Lire, écrire & traduire Maïssa Bey : L’imaginaire comme territoire de mémoire et de liberté

L’année 2026 marque le trentième anniversaire de la publication d’Au commencement était la mer, premier roman de Maïssa Bey, paru en 1996. En trois décennies, l’écrivaine s’est imposée comme l’une des grandes voix de la littérature algérienne contemporaine. À travers une œuvre riche et profondément humaine, elle n’a cessé d’explorer les questions de mémoire, d’histoire, de condition féminine et les multiples interrogations qui traversent l’Algérie.

Pour célébrer ce parcours littéraire exceptionnel, les éditions Barzakh ont récemment publié Lire, écrire & traduire Maïssa Bey, un ouvrage collectif pensé à la fois comme un hommage, un espace de réflexion et un témoignage de reconnaissance envers l’auteure.
Dirigé par l’universitaire et poétesse tunisienne Imèn Moussa, le livre réunit les contributions de dix universitaires, écrivains et traducteurs qui proposent autant de regards singuliers sur une œuvre ayant largement dépassé les frontières algériennes pour trouver sa place au sein de la littérature francophone et bien au-delà. « Rendre grâce aux années d’écriture de Maïssa Bey nous a paru naturel et cet ouvrage collectif est un hommage modeste qui montre la singularité de cette aventure », peut-on lire sur le dos du livre. Cet ouvrage rassemble des perspectives qui se répondent, combinant études, mémoires de lecture, expériences de traduction et récits personnels, relatant ce que l’interaction avec l’œuvre de Maïssa Bey a modifié dans leur propre rapport à la littérature. Les contributions de Christiane Chaulet-Achour, Sylvie Brodziak, Amina Damerdji, Marion Hennebert, Monica Malmström, Afif Mouats, Imèn Moussa, Mohamed Sari, Ndiaye Sarr et Barbara Sommovigo dessinent donc un tableau composite d’une écrivaine et d’une œuvre inspirante. L’universitaire et critique littéraire, Christiane Chaulet-Achour, met en évidence la cohérence d’un parcours où la fiction, la réflexion et l’engagement dialoguent échange. Les femmes y sont mises à l’honneur pour ce qu’elles ont à apporter et dont l’auteure se fait l’écho et la transmettrice, une caractéristique que l’on peut décrire en employant des termes clés tels que : enfermement, clôture, mutisme mais aussi éclat et recherche de liberté. Il ne faut toutefois pas se laisser abuser : le coût de l’œuvre de Maïssa Bey ne dépend pas uniquement d’une attention particulière portée aux femmes, il s’agit également et surtout d’une écriture, d’un geste identifiable dès qu’on a parcouru quelques écrits : dialoguer avec une langue pour la transformer en un vecteur de transmission, de suggestion et de progrès subtils mais pourtant significatifs dans les scénographies sélectionnées.
Elle va plus loin en résumant ce qui est, selon beaucoup, l’une des principales qualités de son œuvre. « Il me semble que ce qui est la caractéristique profonde de l’écriture de Maïssa Bey est cette capacité à dire beaucoup en une concentration de la matière narrative .»
D’ailleurs, le texte de l’universitaire Sylvie Bodziak se poursuit et se penche sur l’art suggestif dans les œuvres de Maissa Bey, qui «manie avec talent l’implicite ». D’après son opinion, l’autrice possède un style d’écriture « sans tapage qui raconte de terribles histoires », un fait qui est notamment « évident dans les titres de ses livres » Pour sa part, l’écrivain et universitaire Afif Mouats inscrit sa lecture en fonction de son parcours personnel en tant qu’auteur, partageant comment cette écriture a alimenté ses propres questionnements relatifs à la création littéraire. L’ouvrage accorde aussi une importance centrale à ceux qui ont contribué à ce travail de traduction, en particulier la traductrice suédoise Monica Malmström et l’Italienne Barbara Sommovigo.
Elles rappellent que traduire Maïssa Bey implique également de traduire une manière singulière d’habiter le monde. En ce qui concerne la coordinatrice du projet, Imèn Moussa, elle abandonne volontairement le discours universitaire pour partager sa propre expérience avec les oeuvres de l’écrivaine.
Lire, écrire & traduire Maïssa Bey dresse le portrait d’une œuvre qui reste toujours pertinente pour interroger notre époque, mais aussi d’une plume qui, à la fois subtile et forte, perpétue son œuvre de mémoire, de transmission et d’émancipation.

Abir Menasria

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