Il faut taper, taper, taper sur l’Algérie.»
Pour M. Ghezzar, malgré cette tentative de pression et de dénigrement, le pays continue de tracer sa route : «La caravane passe et les chiens aboient. Nous continuerons à faire notre chemin, à nous développer et à être, encore une fois, des acteurs majeurs, d’abord de la et, aujourd’hui, des énergies. » En confrontant les accusations françaises à la réalité historique et opérationnelle, Mehdi Ghezzar illustre l’écart entre perception et faits : un État souverain, qui a payé le prix fort pour éradiquer le terrorisme sur son sol et contribuer à la sécurité régionale et mondiale, ne peut être jugé selon des concepts juridiques inventés et déconnectés de la réalité internationale. En tous cas, cette polémique révèle, avant tout, un décalage entre perception extérieure et réalité opérationnelle. L’Algérie, en tant qu’État souverain, a construit, au fil des décennies, des institutions solides et une expertise reconnue dans la lutte contre le terrorisme, avec un engagement historique et des résultats tangibles. Les accusations fondées sur des notions juridiques floues ou inventées ne peuvent remettre en cause ni son rôle actif dans la sécurité régionale ni sa crédibilité internationale. Ce qui se joue dépasse le cadre juridique : il s’agit de reconnaissance de la souveraineté, de respect de l’histoire et de l’efficacité opérationnelle d’un État qui a démontré sa capacité à protéger sa population et à collaborer avec ses partenaires internationaux.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

Next Post

Liban : le bilan des frappes sionistes de mercredi monte à 203 martyrs

jeu Avr 9 , 2026
Les frappes sionistes menées mercredi à travers le Liban ont fait 203 martyrs et un millier de blessés, indique jeudi un nouveau bilan officiel non définitif. «Le bilan de l’agression (sioniste) sur le Liban est de 203 martyrs et plus de 1.000 blessés», a déclaré le ministre libanais de la […]

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37