
L’Europe traverse un été particulièrement marquépar les incendies de forêt.Depuis la mi-juin, près de540.000 hectares ont brûlédans l’Union européenne,dans plus d’un millier defeux, selon le systèmeeuropéen d’informationsur les feux de forêt(EFFIS). Au 2 septembre, lebilan depuis le début del’année atteignait 647.375hectares, soit près dudouble de la moyenneenregistrée entre 2006 et2025.
Plus de 80 % de ces surfaces ontbrûlé entre le 18 juin et le 2 septembre, confirmant l’intensité exceptionnelle de la saison estivale. Les données d’EFFIS ne prennent, par ailleurs, en compte que les incendies ayant détruit au moins 30 hectares. La période la plus critique s’est concentrée au
coeur de l’été. Entre le 16 et le 22 juillet, près de 190.000 hectares ont été détruits par les flammes dans l’Union européenne, un record hebdomadaire depuis le début des relevés d’EFFIS, en 2006. Contrairement aux apparences, juillet s’est ainsi révélé plus dévastateur qu’août.
Plusieurs incendies de très grande ampleur ont alors frappé le continent, notamment en Espagne et en France, faisant rapidement grimper le bilan annuel. La saison 2026 reste toutefois à replacer dans un contexte plus large. L’année 2025 avait déjà été exceptionnelle, avec près d’un million d’hectares brûlés dans l’Union européenne, faisant de cette période l’une des plus destructrices jamais enregistrées.
L’ESPAGNE EN PREMIÈRE LIGNE
L’Espagne concentre, à elle seule, une part considérable des dégâts. Au 2 septembre, 295.720 hectares y avaient brûlé, soit environ 46 % du total enregistré dans l’Union européenne.
La France a également connu une saison particulièrement sévère, avec plus de 96.000 hectares détruits au 26 août. Les incendies y ont aussi entraîné d’importantes émissions de carbone. L’Italie, le Portugal et la Grèce ont, eux aussi, été fortement touchés. Mais l’un des faits marquants de cette saison réside dans l’extension du risque à des régions moins habituées aux incendies de grande ampleur. En Belgique, un important feu a notamment touché les Hautes Fagnes, considéré comme le plus important incendie de forêt jamais enregistré dans cette région.
Le risque ne concerne donc plus uniquement l’arc méditerranéen. Une partie beaucoup plus large du territoire européen est désormais exposée à des feux intenses, alors même que les infrastructures et les moyens de prévention n’ont pas toujours été conçus pour une telle évolution.
LE COCKTAIL CHALEURSÉCHERESSE
Cette multiplication des incendies intervient dans un contexte météorologique particulièrement favorable à leur propagation. Le déficit prolongé
de précipitations a asséché les sols et la végétation, tandis que plusieurs épisodes de chaleur extrême ont encore aggravé la situation. Le Centre commun de recherche de la Commission européenne souligne que la sécheresse et les températures élevées ont renforcé le danger dans de nombreuses régions. La faiblesse des débits de plusieurs cours d’eau et l’assèchement des sols témoignent également de l’ampleur du déficit hydrique observé sur le continent.
Dans ces conditions, les forêts et les espaces ruraux deviennent plus vulnérables. Une fois déclenché, un incendie peut se propager rapidement,
compliquant le travail des pompiers et augmentant les risques pour les populations. Le changement climatique constitue un facteur aggravant.
La hausse des températures ne déclenche pas directement chaque feu, mais elle favorise des périodes de chaleur et de sécheresse plus longues, créant des conditions propices à des incendies plus rapides, plus intenses et plus difficiles à maîtriser.
DE L’URGENCE À LA PRÉVENTION
Face à cette situation, l’Union européenne a renforcé ses moyens de lutte. Des centaines de pompiers issus de plusieurs pays sont mobilisés, tandis que des avions et des hélicoptères spécialisés sont déployés dans les zones les plus exposées. Cette coopération est devenue indispensable, alors que les incendies dépassent les frontières. Mais la répétition de saisons particulièrement chaudes et sèches montre aussi
les limites d’une réponse reposant principalement sur l’intervention, une fois le feu déclaré. La prévention devient donc centrale : entretien des
forêts, gestion des espaces ruraux, surveillance des zones à risque, systèmes d’alerte précoce et renforcement des moyens locaux doivent
désormais accompagner les dispositifs d’urgence. Les satellites jouent également un rôle croissant dans la détection et le suivi des foyers. Car les
conséquences dépassent largement les hectares brûlés.
Les incendies affectent les populations, la biodiversité, la qualité de l’air et les écosystèmes, tout en libérant d’importantes quantités de
carbone. L’été 2026 apparaît ainsi comme un nouvel avertissement pour l’Europe. L’enjeu n’est plus seulement de mieux éteindre les incendies,
mais de préparer les territoires à un climat où les conditions favorables aux feux deviennent plus fréquentes et plus difficiles à contenir.
G. Salah Eddine
