Algérie–Tchad : Un partenariat projeté vers une nouvelle phase

La visite officielle effectuée en Algérie par le président de la République du Tchad, Mahamat Idriss Déby Itno, du 22 au 24 avril 2026, à l’invitation du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’inscrit dans une dynamique de consolidation et de relance des relations bilatérales entre les deux pays, marquée par une volonté clairement affirmée de franchir un nouveau cap. C’est ce qui ressort du communiqué de la présidence de la République publié vendredi dernier suite à cette visite.

À première vue, tout semble classique dans la visite officielle du président tchadien Déby Itno en Algérie. Un agenda protocolaire, des entretiens en tête-à-tête, une séance élargie aux délégations et une série d’accords signés dans un décor maîtrisé, le genre de séquence diplomatique que les chancelleries enchaînent sans que le grand public y prête vraiment attention. Sauf que cette fois, quelque chose change dans la profondeur du message et dans l’intensité des engagements
Les deux chefs d’État ont posé les bases d’un dialogue approfondi couvrant l’ensemble des dimensions du partenariat algéro-tchadien, un dialogue qui s’est concrétisé par la signature de vingt-huit accords et mémorandums d’entente dans le cadre de la quatrième session de la Commission mixte.
Un tel nombre d’accords signés en quelques jours ce n’est pas un détail, c’est un signal, presque une déclaration silencieuse, celle d’une volonté d’accélérer brutalement une relation qui, pendant des décennies, a surtout reposé sur des bases politiques et historiques sans réellement se transformer en moteur stratégique.
Notons que depuis 1975, l’Algérie et le Tchad avancent côte à côte avec une relation stable, sans crise majeure, mais aussi sans véritable saut qualitatif, une relation respectueuse mais contenue, presque prudente, comme si les deux pays savaient qu’ils partageaient des intérêts communs sans jamais vraiment les exploiter. Aujourd’hui, cette retenue semble voler en éclats.
Les deux Présidents ont ainsi exprimé leur entière satisfaction quant à la qualité des relations bilatérales, soulignant qu’elles reposent sur des fondements solides, forgés par des liens historiques, humains et géographiques, mais également par une convergence de vues sur les principaux enjeux africains.
Dans cette perspective, les deux parties ont insisté sur la nécessité de maintenir la dynamique positive enclenchée, notamment depuis la visite du président tchadien en septembre 2025, en renforçant les mécanismes institutionnels de suivi et d’évaluation, afin de garantir une mise en œuvre effective des engagements pris et d’inscrire la coopération dans une logique de continuité et d’efficacité.

Une urgence sécuritaire régionale
Sur le plan sécuritaire, les échanges ont mis en évidence une préoccupation partagée face aux défis auxquels sont confrontées les régions sahélienne et saharienne. Car oui, le Sahel est, en 2026, l’un des épicentres de l’instabilité mondiale, un espace où les groupes armés circulent, où les frontières sont poreuses, où les crises humanitaires s’enchaînent et où les puissances étrangères tentent d’imposer leurs propres agendas.
Dans ce chaos relatif, l’Algérie et le Tchad ne peuvent plus se contenter d’une coopération symbolique.
Les deux chefs d’État réaffirmant leur attachement à la promotion de la paix et de la stabilité, ainsi que leur détermination à intensifier leur coopération dans la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme violent et la criminalité transfrontalière, à travers un renforcement de la coordination entre les institutions compétentes, notamment en matière de sécurisation des frontières et d’échange d’informations.
Cet engagement s’inscrit dans le respect des principes fondamentaux de souveraineté des États, d’intégrité territoriale et de non-ingérence, principes que les deux pays considèrent comme essentiels dans la gestion des crises régionales et dans la préservation de la stabilité
Parallèlement, les deux Présidents ont exprimé leur solidarité face aux défis humanitaires affectant certains pays de la région, saluant les efforts déployés par le Tchad dans la prise en charge des populations touchées par les crises, soulignant ainsi l’importance d’une approche à la fois sécuritaire et humaine des enjeux régionaux.

Une transformation économique
Mais le vrai basculement ne se situe peut être pas là, il est économique. Parce que sécuriser sans développer, c’est repousser le problème sans jamais le résoudre, et ça les deux pays semblent l’avoir compris.
Dan ce sens, la visite a permis de mettre en avant les progrès réalisés tout en insistant sur la nécessité de traduire les engagements en projets concrets à fort impact, les deux parties convenant de renforcer leur partenariat dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les mines, les énergies renouvelables et les transports, en accordant une attention particulière au transfert d’expertises et au développement des compétences.
Dans cette optique, les deux pays ont encouragé la mise en place de partenariats structurants entre leurs entreprises, notamment dans les domaines des infrastructures et des matériaux de construction. Ils ont salué l’activation du Conseil d’affaires algéro- tchadien et la mise en avant des partenariats entre entreprises qui ne sont pas des détails techniques, mais des indices d’un changement de méthode. La relation ne doit plus seulement passer par les États mais aussi par les acteurs économiques capables de concrétiser les ambitions affichées.
La perspective d’organisation d’un forum économique a également été mise en avant comme un instrument de diversification des échanges et de dynamisation de la coopération économique.

