Djamila Khiar, présidente de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves (FNAPE), à Alger16 : «L’accompagnement des élèves se fait durant toute l’année »

Entretien réalisé par G. Salah Eddine

À l’occasion de la rentrée scolaire 2026-2027, Djamila Khiar, présidente de la Fédération nationale des associations de parents d’élèves, revient pour Alger16 sur les principaux enjeux de cette nouvelle année scolaire. Infrastructures, règlement intérieur, cours particuliers, prix des fournitures, solidarité et implication des parents, elle évoque les préoccupations des familles et le rôle de la Fédération sur le terrain.

La rentrée scolaire intervient cette année avec la réception de plusieurs nouveaux établissements. Comment évaluez-vous l’état de préparation des infrastructures scolaires ?
C’est vrai que cette année, nous avons encore réceptionné plusieurs nouveaux établissements scolaires, notamment des écoles primaires et des lycées. Ces nouvelles infrastructures vont venir alléger le poids et la charge des autres établissements.
C’est une excellente chose. Cela fait longtemps que nous attendions cela, parce que notre souhait est de voir des classes fonctionner avec 20-25 élèves. Nous sommes quand même arrivés à 30 élèves, ce qui est déjà mieux, mais il y a encore des zones qui sont surchargées. J’espère qu’avec les nouvelles infrastructures, cette situation va s’améliorer.

Le ministère a également mis en place un nouveau règlement intérieur pour les établissements scolaires. Comment accueillez-vous cette mesure ?
Je trouve que le règlement intérieur est une excellente chose. Il y en avait déjà auparavant, mais il n’était pas uniforme et n’était pas appliqué de la même manière dans tous les établissements scolaires. Le chef d’établissement élaborait son règlement intérieur, selon les problèmes qu’il rencontrait. Aujourd’hui, il y a un travail de concertation et un cadre global qui englobe l’ensemble des établissements. Il n’y a plus de passe-droits. Le règlement intérieur est appliqué à l’ensemble des élèves algériens. Nous sommes arrivés à avoir un règlement intérieur normalisé, uniforme, applicable à l’ensemble des établissements scolaires. Le chef d’établissement ne peut donc pas faire comme il veut : il est obligé de se référer à ce règlement. Ce qui est interdit dans un établissement scolaire doit être interdit ailleurs, et ce qui est accordé doit l’être également. C’est une excellente chose, parce que nous avons connu par le passé des situations où, lorsqu’on faisait une réclamation, on nous répondait que ce n’était pas prévu dans le règlement intérieur ou qu’il n’y avait pas d’article qui traitait la question. Aujourd’hui, tout le monde est au courant et le règlement intérieur s’applique à l’ensemble des élèves algériens.

Pensez-vous que ce règlement sera également respecté par les établissements privés ?
J’espère. Une école privée est agréée par le ministère de l’Éducation nationale, elle est censée dispenser le programme algérien et s’inscrire dans l’optique de l’éducation algérienne.
Ce serait malheureux qu’un établissement privé ne respecte pas le règlement intérieur. Quand on dit « règlement intérieur », ou « nidham dakhili », cela veut dire qu’il s’applique à tous les établissements scolaires, qu’ils soient étatiques ou agréés. Donc, obligatoirement, ils doivent l’appliquer.

Les cours particuliers restent un phénomène très présent malgré plusieurs mesures prises pour le diminuer. Comment expliquez-vous cette situation ?
Je pense qu’il faut dissocier les choses. Il y a les cours de soutien qui peuvent être organisés dans l’établissement scolaire, avec les enseignants et l’équipe pédagogique. Ces cours de soutien et de rattrapage entrent dans le cadre du travail de l’établissement.
Mais le phénomène dont nous parlons, ce sont les cours particuliers. C’est une bataille que nous avons menée et que nous continuons à mener, parce qu’on nous a créé une école parallèle, une éducation parallèle. Il n’y a pas de raison pour que l’éducation nationale et l’enseignement soient gratuits et que les parents soient ensuite obligés d’aller vers des cours particuliers payants.
Les parents doivent savoir qu’ils ne doivent pas envoyer systématiquement leurs enfants vers des cours particuliers. Il y a des cours de soutien et de rattrapage qui se font dans l’établissement scolaire, avec les enseignants et l’équipe pédagogique.

