Par Abir Menasria
Le renouvellement du parc de transport public national entre désormais dans sa phase opérationnelle. En août 2026, le retrait progressif des autobus âgés de plus de 30 ans coïncide avec l’arrivée des premiers véhicules neufs destinés aux opérateurs. Entre importations et production locale, notamment à travers le groupe Tirsam, le programme vise à accélérer la modernisation d’un parc dont une partie importante est aujourd’hui vieillissante.

Après plusieurs mois de préparation administrative, le processus s’articule désormais autour de deux opérations menées en parallèle : le retrait progressif des autobus les plus anciens et la réception des nouveaux véhicules destinés à renforcer les flottes des entreprises de transport.
La première phase concerne les autobus âgés de plus de 30 ans, notamment ceux mis en circulation avant 1996. Des procédures administratives ont été mises en place au niveau des wilayas afin de permettre aux transporteurs concernés de retirer leurs véhicules vieillissants du service et d’engager leur remplacement.
Cette mesure constitue la première étape d’un programme plus large destiné à moderniser progressivement le parc national de transport public, dont une partie importante est arrivée à un âge avancé. L’opération repose également sur plusieurs mécanismes de financement destinés à faciliter l’acquisition de véhicules neufs par les opérateurs privés.
L’assemblage local prend sa place
Dans cette dynamique, les constructeurs et opérateurs mobilisés pour le renouvellement des flottes occupent une place centrale. Parmi eux, Tirsam s’impose comme l’un des principaux acteurs algériens engagés dans le montage et la commercialisation de véhicules de transport public. L’entreprise propose plusieurs modèles destinés notamment au transport urbain et semi-urbain. Son unité d’assemblage implantée à Batna doit contribuer au développement progressif des capacités industrielles locales.
Tirsam travaille également au développement d’autocars destinés aux lignes interwilayas dans le cadre d’un partenariat technique avec le constructeur chinois Yutong.
L’implication des acteurs industriels locaux donne ainsi au programme une dimension qui dépasse la simple acquisition de véhicules. Le renouvellement du parc constitue également une opportunité pour développer les capacités nationales de montage, d’intégration et, à terme, de production de certains équipements destinés au transport public.
Alors que le marché algérien doit absorber des milliers de nouveaux autobus, la montée en puissance de l’assemblage local pourrait permettre de réduire progressivement la dépendance aux importations et de renforcer la chaîne industrielle nationale.
Tirsam a déjà participé aux premières opérations de renouvellement. En mars 2026, l’Entreprise de transport urbain et suburbain d’Alger (ETUSA) avait réceptionné une première livraison d’une centaine d’autobus, d’une capacité comprise entre 50 et 70 places.
Les importations pour accélérer le renouvellement
La production et l’assemblage locaux ne constituent toutefois qu’un des volets du programme. Face à l’ampleur des besoins et à l’urgence du remplacement des véhicules les plus anciens, l’importation doit également permettre d’accélérer la modernisation du parc.
Le programme prévoit ainsi l’acquisition de 10.000 nouveaux autobus, avec des véhicules en provenance notamment de Chine et d’Allemagne.
L’activité dans les ports algériens s’est d’ailleurs intensifiée ces derniers mois. Le port d’Alger a notamment réceptionné une cargaison de 568 autobus de différents types dans le cadre d’un programme portant sur plusieurs milliers de véhicules.
D’autres cargaisons ont également été réceptionnées dans les ports d’Alger, de Djen Djen et de Mostaganem, traduisant la montée en puissance des opérations d’acheminement.
L’objectif est d’assurer une transition aussi fluide que possible entre le retrait des autobus vétustes et l’entrée en circulation des nouveaux véhicules, afin d’éviter que la modernisation du parc ne se traduise par une réduction temporaire de l’offre de transport.
Trois opérateurs, EDIV, Tirsam et Peng Pu Algérie, ont été sélectionnés pour contribuer à la mise en œuvre du programme et proposer une gamme de véhicules adaptée aux différentes catégories de transport.
Les modèles concernés couvrent plusieurs usages, allant du transport urbain et interurbain au transport scolaire et universitaire, en passant par le transport du personnel.
Cette diversité doit permettre d’adapter les véhicules aux réalités des différentes régions du pays. Les besoins d’une grande métropole ne sont évidemment pas les mêmes que ceux d’une liaison interwilayas ou d’une zone moins densément peuplée.
Le renouvellement du parc ne consiste donc pas seulement à remplacer un autobus ancien par un modèle plus récent. Il s’agit également d’adapter progressivement l’offre aux caractéristiques des lignes, aux distances parcourues et aux besoins spécifiques des usagers.
Le financement
Pour les transporteurs privés, la question du financement constitue un élément déterminant de la réussite du programme.
L’État prévoit de prendre en charge 20 % du prix d’acquisition d’un véhicule neuf, tandis que les établissements bancaires peuvent financer jusqu’à 90 % du coût du véhicule, selon les conditions du crédit, avec un apport initial minimum de 10 %.
La durée de remboursement peut atteindre dix ans, avec la possibilité d’un différé selon les modalités du financement.
Ces mécanismes doivent permettre aux opérateurs de répartir le coût de l’investissement sur plusieurs années et d’engager le renouvellement de leurs véhicules sans supporter immédiatement la totalité de la charge financière.
Du vieux parc à un nouveau modèle de transport
En août 2026, le programme franchit ainsi une nouvelle étape : celle du passage des décisions administratives à la mise en œuvre concrète sur le terrain.
Le retrait des autobus âgés de plus de 30 ans accompagne désormais la réception, la distribution et la mise en circulation de nouveaux véhicules. Le principal défi consiste à maintenir ce rythme afin d’assurer une transition progressive et d’éviter que le vieillissement du parc ne soit simplement remplacé par une nouvelle accumulation de véhicules anciens dans quelques années.
L’arrivée des autobus importés, combinée au développement de l’assemblage local, doit contribuer à répondre aux besoins immédiats tout en renforçant progressivement la capacité industrielle nationale.
Au-delà du simple renouvellement des véhicules, le programme touche ainsi à plusieurs enjeux à la fois : sécurité routière, qualité du service, confort des usagers, financement des opérateurs et développement de l’industrie automobile locale.
L’enjeu est désormais de faire de cette première phase un mouvement durable. Remplacer les bus les plus anciens constitue une étape importante, mais la véritable réussite du programme se mesurera à sa capacité à installer dans la durée un parc plus récent, plus sûr et plus adapté aux besoins des usagers.
Le renouvellement du parc de transport public apparaît ainsi comme bien davantage qu’une opération de remplacement. Il peut devenir l’un des leviers d’une transformation plus profonde du secteur, en rapprochant progressivement la qualité du service des exigences actuelles tout en donnant davantage de place à la production et à l’intégration industrielles nationales.
