Théâtre algérien : Kaki, un héritage à l’épreuve de la modernité

Un colloque national consacré à l’œuvre et à la pensée théâtrales d’Ould Abderrahmane Kaki (1934-1995) sera organisé les 2 et 3 décembre prochain par l’association culturelle Golden Khaki, en collaboration avec la Maison de la culture de Mostaganem. L’événement entend dépasser l’approche purement commémorative pour interroger l’actualité de l’héritage de l’un des grands noms du théâtre algérien et sa pertinence face aux mutations de la création théâtrale contemporaine.

À travers cette rencontre, les organisateurs souhaitent ouvrir un espace de réflexion autour de l’œuvre de Kaki, non seulement comme patrimoine artistique, mais également comme matière à recherche, à réinterprétation et à renouvellement des pratiques théâtrales.
La date limite de soumission des contributions est fixée au 30 septembre 2026. Les propositions peuvent être adressées à l’adresse collokaki2026@gmail.com.
Le comité scientifique entend inscrire ce colloque dans une démarche de recherche, loin d’une simple célébration de la mémoire de l’artiste. Il présente l’œuvre de Kaki comme l’une des «références fondatrices les plus importantes du théâtre algérien moderne», mais également comme un véritable « projet dramatique » dont les problématiques demeurent ouvertes au débat.
Cette approche invite à considérer Kaki non seulement comme une figure majeure de l’histoire du théâtre algérien, mais aussi comme un créateur dont les choix esthétiques et dramatiques continuent de susciter des interrogations, notamment à la lumière des transformations profondes que connaît aujourd’hui le paysage théâtral.
L’un des principaux apports de son expérience réside dans son travail autour des formes du patrimoine populaire et de leur intégration dans une écriture théâtrale moderne. La langue, la musique, le rythme et l’oralité occupent ainsi une place centrale dans une démarche qui a contribué à rapprocher les pratiques culturelles héritées des formes contemporaines de représentation.
Le document de présentation du colloque souligne que Kaki a su « allier avec brio l’écriture dramatique, la mise en scène et la recherche sur les formes populaires », transformant le patrimoine en matière première d’une nouvelle vision théâtrale et abordant, à travers celle-ci, des questions liées à la société, à l’histoire, à l’identité et au rapport au public.
La halqa, le meddah, le goual ou encore le melhoun constituent, dans cette perspective, autant de formes populaires revisitées dans un processus de création théâtrale. Elles ont notamment nourri la réflexion sur la mise en scène, l’interaction avec le public et les possibilités de renouvellement du langage théâtral.
Cette démarche s’inscrivait également dans une période marquée par la recherche d’un langage théâtral propre, tout en maintenant un dialogue avec les grandes traditions dramatiques universelles, notamment le théâtre shakespearien.
C’est précisément dans cette tension entre héritage et création, entre ancrage culturel et ouverture sur l’universel, que le colloque entend revisiter l’expérience de Kaki.

Une réflexion à la croisée des disciplines
Repenser Kaki aujourd’hui suppose toutefois de replacer son œuvre dans un environnement artistique profondément transformé depuis sa disparition.
Les évolutions technologiques, la transformation des modes de production et de diffusion, les nouvelles formes d’interaction entre artistes et spectateurs, le développement des démarches interdisciplinaires, ainsi que l’apparition de nouvelles modalités de performance ont profondément modifié les conditions dans lesquelles le théâtre se conçoit, se produit et se transmet.
Dès lors, la question n’est plus seulement de savoir comment préserver l’héritage de Kaki, mais aussi ce que cet héritage peut encore apporter à la création contemporaine.
Comment ses recherches sur l’oralité et les formes populaires peuvent-elles être relues à l’ère des nouveaux médias et des technologies numériques ? Comment son rapport au public peut-il nourrir les nouvelles pratiques performatives ? Et surtout, comment son expérience peut-elle contribuer à repenser aujourd’hui les rapports entre patrimoine, identité et innovation ?
Le colloque se veut ainsi un espace de dialogue entre chercheurs et praticiens du théâtre, des arts et des sciences humaines. L’objectif est d’aborder l’œuvre de Kaki comme un corpus ouvert à la discussion, à la comparaison et à la réinterprétation, plutôt que comme un modèle figé. Les organisateurs souhaitent notamment identifier les outils, les concepts et les perspectives que son œuvre continue d’offrir à la recherche et à la pratique théâtrales en Algérie et dans le monde arabe, tout en la mettant en dialogue avec les évolutions de la scène internationale. Le thème central de la rencontre s’articulera ainsi autour de la réinterprétation de l’héritage de Kaki comme projet dramatique, susceptible d’éclairer plusieurs enjeux du théâtre moderne et contemporain : les rapports entre patrimoine et innovation, identité et universalité, performance et médias, mais aussi création artistique et transformations des publics.

Quatre axes pour relire l’expérience de Kaki
Quatre principaux axes de recherche ont été retenus pour structurer les contributions. Le premier porte sur la dramaturgie et le renouvellement de l’écriture dramatique dans l’expérience de Kaki, tandis que le deuxième s’intéresse à la créativité collective et à l’écriture performative. Le troisième axe est consacré au folklore comme espace d’expérimentation théâtrale, notamment à travers les formes populaires mobilisées et transformées dans le travail de Kaki. Enfin, le quatrième axe interrogera les rapports entre théâtre, société et transformations culturelles, en mettant en perspective l’œuvre du dramaturge avec les mutations du contexte social et artistique contemporain. Les contributions pourront être soumises en arabe, en tamazight, en anglais ou en français. Les articles retenus feront l’objet d’une publication dans un ouvrage collectif. À travers ce rendez-vous culturel, Mostaganem entend ainsi rouvrir le dossier Kaki non pour simplement regarder vers son passé, mais pour interroger ce que son œuvre peut encore dire au théâtre d’aujourd’hui. Abir Menasria

ALGER 16 DZ

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