
La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a affirmé, lundi dernier, que le programme de son secteur pour la période 2026-2028 marque un tournant stratégique, en misant sur la transformation du patrimoine culturel national en un véritable moteur économique, au-delà de sa seule dimension de préservation.
Intervenant dans l’émission « Forum Al-Oula » diffusée sur la Chaîne I de la Radio nationale, la ministre a souligné que cette nouvelle vision s’inscrit dans une dynamique globale impulsée par les hautes autorités du pays, visant à faire de la culture un levier de développement et de rayonnement international.
Évoquant la récente visite du pape Léon XIV en Algérie, Mme Bendouda a estimé qu’elle ne relevait pas d’un simple cadre protocolaire, mais qu’elle constituait un événement politique et culturel majeur. Selon elle, cette visite a permis à l’Algérie de valoriser intelligemment son patrimoine culturel et de renforcer son image d’acteur équilibré sur la scène régionale et internationale, grâce notamment à une gestion maîtrisée menée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
Dans ce contexte, la ministre a indiqué que l’Algérie ambitionne de consolider sa position en tant que carrefour civilisationnel, conciliant authenticité et ouverture, tout en soutenant les valeurs de paix et les causes justes à l’échelle mondiale. Sur le plan opérationnel, Mme Bendouda a mis en avant les avancées significatives réalisées entre 2020 et 2025 en matière d’inventaire et de classification du patrimoine, précisant que plus de 1 126 biens culturels immobiliers ont été classés à ce jour. Elle a annoncé que la prochaine étape consistera à lancer de vastes chantiers de restauration, ciblant notamment des sites emblématiques tels que le Palais du Bey d’Oran, ainsi que plusieurs mosquées anciennes à travers le territoire national.
La ministre a également fait état de la création et de l’inauguration de dix nouveaux musées à l’occasion du Mois du patrimoine, ainsi que de l’octroi de plus de 210 autorisations de recherche et de fouilles archéologiques, traduisant une dynamique soutenue dans le domaine de la valorisation du patrimoine matériel et immatériel.
Dans la même optique, plusieurs initiatives à dimension internationale ont été lancées, notamment des forums consacrés aux gravures rupestres et à la pensée augustinienne, avec des projets d’inscription auprès de l’Unesco. Ces démarches concernent en particulier des sites et régions liés à saint Augustin, tels que Souk-Ahras, Guelma et Annaba.
Par ailleurs, Mme Bendouda a mis en lumière l’importance accordée à l’élévation du niveau de la sensibilité artistique en Algérie, notamment à travers le projet de l’Orchestre philharmonique national. Ce projet, a-t-elle expliqué, s’inscrit dans une vision visant à renforcer la diplomatie culturelle du pays et à accompagner la présence de l’Algérie dans les grandes manifestations internationales.
S’agissant de l’industrie cinématographique, la ministre a indiqué qu’elle constitue un axe prioritaire de la feuille de route du secteur pour l’année en cours. L’objectif est de passer d’une logique de soutien ponctuel aux œuvres à une véritable structuration de l’industrie, avec un accent particulier sur la distribution des films et l’extension du réseau des salles de cinéma, qui devrait passer de 14 actuellement à au moins 50 d’ici la fin de l’année.
Concernant le Mois du patrimoine, l’édition de cette année s’annonce exceptionnelle, avec l’organisation de plusieurs manifestations d’envergure internationale, dont le festival des manuscrits « Les chemins de l’encre en Algérie », le 1er Forum de la pensée afro-méditerranéenne dédié à la philosophie de saint Augustin, ainsi qu’un forum international sur les gravures rupestres prévu à Djanet, en septembre prochain.
La ministre a annoncé le retour de grandes manifestations culturelles, à l’instar du Festival international de Timgad et du Festival du livre et de l’édition de jeunesse dans le cadre d’une stratégie visant à soutenir les initiatives culturelles, notamment celles portées par les jeunes créateurs, les entrepreneurs et les associations, avec un accent particulier sur les projets destinés à l’enfance. Entre restauration du patrimoine, dynamisation du cinéma et ouverture sur les grandes scènes internationales, l’Algérie cherche désormais à transformer sa mémoire en force active. Une équation exigeante, mais qui pourrait redéfinir durablement la place de la culture dans le projet de développement du pays.
Cheklat Meriem
