
Le Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi a mis à l’honneur l’un des pères fondateurs du théâtre algérien à travers une journée de célébration dédiée au centenaire de la pièce Djeha (1926), œuvre emblématique de Allalou, de son vrai nom Ali Sellali. Cet événement, organisé hier, s’est inscrit comme un moment fort de mémoire, de réflexion et de création artistique.
La matinée a été consacrée à un colloque académique d’envergure, réunissant universitaires, chercheurs et spécialistes du théâtre autour de la figure d’Allalou et de son apport fondamental à la scène nationale. Intitulée « Allalou dans son centenaire. Du pionnier de la scène aux horizons de la documentation : lectures du texte, du patrimoine et du discours critique», cette rencontre s’est articulée autour de deux axes majeurs : d’une part, l’étude de son œuvre entre fondation et parcours de réception et, d’autre part, les lectures critiques de ses dimensions esthétiques, sociales et politiques.
L’après-midi a laissé place à une programmation culturelle et artistique riche et diversifiée. À partir de 15h30, le public a assisté à un spectacle de rue animé par la fanfare et la chorale de la Protection civile, avant l’inauguration d’une exposition dédiée à des objets personnels ayant appartenu à Allalou. En complément de son exposition permanente retraçant son histoire, le théâtre a également proposé des espaces consacrés à ses publications, à ses distinctions, ainsi qu’à sa plateforme numérique « Mémoire du théâtre national », mettant en lumière l’évolution du quatrième art en Algérie.
La journée a également été marquée par la présentation de l’ouvrage L’Aurore du théâtre algérien, référence incontournable pour comprendre les débuts du théâtre national. Dans la grande salle Mustapha-Kateb, un portrait consacré à Allalou, réalisé par Ali Aissaoui, a été projeté, suivi d’une séquence d’hommages réunissant artistes, chercheurs et professionnels du secteur.
Dans le cadre de cet événement, les lauréats du concours national du meilleur travail de recherche scientifique consacré au parcours et à l’héritage de ce pionnier, lancé en février dernier par le TNA, ont également été distingués, illustrant l’intérêt croissant des jeunes générations pour cette figure fondatrice.
La célébration s’est achevée avec la représentation de la pièce Ibadat du Théâtre régional de Sidi Bel-Abbès. Conçue par Elmir Bensaid Nacereddine et Djouzi Ahcène, cette création s’est inspirée des œuvres de Kateb Yacine, notamment Mohamed prends ta valise, Palestine trahie et Le roi de l’ouest. Fruit d’un travail collectif réunissant plusieurs générations de comédiens, dont des compagnons historiques de Kateb Yacine aux côtés d’artistes plus jeunes, la pièce a proposé une succession de tableaux traversant les grands moments de l’histoire et leurs répercussions sur les individus, ponctués d’interventions musicales. Figure incontournable du paysage culturel algérien, Allalou, né le 3 mars 1902 à la Casbah d’Alger, s’est engagé très tôt dans l’activité scénique aux côtés de Mahieddine Bachtarzi avant de fonder la troupe « Ez-Zahia ». Il a marqué durablement l’histoire culturelle avec l’écriture de Djeha, comédie en trois actes considérée comme la première œuvre théâtrale algérienne rédigée en dialecte.
Outre Djeha, il a signé plusieurs pièces marquantes, dont Zouadj Bouaqlin, Abou El Hassan (El Naïm el yaqdan), Al Sayad wa el Afrit, Antar El Hachaïchi, Al Khalifa wa Sayad, Hllaq Gharnata et Les Frères Achour. Auteur également de l’ouvrage L’Aurore du théâtre algérien, il s’est éteint le 19 février 1992, laissant un héritage majeur qui continue d’inspirer la scène théâtrale algérienne contemporaine.
Cette commémoration aura ainsi permis au Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi de saluer l’héritage de Allalou tout en mettant en lumière la continuité et le renouveau de la scène théâtrale algérienne.
Cheklat Meriem