Miser sur les infrastructures et le capital humain
Les infrastructures ont occupé une place importante dans les discussions, les deux chefs d’État saluant les avancées réalisées dans le domaine du transport aérien, notamment avec l’ouverture de la ligne Alger–N’Djamena, tout en réaffirmant l’importance des projets structurants tels que la route transsaharienne, considérée comme un levier essentiel d’intégration régionale et de développement économique.
Le développement des infrastructures numériques, en particulier les réseaux de fibre optique, a également été identifié comme un axe stratégique pour accompagner la transformation digitale et soutenir l’émergence d’une économie fondée sur la connaissance. Cette obsession des infrastructures qui revient comme un fil rouge. C’est une vision ambitieuse, presque audacieuse si on la replace dans le contexte actuel.
Parce que construire des routes et des réseaux dans une région instable, c’est parier sur l’avenir là où beaucoup ne voient que des risques.
Et pourtant, c’est souvent dans ces paris que se joue la différence entre stagnation et transformation de l’Afrique entière.
C’est du pareil au même quand on parle des domaines de la formation, de la santé et de la culture. D’ailleurs, les deux pays ont réitéré leur engagement à renforcer la coopération, en mettant l’accent sur l’enseignement supérieur, la recherche scientifique, la formation professionnelle et le développement des ressources humaines, tout en exprimant leur volonté d’élargir ces programmes à de nouveaux domaines prioritaires.
La coopération dans le secteur de la santé, notamment à travers la formation spécialisée et l’échange d’expertises, a également été mise en avant, de même que les initiatives culturelles et médiatiques visant à rapprocher les peuples et à valoriser leur patrimoine respectif.

Convergence quant aux grandes crises
Au niveau international, les deux Présidents ont réaffirmé leur attachement aux principes de la Charte des Nations unies, en particulier la souveraineté des États et le règlement pacifique des conflits, tout en exprimant leur soutien aux processus politiques en Afrique dans le cadre de l’Union africaine et des Nations unies. Leur convergence de vues s’est également illustrée sur plusieurs dossiers régionaux et internationaux, notamment en ce qui concerne la Libye, le Sahel et le Soudan, ainsi que sur la question du Sahara occidental et la cause palestinienne, pour lesquelles ils ont réitéré leur attachement à des solutions politiques conformes au droit international.
Les deux chefs d’État ont enfin souligné l’importance de l’action multilatérale face aux défis globaux, réaffirmant leur soutien mutuel au sein des organisations régionales et internationales.

Un repositionnement régional
Au terme de cette visite, les deux parties ont salué les résultats obtenus, les considérant comme une étape importante dans le renforcement du partenariat bilatéral, et ont convenu de maintenir des consultations régulières au plus haut niveau, tout en mettant en place des mécanismes de suivi destinés à assurer la concrétisation des engagements.
Dans une atmosphère marquée par la cordialité et le respect mutuel, le président tchadien a exprimé sa gratitude pour l’accueil qui lui a été réservé, invitant son homologue algérien à effectuer une visite officielle au Tchad, invitation acceptée par le président Abdelmadjid Tebboune, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle étape dans l’approfondissement des relations entre Alger et N’Djamena.
Ce qu’on peut dire désormais, c’est que cette visite ne se résume pas à une succession d’accords ou à une démonstration de cordialité entre deux chefs d’État. Elle marque peut être le début de quelque chose de plus profond.
Une tentative de structurer un axe sahélo- saharien capable de peser, de résister et de proposer une alternative dans une région trop souvent définie par ses crises plutôt que par ses potentialités.
Reste une inconnue, et elle est de taille : la capacité à transformer cette ambition en réalité.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

Next Post

Sergio Felipe Buendía, responsable du développement commercial à l’export 3A Biotech, à Alger16 : «L’Algérie offre des opportunités pour les entreprises espagnoles»

dim Avr 26 , 2026
À l’occasion de sa participation au Salon Djazagro, l’entreprise 3A BIOTECH, basée en Espagne, spécialisée dans la fabrication d’antioxydants, de conservateurs et d’ingrédients fonctionnels, a mis en avant son savoir-faire fondé sur plus de 20 ans d’expérience. Présente dans plusieurs secteurs, de l’agroalimentaire à la cosmétique en passant par l’agriculture, […]

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37