Par G. Salah Eddine
Sept mois d’enquête, 25 interpellations et une saisie évaluée à près de 1.000 milliards de centimes. Derrière les chiffres vertigineux de l’opération annoncée par la Sûreté nationale se dessine une organisation structurée, des cargaisons venues du Sud, des relais à l’étranger et une longue traque menée dans plusieurs wilayas. Le Service central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants (SCLTIS) affirme avoir démantelé l’un des réseaux internationaux de trafic de drogue les plus importants du pays, avec la saisie de 10,4 millions de capsules de Prégabaline et de 33,4 kg de cocaïne.

Tout commence en janvier 2026. À ce moment-là, les enquêteurs du Service central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants disposent surtout d’éléments fragmentaires. Des mouvements suspects, des flux de marchandises, des intermédiaires. Il faudra plusieurs mois pour transformer ces premières informations en une cartographie plus précise du réseau.
Selon la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), les investigations ont progressivement permis d’identifier les membres présumés de l’organisation, de retracer les itinéraires empruntés par les cargaisons et de comprendre la manière dont les différents maillons de la filière communiquaient entre eux.
La piste mène principalement vers l’ouest du pays. Mais le réseau, selon la DGSN, ne s’arrête pas aux frontières algériennes.
Une organisation dont une partie de la direction est basée au Maroc a été identifiée. Des barons marocains du narcotrafic dirigeait la filière avec l’appui de complices, dont certains font l’objet de recherches par la justice algérienne.
Plus loin, les enquêteurs auraient également mis au jour des relais à Dubaï, notamment pour la gestion et le transfert de fonds issus du trafic, ainsi que des complices présumés en France.
Le réseau est une chaîne à plusieurs niveaux : approvisionnement, transport, distribution, circulation de l’argent. Les cargaisons, elles, empruntaient des itinéraires identifiés depuis les wilayas du Sud avant d’être acheminées vers d’autres régions du pays.
À mesure que les enquêteurs remontent cette chaîne, l’opération change d’échelle.
Une fois la phase d’identification achevée, le SCLTIS, avec l’appui du Groupement des opérations spéciales de la police (GOSP), déclenche plusieurs opérations simultanées.
Les interventions sont menées dans cinq wilayas : Oran, Tizi Ouzou, Alger, Blida et Tipasa.
L’objectif est clair : frapper plusieurs maillons du réseau au même moment et empêcher les suspects de se prévenir ou de faire disparaître les éléments compromettants.
Au total, 25 membres de l’organisation sont interpellés, parmi lesquels une femme et un ressortissant étranger.
Mais c’est la découverte des cargaisons qui donne toute sa dimension à l’opération.
Dans les saisies annoncées par la DGSN figurent pas moins de 10.400.000 capsules de Prégabaline et plus de 33,4 kilogrammes de cocaïne.
À cela s’ajoutent 19 véhicules, dont un camion semi-remorque citerne et trois motocyclettes, utilisés dans les activités du réseau.
Les policiers ont également récupéré plus de 1,5 milliard de centimes provenant des revenus du trafic.
La valeur marchande globale des produits saisis est, selon la DGSN, estimée à plus de 1.000 milliards de centimes.
Derrière cette somme, ce sont surtout les volumes qui impressionnent. Dix millions de capsules ne constituent pas une opération de détail. Ils donnent l’image d’une activité organisée à une échelle industrielle, avec des moyens de transport, des circuits d’acheminement et, surtout, une logistique capable de déplacer les marchandises sur de longues distances.
Les 25 suspects ont été présentés, le 20 août 2026, devant le procureur de la République près le pôle pénal spécialisé de Sidi M’Hamed à Alger.
À ce stade, les personnes interpellées demeurent présumées innocentes jusqu’à ce qu’une décision judiciaire définitive établisse leur culpabilité.
L’opération menée par le SCLTIS n’est donc pas seulement une affaire de saisies spectaculaires. Elle illustre surtout une évolution du trafic de stupéfiants, de plus en plus structuré autour de filières transnationales, de relais financiers et de circuits logistiques complexes.
Intensification de la lutte contre le narcotrafic
Cette opération d’envergure intervient après plusieurs saisies importantes réalisées depuis le début de l’année par le SCLTIS, illustrant l’intensification des opérations menées contre les réseaux de trafic de stupéfiants et de psychotropes.
En début d’année déjà, les brigades opérationnelles du SCLTIS avaient démantelé trois réseaux criminels organisés dans le cadre d’opérations distinctes. Quatorze personnes avaient été interpellées. Ces interventions avaient notamment permis la saisie de 120 kg de kif traité, 38 kg de cocaïne et 59.340 capsules de Prégabaline, ainsi que de sept véhicules.
En mars, le SCLTIS avait, par ailleurs, participé à une opération ayant permis la saisie de plus de 55 kg de kif traité en provenance du Maroc et l’arrestation de huit membres d’un réseau criminel organisé.
En mai 2026, le SCLTIS avait déjà démantelé un réseau transnational et saisi près de 4 millions de capsules de Prégabaline. Treize suspects avaient été arrêtés et présentés devant la justice, tandis que sept autres étaient activement recherchés.
La série s’était poursuivie en juin, avec le démantèlement de deux réseaux spécialisés dans le trafic de stupéfiants et la saisie de plus de 97 kg de kif traité, ainsi que l’arrestation de six individus lors de deux opérations distinctes menées en coordination avec les services régionaux de Tlemcen.
Une autre opération menée, plus récemment, à Djelfa et Laghouat, en coordination avec les services des Douanes algériennes, avait abouti à la saisie de plus de 34 kg de cocaïne et plus de 17 kg de kif traité. Quatorze individus avaient été arrêtés et plus de 1,14 milliard de centimes, présentés comme provenant des revenus du trafic, avaient également été récupérés.
À travers cette succession d’opérations, le SCLTIS cible désormais des organisations dont le fonctionnement dépasse largement le simple acheminement ou la distribution de stupéfiants. Les investigations mettent en évidence des filières structurées, des itinéraires soigneusement établis, des moyens de transport dédiés et, dans certains dossiers, l’existence de relais financiers et logistiques à l’étranger.
Avec la saisie de 10,4 millions de capsules de Prégabaline et de 33,4 kg de cocaïne, la dernière opération apparaît ainsi comme l’un des coups de filet les plus importants réalisés cette année contre les réseaux transnationaux de trafic de stupéfiants en Algérie.
