
Lundi dernier, depuis la tribune des Nations unies à New York, M. Ahmed Attaf a réaffirmé la disponibilité de l’Algérie à accompagner les pays du Sahel face aux défis sécuritaires et économiques, tout en défendant le dialogue, la réconciliation et le respect de la souveraineté des États pour sortir des crises régionales. De la Libye au Yémen et au Soudan, le chef de la diplomatie algérienne a également insisté sur le lien indissociable entre sécurité, stabilité et développement.
Au cœur de l’intervention du ministre d’Etat, une conviction qui traverse les différentes positions exprimées par Alger : les réponses exclusivement sécuritaires ne sauraient suffire à mettre durablement fin aux crises lorsque persistent les fragilités économiques, la marginalisation et les divisions politiques. Le Sahel occupe, à cet égard, une place centrale dans cette vision.
Dans son allocution, Ahmed Attaf a ainsi assuré que «l’Algérie, de par sa position de pays voisin et frère, et par fidélité à ses démarches solidaires historiques, demeurera disposée à accompagner les pays du Sahel face aux défis sécuritaires et de développement, à leur prêter main forte et à soutenir les solutions politiques à même de préserver la stabilité de la région et d’ouvrir à ses peuples de plus larges perspectives de développement et de progrès ».
Au-delà de la réaffirmation de la disponibilité de l’Algérie à accompagner ses voisins, le discours du chef de la diplomatie met en avant les fondements de l’approche défendue par Alger. Celle-ci repose sur la nécessité de traiter simultanément les menaces sécuritaires et les facteurs structurels qui favorisent leur persistance.
L’Algérie préconise ainsi « une approche fondée sur le soutien à la sécurité des pays de la région, l’accompagnement de leurs efforts de développement, la promotion de la réconciliation et du dialogue et le traitement des causes qui alimentent l’instabilité, dans le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats et des choix de leurs peuples », a-t-il affirmé.
Cette position repose sur une lecture des crises sahéliennes qui ne dissocie pas les difficultés sécuritaires des vulnérabilités économiques et sociales. Lorsque les populations sont confrontées à la pauvreté, à la marginalisation et à l’absence de perspectives, les groupes terroristes et les réseaux criminels peuvent exploiter ces fragilités pour étendre leur influence. Une réponse durable suppose donc, parallèlement à la lutte contre ces menaces, de renforcer les capacités des États et d’améliorer les conditions de vie des populations.
Le ministre d’État a, dans cette optique, rappelé que l’Algérie considère la région sahélo-saharienne comme «un seul espace où s’entrecroisent les défis liés à la sécurité, au développement et à la stabilité ». Il a souligné que « la sécurité et le développement ne sont pas deux trajectoires parallèles, mais les deux faces d’une même pièce ». Cette articulation constitue l’un des axes essentiels du message algérien. Dans le même esprit, Ahmed Attaf a rappelé la position du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, selon laquelle « la lutte contre le terrorisme ne peut se limiter à une approche purement sécuritaire, tout comme la pauvreté et la marginalisation ne sauraient être traitées indépendamment de l’environnement sécuritaire qui permet aux groupes terroristes et aux réseaux du crime organisé de s’étendre, de se développer et de proliférer ». Cette approche souligne la nécessité d’une action coordonnée sur plusieurs fronts.
Le dialogue face à l’impasse politique
Le chef de la diplomatie algérienne a également consacré une partie de son intervention à la Libye, dont la crise s’inscrit dans la durée. Alors que les divisions politiques et institutionnelles continuent de peser sur les perspectives de stabilisation du pays, Ahmed Attaf a estimé que cette situation « demeure un autre exemple montrant que les crises prolongées ne trouvent pas leur solution dans l’aggravation des divisions, mais plutôt à travers le dialogue, la réconciliation et l’unification des institutions ».
