
Invité hier dans l’émission «L’invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, l’expert en agronomie et hydraulique M. Mouhouche a passé au crible les récentes orientations du nouveau ministre de l’Hydraulique, lundi dernier, à la suite de sa visite à Annaba.
Lors de son intervention, l’expert a estimé que « l’interdiction de l’usage de l’eau potable pour l’irrigation agricole et l’industrie mérite d’être nuancée ». Selon lui, certaines situations peuvent justifier un usage encadré, tandis que d’autres doivent rester strictement interdites.
Dès le départ, l’expert pose le décor sans détour : l’eau constitue le principal défi de l’Algérie, bien au-delà des autres contraintes structurelles. Il rappelle que « l’eau destinée à la consommation humaine ne couvre que 3 à 5 % des besoins globaux », un chiffre qui illustre la pression extrême sur la ressource.
Dans cette logique, il propose une hiérarchisation claire des usages, en priorité l’eau potable, puis l’abreuvement du bétail, ensuite les cultures pérennes, les cultures annuelles et enfin les besoins industriels. Une organisation stricte qui vise à éviter les arbitrages improvisés.
Sur le volet industriel, son positionnement est encore plus tranché : l’industrie « ne devrait pas nécessairement dépendre de l’eau potable ». Il plaide pour un recyclage massif et une réutilisation des eaux usées industrielles, encore trop peu développés selon lui. Une solution qu’il considère comme essentielle pour préserver les ressources conventionnelles. Concernant le dessalement, M. Mouhouche indique que les stations existantes couvrent entre 40 et 47 % des besoins en eau potable, mais leur fonctionnement reste fragile. Il évoque notamment les contraintes liées à la turbidité lors des crues, qui peut perturber les installations et endommager des filtres sensibles, entraînant des arrêts temporaires de production et des opérations de maintenance fréquentes.
Pour lui, la réponse passe aussi par une meilleure interconnexion du système hydraulique. Le raccordement des barrages au réseau permettrait de mieux compenser les déséquilibres locaux. Il insiste également sur l’importance de la télégestion, une technologie que les autorités encouragent et qui permet de piloter à distance les infrastructures, d’optimiser les débits et de mieux s’adapter aux variations climatiques.
Mais au-delà des infrastructures, l’expert tire surtout la sonnette d’alarme sur un problème structurel : le gaspillage. Il évoque des pertes estimées entre 40 et 50 %, dues aux fuites et aux usages inefficaces. Malgré les investissements publics, il regrette que « l’eau n’est pas perçue à sa juste valeur », ce qui freine les comportements responsables.
Au-delà des choix techniques, il exhorte à « une conscience collective». Il déduit que la gestion efficace de l’eau est cruciale pour le futur du pays, dépassant ainsi le simple cadre des enjeux sectoriels.
Abir Menasria
