
Invitée sur Canal Algérie dans une émission diffusée mardi dernier, Karima Khatim, élue municipale et territoriale franco-algérienne du Grand Paris et présidente de la Fédération franco-algérienne de consolidation et du renouveau, a livré une analyse ferme et sans concessions sur la montée de l’algérophobie en France et les attaques répétées de certains responsables politiques français à l’encontre de la communauté algérienne.
Depuis plusieurs mois, une rhétorique anti-algérienne s’est intensifiée dans certains cercles du paysage politique français, en particulier à l’extrême droite. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, en est devenu la figure de proue, multipliant les déclarations stigmatisantes. Récemment, le président Emmanuel Macron a, par certains gestes et prises de position, semblé donner un écho, sinon une caution, à cette orientation politique jugée haineuse par ses détracteurs.
Cependant, la réalité est plus nuancée : de nombreuses personnalités politiques françaises s’opposent à cette ligne dure, conscientes des enjeux bilatéraux et du poids mémoriel qui lie la France et l’Algérie. Elles défendent, au contraire, les intérêts communs des deux pays et plaident pour un dialogue respectueux et constructif.
Parmi elles figure Karima Khatim, élue municipale et territoriale franco-algérienne du Grand Paris, également députée de La France insoumise (LFI). Engagée et intransigeante face aux discours de division, elle a, lors d’une intervention remarquée sur Canal Algérie, pointé du doigt le ministre de l’Intérieur, l’accusant de nourrir volontairement une hostilité à l’encontre des Algériens et de leur communauté en France. Un procédé qu’elle estime motivé par des calculs électoraux en vue de l’échéance présidentielle de 2027. «Si vous retirez l’Algérie et l’islam à Bruno Rotaillot, dans son programme, il ne reste plus rien», a-t-elle lancé avec ironie, estimant que ce discours relève davantage du populisme que de la diplomatie.
Pour la responsable associative, le problème dépasse les individus. «Aujourd’hui, c’est Bruno Retailleau. Demain, ce sera quelqu’un d’autre. Il y aura toujours un Bruno Retailleau… car il y a toujours des nostalgiques de la colonisation qui préfèrent faire du populisme. Mais il ne représente absolument pas la quasi-totalité des Français», a-t-elle martelé.
L’Algérie comme bouc émissaire politique
Selon Karima Khatim, la communauté algérienne est régulièrement utilisée comme un “épouvantail” dans le débat public français, notamment lors des crises sociales. «Lorsqu’on veut faire oublier les problèmes des retraites, du pouvoir d’achat ou de l’endettement, on tape sur la plus grande communauté avec la plus grande histoire», a-t-elle dit.
En effet, cette stratégie politique ancienne et démodée semble plaire à une partie de la politique française, ne sachant pas que les nouvelles générations ne sont pas les mêmes que celles d’il y a des dizaines d’années.
Elle a également dénoncé l’existence d’«une haine viscérale héritée de la colonisation», instrumentalisée par certains politiques. Cette dynamique, affirme-t-elle, ne vise pas seulement à discréditer les Algériens mais à «pousser à bout» et «créer une guerre civile».
Interrogée sur les discours appelant les binationaux à “choisir leur camp” en cas de conflit, Karima Khatim s’est insurgée. «Dans les rêves les plus fous de certains, il y aurait une seconde guerre d’Algérie. Mais il n’y en aura pas. Nous ne laisserons pas faire. Nous sommes six millions d’Algériens en France», a-t-elle expliqué.
Mme Khatim a révélé avoir été la cible d’attaques racistes de certains Français haineux de l’Algérie. Des attaques particulièrement violentes, certains allant jusqu’à des menaces de mort. Cela lui est arrivé à la suite d’un passage sur une chaîne de télévision française. Lors de cette émission, elle avait été interrogée par un polémiste d’extrême droite qui lui lança une question provocatrice : «Si la France entrait en guerre contre l’Algérie, de quel côté seriez-vous ?»
Avec un ton volontairement ironique face à ce qu’elle qualifie de «question absurde », elle répondit qu’elle choisirait l’Algérie. Une réplique destinée à mettre en lumière l’absurdité de cette vision belliqueuse, qui, selon elle, reflète une droite obsédée par le conflit et la confrontation, plutôt que par la diplomatie et le dialogue.
En tout cas, l’oratrice a refusé l’idée d’une loyauté exclusive : «Est-ce qu’on demande aux Franco-Israéliens de choisir entre la France et Israël ? Pourquoi cette question ne s’adresse-t-elle qu’aux Algériens ?»
Un appel à la reconnaissance et au respect mutuel
À la tête de sa fédération, Karima Khatim œuvre pour la reconnaissance politique des crimes coloniaux, un dossier qu’elle considère comme incontournable pour apaiser les relations bilatérales. «Le président Abdelmadjid Tebboune ne demande pas de compensation financière ni d’excuses, mais simplement de reconnaître l’histoire», rappelle- t-elle. Une histoire que la France connaît mais réfute ou minimise.
Elle a regretté que la relation franco-algérienne souffre encore de «condescendance et d’arrogance» de la part de certains responsables. Elle a estimé que la France devrait s’inspirer de l’Italie qui, selon elle, a su bâtir avec l’Algérie des liens solides, tant sur le plan politique qu’économique. Aujourd’hui, l’Italie est le premier partenaire économique et commercial de l’Algérie, alors que depuis toujours c’était la France.
La militante a insisté sur la place nouvelle de l’Algérie dans le paysage international : «Nous sommes totalement libres en tant qu’Algériens et l’Algérie mérite le respect au vu de ce qu’elle produit dans tous les domaines. C’est un pays émergent et nous en sommes très fiers.»
Elle a lancé un appel à la dignité et à la mobilisation : «Je demande à tous les Algériens de ne pas baisser les bras ni de nier leurs origines ou leur histoire. Nous respectons les lois de la République française, nous sommes pleinement intégrés et nous n’avons jamais eu la haine de la France. Mais nous combattrons toujours le colonialisme et ses relents.»
Elle a conclu en martelant : «Nous ne laisserons pas faire. L’Algérie mérite le respect.»
Au-delà des polémiques et des calculs électoraux, le message de Karima Khatim résonne comme un avertissement et un engagement : celui de ne plus accepter que l’Algérie et ses ressortissants soient instrumentalisés comme un levier de division. Son discours ne se limite pas à dénoncer les dérives politiques, il incarne la volonté de construire une relation franco-algérienne fondée sur la vérité historique, la dignité et le respect mutuel. Face aux nostalgies coloniales et aux discours de haine, elle rappelle que l’Algérie n’est plus une nation sous tutelle, mais un pays souverain, écouté sur la scène internationale et fier de son héritage. Dans ce combat, la mobilisation des Algériens, en France comme ailleurs, apparaît non seulement comme un devoir de mémoire, mais comme une exigence pour préserver l’avenir et empêcher que l’histoire ne se répète.
G. Salah Eddine