À travers cette déclaration, l’Algérie réaffirme son attachement à un règlement politique qui permette aux Libyens de dépasser leurs différends sans voir leur pays davantage fragmenté. La persistance des divisions complique, en effet, la construction d’un cadre institutionnel commun et compromet les perspectives d’une stabilisation durable. Dans ce contexte, Alger défend « une solution politique pacifique, globale et conduite par les Libyens eux-mêmes », tout en réitérant son soutien aux efforts des Nations unies et sa confiance dans leur capacité à accompagner les différentes parties vers un règlement préservant l’unité du pays et de ses institutions. Le principe mis en avant est celui de l’appropriation nationale du processus politique. M. Attaf a insisté sur ce point en affirmant que « les Libyens sont les seuls capables de bâtir le consensus à même de préserver leur pays et ils sont les seuls à décider lorsqu’il s’agit de façonner le destin de leur pays et d’en garantir l’avenir ».
Cette insistance sur le rôle des Libyens s’accompagne d’un appel à mettre fin aux ingérences étrangères. Le ministre d’État a souligné que l’Algérie « croit fermement que la fin des ingérences étrangères, sous toutes leurs formes et manifestations politiques, militaires et sécuritaires, constitue un élément fondamental pour réunir les conditions propices à la fin de la division et à l’édification d’un Etat libyen uni, unifié, stable et capable de décider de son avenir par la volonté de ses enfants ».
Le message est clair : la sortie de crise ne peut reposer uniquement sur des arrangements institutionnels si ceux-ci ne s’inscrivent pas dans un processus politique accepté par les Libyens.
Le développement comme condition de la paix
Élargissant son propos à d’autres foyers de crise, Ahmed Attaf a réaffirmé le soutien de l’Algérie aux autorités légitimes au Yémen et au Soudan, deux pays confrontés à des défis majeurs en matière de sécurité, de stabilité et d’unité nationale. Le ministre d’État a exprimé « le soutien constant de l’Algérie aux autorités légitimes au Yémen et au Soudan, pays frères, qui aspirent à répondre au droit de leurs peuples à la sécurité, à la stabilité, à l’unité et à la fraternité».
Cette position s’inscrit dans la continuité du principe défendu par Alger : la recherche de la paix doit s’accompagner d’une réflexion sur les conditions politiques, économiques et sociales nécessaires à sa consolidation.
L’Algérie met en avant ses choix
Dans la dernière partie de son intervention, Ahmed Attaf a élargi la réflexion aux choix de développement de l’Algérie, présentés comme le prolongement de cette conception globale de la stabilité.
Sous la conduite du président de la République, le pays a « choisi d’être un acteur des transformations que connaît le monde, plutôt qu’un simple spectateur », et de « faire des défis des passerelles vers le progrès, de ses ressources un levier pour bâtir une économie productive et diversifiée et de la science et du savoir le moteur de son essor global ».
À ce titre, l’Algérie a consacré le développement durable dans sa Constitution, depuis 2020, en s’appuyant sur une vision fondée sur la justice sociale et la durabilité économique et environnementale. Ahmed Attaf a rappelé que cette démarche repose sur un principe qu’il a qualifié de « clair, constant et immuable : ne laisser personne de côté et ne laisser aucun Algérien et aucune Algérienne à la marge du processus de développement national ».
Cette référence à la dimension sociale du développement complète le propos consacré aux crises régionales. Elle souligne que la stabilité ne relève pas uniquement des équilibres institutionnels ou des dispositifs sécuritaires, mais dépend aussi de la capacité des politiques publiques à répondre aux besoins des citoyens et à leur offrir des perspectives.
En conclusion de son allocution, Ahmed Attaf a abordé un autre enjeu de la transformation mondiale : la gouvernance de l’intelligence artificielle. Alors que cette technologie prend une place croissante dans les économies, les services et les rapports de puissance, sa maîtrise et l’accès à ses bénéfices soulèvent des questions de souveraineté et d’équité entre les États. G. Salah Eddine
