
Les témoignages d’anciens détenus politiques sahraouis, présentés en marge de la 14e édition de l’université d’été des cadres du Front Polisario et de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), ont mis en lumière les conditions de leur détention dans les prisons marocaines, ainsi que les pressions auxquelles leurs familles auraient été soumises.
Organisée à l’université M’hamed-Bougara de Boumerdès, cette édition de l’université d’été se poursuit avec la participation de plusieurs cadres et responsables sahraouis. En marge des travaux, d’anciens détenus politiques ont livré leurs témoignages sur leurs expériences carcérales, évoquant notamment des actes de torture, des humiliations, des restrictions concernant les visites familiales et différentes formes de pression.
Parmi eux, le militant politique sahraoui Aziz El-Ouahidi affirme avoir passé dix années dans les prisons marocaines. Son récit évoque une succession d’épreuves physiques et psychologiques, marquées, selon lui, par la violence, la peur et l’isolement.
Il décrit notamment « des tortures psychologiques et physiques, des actes d’intimidation et de terreur, ainsi que l’interdiction des visites familiales, outre les atteintes à la dignité humaine ».
Mais derrière les violences physiques, son témoignage insiste surtout sur une autre forme de souffrance : la déshumanisation. Le détenu, explique-t-il, finit par être confronté à la sensation de ne plus être considéré comme une personne. Le pire traitement qu’un prisonnier puisse subir, affirme-t-il, est d’être traité comme s’il était « sans valeur, sans dignité et sans humanité ». À cette dégradation s’ajouteraient, selon son récit, la privation de droits élémentaires et des périodes de privation de nourriture.
« Briser » le détenu, mais aussi atteindre sa famille
Les témoignages d’Abdelmouli Al-Hafdhii, El-Ber El-Kentani, Zahra Sabahi, Houda Bakka et Kebbal Mohamed Amine font écho à celui d’El-Ouahidi. Tous décrivent des pratiques « d’une extrême cruauté et inhumanité », particulièrement à l’encontre des militants politiques et des étudiants sahraouis.
Selon eux, l’arrestation constituerait souvent le début d’un processus plus large : traque des militants, arrestations arbitraires, accusations fabriquées et procès-verbaux fictifs. Les détenus seraient ensuite confrontés à des procédures judiciaires destinées à les maintenir durablement sous pression.
Mais leurs récits ne s’arrêtent pas aux murs des prisons. La détention aurait également des répercussions directes sur les familles. Les anciens détenus évoquent des interrogatoires, des pressions et l’interdiction prolongée des visites familiales, transformant la prison en un instrument qui, selon eux, permettrait de faire peser la peur bien au-delà du seul détenu.
El-Ber El-Kentani, Zahra Sabahi et Houda Bakka rapportent également des transferts forcés de militants d’une prison à une autre. Une pratique éprouvante, puisqu’elle couperait brutalement les détenus de leurs proches, mais aussi de leurs compagnons de lutte.
Des cellules surpeuplées et des années d’isolement
Les conditions carcérales décrites par les témoins sont tout aussi préoccupantes. Ils évoquent des cellules surpeuplées et une absence de conditions compatibles avec le respect de la dignité humaine.
Ils dénoncent notamment des périodes prolongées sans visites familiales, auxquelles s’ajouterait, dans certains cas, le refus de restituer certains documents administratifs après la libération. Ainsi, selon leurs récits, sortir de prison ne signifierait pas nécessairement retrouver immédiatement une vie normale.
Les anciens détenus affirment également que certaines déclarations auraient été obtenues sous la contrainte et la torture, sous la supervision de personnes qu’ils qualifient de « suspectes » et qu’ils présentent comme appartenant à différents services de sécurité marocains.
Ils évoquent également des tentatives présumées de provoquer des tensions entre détenus, afin de les diviser et d’affaiblir leurs liens. Une stratégie qui, si elle était avérée, viserait autant l’individu que la cohésion collective du mouvement militant sahraoui.
Le passage le plus troublant de ces témoignages concerne peut-être l’après-prison.
Selon les anciens détenus, la libération ne constituerait pas nécessairement la fin des persécutions qu’ils dénoncent. Tous les témoignages convergent ainsi sur l’existence de cas dans lesquels des militants politiques sahraouis auraient été de nouveau enlevés après leur remise en liberté.
À travers ces récits, la détention n’est pas un épisode isolé, mais une succession de pressions qui pourraient se prolonger avant, pendant et après l’incarcération.
Ces témoignages, particulièrement lourds, mettent ainsi au premier plan la situation des détenus politiques sahraouis et la question des droits humains dans les territoires sahraouis. Ils constituent l’un des moments les plus marquants de cette 14e édition de l’université d’été, où la parole d’anciens détenus vient donner un visage humain à une question habituellement abordée à travers les seuls chiffres, rapports et déclarations politiques.
G. Salah Eddine