Pourtant, certains élèves ont réellement besoin d’un accompagnement supplémentaire. Où placez-vous la limite ?
Il y a des élèves qui ont des problèmes dans une matière donnée, ou dans deux matières. Dans ce cas, les parents peuvent avoir recours aux cours particuliers pour aider leurs enfants à rattraper leur niveau.
Mais le drame que nous voyons sur le terrain, c’est que des élèves du primaire, notamment ceux de la première et deuxième années, prennent déjà des cours particuliers. Ce n’est pas logique du tout.
On a l’impression que les parents ne réalisent pas le danger, parce qu’ils suivent leurs enfants et parce que c’est devenu une mode. Lorsqu’un enseignant a un ou deux élèves dans son cours particulier, il est forcément proche de l’élève, il le connaît et il a l’habitude de travailler avec lui. Les autres élèves peuvent alors être désorientés, parfois même jaloux, et pousser leurs parents à leur payer également des cours.

Certains enseignants donnent également des cours particuliers à leurs propres élèves… Faut-il, selon vous, davantage sanctionner cette pratique ?
Le professeur n’a normalement pas le droit de donner des cours particuliers à ses élèves chez lui. C’est strictement interdit.
Mais je pense surtout que les parents doivent être sensibilisés. Ils doivent comprendre qu’il ne faut pas créer ce phénomène. Pour des matières comme les mathématiques ou la physique, qui sont parfois difficiles, cela peut se comprendre pour certains élèves. Mais pour l’histoire-géographie, l’éducation islamique ou la philosophie, cela n’a pas toujours de sens.
Pour les élèves qui préparent le BEM ou le BAC, on peut comprendre qu’ils aient recours à des cours particuliers dans certaines matières. Mais pour les petites classes, cela devient un phénomène préoccupant.

Pourquoi cette pratique s’est-elle autant installée chez les familles ?
Les parents doivent suivre leurs enfants. Par moments, le parent, pour se déculpabiliser, se dit : « Je vais envoyer mon enfant faire des cours particuliers.» Il est ensuite soulagé et plus à l’aise à la maison. C’est devenu un phénomène, voire une mode.
Mais je dois suivre mon enfant à l’école. Il doit comprendre sa leçon dans la classe. Le professeur, en classe, doit réexpliquer si nécessaire. Et s’il y a un problème, le professeur lui-même peut organiser des cours de soutien ou de rattrapage. Cela est autorisé et rentre dans ses prérogatives.

Venons-en aux fournitures scolaires. Comment jugez-vous les prix cette année, notamment avec la multiplication des marchés de proximité ?
C’est une très bonne chose. Ils ont cassé un peu les prix et élargi le champ d’action. Les parents ont donc le choix d’aller vers les vendeurs, les magasins, les chapiteaux et les différents centres qui existent un peu partout.
Cela permet de toucher l’ensemble des portefeuilles et des porte-monnaie. Tout le monde peut acheter selon son budget. Il faut quand même souligner que l’État a fait énormément de choses. Il y a notamment la prise en charge de la scolarité pour les enfants nécessiteux, les enfants dans le besoin, les enfants de parents divorcés, les victimes du terrorisme et les orphelins. Il y a tout un dossier qui est suivi systématiquement.

Quelles mesures sont prévues pour ces enfants ?
Il y a le trousseau, le cartable qui est donné gratuitement par l’établissement scolaire, ainsi que les fournitures scolaires et les livres. De la première à la deuxième année, notamment, des fournitures sont systématiquement distribuées. C’est une très bonne chose, parce que cela permet d’inciter l’élève à aller à l’école et à y venir dans de bonnes conditions.
Il y a donc des actions de solidarité qui sont menées. En plus de cela, nous avons, au niveau de la Fédération nationale, des associations de parents d’élèves présentes dans les établissements scolaires.
Chaque établissement peut également mener une action de solidarité envers les enfants démunis. Il ne faut pas qu’il y ait un enfant en Algérie qui n’ait pas son cartable. Cette situation doit être suivie.

Justement, quel rôle la FNAPE entend-elle jouer dans ces actions de solidarité ?
Je vous ai envoyé hier soir les recommandations et orientations que nous avons données à l’ensemble des responsables fédéraux, des wilayas et des associations de parents d’élèves au sein des établissements scolaires.
Nous avons énuméré treize points sur lesquels nous avons demandé une intervention, une implication et un accompagnement. La fédération a donc joué un rôle très important.
D’abord, durant les vacances scolaires, nous avons aidé à effectuer des travaux d’entretien, à nettoyer les établissements, à réaliser des opérations de rénovation et de maintenance. Les associations de parents d’élèves et les fédérations de wilayas ont participé aux opérations menées par le ministère de l’Éducation nationale dans les différentes wilayas.
Avant la rentrée scolaire, nous avons également travaillé main dans la main pour nettoyer et préparer les établissements. Nous avons participé à l’équipement de certaines classes, réalisé des travaux de peinture et fait appel à des peintres et à des dessinateurs pour aménager les cours avec des dessins et des couleurs, afin que l’enfant, lorsqu’il rentre dans l’établissement scolaire, retrouve de la gaieté, de la joie et de belles couleurs.

