
À l’approche de l’Aïd El-Adha 2026, les autorités algériennes ont lancé un vaste programme d’importation de moutons, une mesure visant à stabiliser le marché intérieur et à préserver le pouvoir d’achat des citoyens. Cette intervention gouvernementale fait suite à la forte tension des prix du bétail qui se produit généralement dans les semaines précédant cette fête religieuse.
Selon les indicateurs du secteur, un million de têtes de moutons devraient être importées afin de renforcer l’offre locale et de répondre à la demande accrue. Il convient de noter que le marché national connaît chaque année une forte hausse des prix avant l’Aïd, avec des augmentations allant de 30 à 70 %, selon les régions, la qualité des races et le nombre d’intermédiaires impliqués dans la distribution.
Ces dernières années, le prix des moutons a atteint des sommets historiques dans plusieurs wilayas, allant de 65 000 à 120 000 dinars, selon le poids et la qualité de la bête. Ce coût est devenu inabordable pour une grande partie des familles. Les éleveurs attribuent cette forte hausse à plusieurs facteurs, notamment le prix élevé de l’alimentation animale, les frais de transport et les nombreuses marges bénéficiaires pratiquées par les intermédiaires, sans oublier la spéculation croissante à l’approche des fêtes.
Face à cette situation récurrente, l’Etat est intervenu directement en important des quantités supplémentaires de bétail. L’objectif est de freiner la spéculation, de stabiliser les prix et de réduire la pénurie artificielle qui affecte les marchés chaque année. Par cette mesure, les autorités cherchent à plafonner les prix des moutons importés entre 40 000 et 60 000 dinars, permettant ainsi à un plus grand nombre de familles d’accomplir le rituel religieux dans des conditions financières plus abordables.
Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’une politique plus large visant à protéger le pouvoir d’achat et à réguler les marchés sensibles, une approche défendue par le président Abdelmadjid Tebboune qui insiste sur la dimension sociale de l’action gouvernementale et la nécessité de lier les décisions économiques aux réalités quotidiennes des citoyens. Cette initiative a été largement saluée par la population, qui y voit une réponse concrète et pratique pour atténuer les difficultés engendrées par la hausse saisonnière des prix des biens de consommation.
Sur le plan logistique, ce processus repose sur un système d’importation intégré, des mécanismes de contrôle sanitaire rigoureux et des réseaux de distribution très performants. Le bétail provient de marchés internationaux à l’offre abondante et aux coûts de production compétitifs, et dès son arrivée, il est acheminé vers des points de vente désignés. Ceci élimine le rôle des spéculateurs et freine les réseaux de commerce parallèle. Des inspections vétérinaires sont également réalisées pour garantir la sécurité et la santé des animaux.
Première initiative réglementaire, le lancement d’une plateforme numérique permettant aux citoyens de réserver en ligne les moutons destinés au sacrifice constitue la pierre angulaire de cette campagne. Ce dispositif vise à moderniser les circuits de distribution, à réduire le nombre d’intermédiaires, à minimiser les déplacements et à garantir une transparence totale. La numérisation contribue également à une gestion intelligente de la demande et à la prévention des fortes affluences que connaissent généralement les marchés traditionnels à l’approche de l’Aïd.
Les premières évaluations d’experts indiquent que cette intervention devrait freiner significativement la hausse des prix, avec une baisse attendue de 20 à 40 % par rapport aux niveaux de la haute saison. Cette réglementation précise atténuera les effets néfastes de la spéculation tout en garantissant un marché équilibré qui préserve la place de la production locale face aux importations.
Au-delà de son impact direct sur les prix, ce processus témoigne d’une volonté politique de restructurer le marché de l’élevage et de moderniser ses mécanismes de distribution. Il s’inscrit également dans une stratégie plus large visant à renforcer la sécurité économique des familles, à faciliter l’accès aux produits essentiels en période de forte demande et de faible offre et à préserver la dimension religieuse et sociale de l’Aïd El-Adha. Dans cette perspective, l’importation de moutons dépasse le simple cadre d’une solution temporaire pour devenir une mesure corrective aux profondes implications économiques et sociales. Elle vise à permettre à une plus grande partie de la population de célébrer ce rite religieux tout en jetant les bases d’une gestion efficace et transparente du marché local sur le long terme.
Abir Menasria
