100e anniversaire de la Grande Mosquée de Paris : Un siècle d’histoire, un siècle d’engagement

Le centenaire de la Grande Mosquée de Paris a été célébré avec faste, mercredi dernier, lors d’une cérémonie qui restera comme l’un des moments les plus emblématiques de son histoire. Un siècle après son inauguration, l’institution a réaffirmé sa vocation première : être un trait d’union entre la foi musulmane, la citoyenneté et les valeurs républicaines, tout en poursuivant son engagement contre le racisme, l’islamophobie et toutes les formes de discrimination.
En présence du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, du recteur Chems-Eddine Hafiz, de représentants de l’État, des collectivités territoriales, des différents cultes, ainsi que de nombreux fidèles, cette célébration a revêtu une dimension à la fois historique, mémorielle et symbolique.
Fondée en hommage aux dizaines de milliers de soldats musulmans tombés pour la France durant la Première Guerre mondiale, la Grande Mosquée de Paris continue, cent ans après son inauguration, d’incarner un espace de dialogue, de transmission et de coexistence.
Dans un contexte marqué par la montée des tensions identitaires et des actes antimusulmans en France, Laurent Nuñez a prononcé un discours particulièrement remarqué. Rappelant que la Grande Mosquée est née «d’une dette de sang et de reconnaissance » envers les soldats musulmans morts pour la France, il a établi un parallèle entre les résistances qui ont accompagné la construction de l’édifice et les défis auxquels sont aujourd’hui confrontés les musulmans français.
« Déjà hier, certains voulaient opposer l’identité française et la confession musulmane. Cent ans après, ces tentations n’ont évidemment pas disparu », a-t-il déclaré, dénonçant les amalgames, les discours haineux et les discriminations visant les musulmans.
Le ministre français de l’Intérieur a également livré une formule appelée à marquer les esprits : « S’attaquer à un musulman, c’est s’attaquer à un enfant de la République.» Evoquant la hausse préoccupante des actes antireligieux, il a annoncé l’élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre ces violences, fondée sur la prévention, la formation, la recherche et une meilleure coordination des politiques publiques.

Un héritage à transmettre
Au lendemain de cette célébration, le recteur Chems-Eddine Hafiz a prolongé cette réflexion dans son billet hebdomadaire, conférant au centenaire une portée qui dépasse largement le simple anniversaire institutionnel. Rendant hommage à celles et ceux qui ont fait vivre la Mosquée durant un siècle, il écrivait : « Ma reconnaissance va aussi, peut-être d’abord, à ceux qu’aucune plaque ne nomme », évoquant les artisans, les imams, les enseignants, les bénévoles et toutes « les mains anonymes » qui ont contribué à faire de ce lieu un patrimoine vivant. « Les institutions ne vivent pas seulement de leurs fondateurs : elles vivent de leurs serviteurs. Ce centenaire fut aussi, et pleinement, le leur», a-t-il poursuivi. Pour M. Hafiz, cette entame du 2e siècle de la Grande Mosquée de Paris doit être placée sous le signe de la transmission, de la formation des jeunes générations, du dialogue interreligieux et de la promotion d’un islam pleinement enraciné dans la République. Plus qu’une célébration mémorielle, ce centenaire apparaît ainsi comme une invitation à regarder vers l’avenir. Entre fidélité à son histoire et adaptation aux défis contemporains, la Grande Mosquée de Paris entend poursuivre son rôle de passerelle entre les cultures, les croyances et les citoyens, tout en portant un message de fraternité et de vivre-ensemble dont la portée dépasse largement ses murs.

Une institution en première ligne contre les discriminations
Au fil des dernières années, la Grande Mosquée de Paris s’est imposée comme l’une des principales voix engagées dans la lutte contre le racisme et les discriminations en France. Sous l’impulsion de son recteur, Chems-Eddine Hafiz, elle a développé une stratégie fondée sur trois piliers : l’action judiciaire, la pédagogie et le dialogue.
L’institution n’hésite plus à engager des poursuites contre les auteurs de propos qu’elle estime constitutifs d’incitation à la haine visant les musulmans. Parallèlement, elle multiplie les initiatives éducatives en accueillant chaque année des milliers d’élèves et de visiteurs, tout en valorisant la mémoire des soldats musulmans ayant combattu pour la France, ainsi que le rôle joué par Si Kaddour Benghabrit durant l’occupation.
La Grande Mosquée défend également un dialogue constant avec les représentants des autres religions. Sa ligne directrice est claire : la lutte contre l’islamophobie ne saurait être dissociée de celle contre l’antisémitisme, le racisme et toutes les formes de haine. Cette approche entend faire de la citoyenneté, de la connaissance mutuelle et du vivre-ensemble les meilleurs remparts contre les replis identitaires.

Un front contre les attaques du Maroc
Le centenaire rappelle également la place singulière qu’occupe la Grande Mosquée de Paris dans l’organisation du culte musulman en France. Cette position l’a placée, au fil des années, au cœur de tentatives de déstabilisation menées par le Conseil français du culte musulman (CFCM), créé en 2003 sous l’impulsion du Makhzen afin de représenter les musulmans auprès des pouvoirs publics français.
Depuis plusieurs années, Rabat tente de contester la légitimité historique de la Grande Mosquée de Paris, avançant des arguments jugés fallacieux fondés notamment sur son style architectural ou encore sur le parcours de son premier recteur, Si Kaddour Benghabrit.
Les autorités algériennes, ainsi que les responsables de l’institution ont régulièrement dénoncé ce qu’ils considèrent comme des tentatives de remise en cause de son héritage historique et de son rôle central dans la promotion d’un islam de France apaisé et fidèle aux valeurs républicaines.
Pour l’Algérie, la Grande Mosquée de Paris demeure une institution dont l’histoire, le financement et la direction sont intimement liés à Alger. Le soutien constant apporté par l’État algérien ne relève donc pas uniquement d’une dimension financière, il constitue également le témoignage d’une filiation historique revendiquée depuis sa fondation. Les tentatives de « réécriture » de son histoire par certaines officines marocaines sont ainsi perçues comme des manœuvres visant à fragiliser une institution qui demeure, au-delà des frontières, un symbole du rayonnement culturel et spirituel algérien.
Malgré ces turbulences, la Grande Mosquée de Paris a conservé sa place d’acteur incontournable du paysage religieux français. En ouvrant le chapitre de son deuxième siècle, elle entend poursuivre la mission que ses responsables revendiquent depuis plusieurs décennies : défendre un islam de connaissance, de dialogue et de fraternité, tout en demeurant un rempart contre le racisme, les discriminations et les fractures qui traversent la société française.

G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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