Vous avez également participé à l’équipement de certains établissements ?
Oui. Nous avons équipé une école à Draria, de A à Z, notamment son laboratoire, avec le matériel nécessaire, dans la mesure du possible et avec l’aide des bienfaiteurs. Quand nous constatons qu’un établissement manque de matériel, nous faisons de notre mieux.
Nous faisons appel à des bienfaiteurs et ils viennent directement travailler sur place.
Nous avons également rénové un CEM de A à Z, du portail jusqu’à la dernière classe, avec notamment des tableaux magnétiques. Mais je ne vais pas dire que cela concerne l’ensemble des établissements. Il y en a plus de trente mille.
Là où nous avons la chance d’avoir des bienfaiteurs, nous en profitons. C’est une action sociale, une action au profit de nos enfants et de l’école algérienne.

Suite aux incendies dévastateurs qui ont touché plusieurs wilayas du pays, comment évaluez-vous la réponse de l’État concernant les élèves et les écoles touchés et quel rôle la Fédération a-t-elle joué dans ces wilayas ?
La réponse de l’État a été très bonne. Les élèves des régions touchées ont été recensés et pris en charge rapidement. La Fédération a également accompagné les actions menées lors des incendies que nous avons vécus. Nous avons participé à travers différentes wilayas, notamment à la réfection des écoles et aux opérations de nettoyage.
Nos équipes ont participé directement aux travaux. Elles ont contribué aux opérations de nettoyage et aux différentes interventions sur le terrain.
Nous considérons que c’est une très bonne action sociale et solidaire. Ce sont nos enfants, ce sont nos établissements publics et ce sont des établissements algériens. Nous sommes donc concernés en tant qu’association.
Nous intervenons également dans l’achat des fournitures et la remise des cartables. Chaque association au sein d’un établissement scolaire est libre de faire appel à des donateurs. Lorsqu’une action de solidarité importante est organisée, nous pouvons en faire bénéficier les écoles qui se trouvent autour. Nous travaillons en étroite collaboration avec les directeurs de l’éducation. Les Directions de l’éducation et les Fédérations sont intimement liées. Nous nous complétons : là où nous pouvons intervenir, nous intervenons.

Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser aux parents et aux élèves à l’occasion de la rentrée ?
Je souhaite d’abord un bon retour et une bonne rentrée à nos enfants. Je leur souhaite une année pleine de succès, une année qui, Inch’Allah, leur apportera beaucoup de joie, parce qu’ils en ont vraiment besoin.
Je voudrais surtout m’adresser aux parents. Quand on parle d’accompagnement, il ne s’agit pas du premier jour, du deuxième jour ou du dernier mois de l’année. C’est une question qui concerne toute l’année scolaire.
L’accompagnement se fait durant toute l’année. Et accompagner son enfant ne veut pas dire faire ses devoirs à sa place. Cela veut dire lui apprendre à travailler, lui apprendre à s’organiser et lui tracer une méthode de travail.
Il faut lui expliquer, le sensibiliser et établir un planning dans lequel l’enfant doit travailler, faire du sport, regarder la télévision et avoir des temps de loisirs. C’est tout un ensemble.
J’ai toujours dit qu’un enfant qui travaille d’une façon continue, pour ne pas prendre de retard, est obligatoirement dans une meilleure situation. Il faut qu’il travaille régulièrement, sans coupure, et qu’il n’y ait pas de retard dans son planning.
Les parents doivent savoir qu’un enfant doit travailler d’une façon régulière. Ils doivent l’accompagner, mais de loin, c’est-à-dire en faisant attention, en l’orientant, en le surveillant, en gardant un œil sur lui, en allant vers l’école et en échangeant avec ses professeurs.
Et surtout, je lance un appel pour que les parents s’impliquent dans les associations de parents d’élèves. Parce qu’un parent responsable et impliqué dans l’association de parents d’élèves contribue à la vie scolaire de l’enfant.
G.S.E.

ALGER 16 DZ

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