
La 6e édition du Festival du film méditerranéen d’Annaba s’est achevée jeudi dernier, après six jours de projections et d’activités parallèles. Cette édition a confirmé la nouvelle dimension artistique de ce rendez-vous devenu incontournable.
Le festival a proposé pas moins de 55 films issus de 20 pays, ainsi que 13 projections préliminaires de productions étrangères et la participation de 35 films algériens. Les projections ont été organisées au Théâtre régional Azzedine-Medjoubi et à la Cinémathèque de la ville d’Annaba. En marge de l’événement, dont l’Égypte était l’invitée d’honneur, une exposition consacrée à la mémoire cinématographique algéro-égyptienne a été mise en place. Elle regroupait des affiches de films, ainsi qu’une collection de matériels anciens et contemporains illustrant l’évolution des techniques du 7e art. Tout au long du festival, cette exposition a constitué un espace ouvert au public, mettant en valeur le patrimoine cinématographique commun et favorisant les échanges culturels autour du Bassin méditerranéen.
Parmi les moments marquants de cette édition, la projection du documentaire algéro-qatari « Gijon 1982 », au Théâtre régional Azzedine-Medjoubi, a suscité un vif intérêt, notamment en présence de figures emblématiques de la sélection algérienne de 1982, à savoir Lakhdar Belloumi et Rabah Madjer.
Réalisé par la chaîne Al Jazeera, le film revient sur le parcours historique des Verts lors de la Coupe du monde en Espagne. Le tournage a mobilisé des témoignages dans plusieurs pays, incluant ceux des anciens internationaux allemands Pierre Littbarski et Harald Schumacher, qui ont évoqué leurs souvenirs de la rencontre contre l’Algérie et les circonstances du match Allemagne-Autriche, souvent qualifié de « match de la honte ».
Dans le cadre académique du festival, un symposium international a mis en lumière le rôle pionnier de l’Algérie dans le cinéma arabe engagé, tout en soulignant la profondeur des liens historiques entre les cinémas algérien et égyptien. La veille de la clôture, une master class animée par le producteur et critique Ahmed Bedjaoui, en présence de l’historien français Benjamin Stora et de la moudjahida Louiza Ighilahriz, a également marqué l’événement. À cette occasion, Benjamin Stora a insisté sur «la nécessité méthodologique et éthique de rendre les archives françaises intégralement accessibles aux chercheurs algériens », appelant à «lever l’ensemble des obstacles administratifs, bureaucratiques et sécuritaires qui limitent leur consultation». En refermant cette 6e édition, Annaba confirme une fois de plus son statut de carrefour culturel méditerranéen, où le cinéma dépasse le simple cadre de l’écran pour devenir un espace de mémoire, de dialogue et de lecture du monde. Entre héritage partagé et débats contemporains, le festival s’impose comme un rendez-vous où l’image ne divertit pas seulement : elle interroge, relie et projette déjà les récits de demain.
Amira Benhizia
