Par G. Salah Eddine
Dimanche dernier à l’Arena de Bercy à Paris, la jeune gymnaste algérienne Kaylia Nemour a battu le record à l’agrès des barres asymétriques aux Jeux olympiques avec un score de 15.700 points et s’est logiquement adjugé une médaille d’or, la première dans l’histoire de la gymnastique africaine.

Les Jeux olympiques sont souvent le théâtre de performances uniques illustrant un dépassement de soi et une résilience impressionnante. Plusieurs records s’inscrivent lors des JO et chaque athlète veut réaliser le sien pour sa propre histoire premièrement et honorer son pays surtout. Kaylia Nemour, la jeune athlète algérienne, accueillie et soutenue par toute un peuple est devenue une de ces légendes olympiques hissant haut le drapeau de l’Algérie à Paris au bon milieu de drapeau des leaders mondiaux tel la Chine et les États-Unis.
En effet, l’Arena de Bercy a été le théâtre d’un moment historique pour la gymnastique algérienne et mondiale. La jeune prodige Kaylia Nemour, âgée de seulement 17 ans, qui disputait ses tous premiers JO, a triomphé en finale des barres asymétriques, remportant l’or avec un score record de 15.700.
Lors du concours général, Kaylia avait déjà impressionné en se classant cinquième, juste derrière les vedettes de la discipline, comme la légendaire Américaine Simon Biles détentrice de plusieurs médailles. Cependant, la prestation de la gymnaste algérienne en finale a été tout simplement époustouflante. En obtenant une note de 15.700, elle a surpassé la Chinoise Qiu Qiyuan (15.500) et l’Américaine Sunisa Lee (14.800).
Après l’épreuve la championne algérienne est revenue sur ses sensations avant l’épreuve : « Après la note de 15.500 pts de Qiyuan, je me suis dit qu’il va falloir que je me batte. Je me suis vite reconcentrée, car l’enjeu était la médaille suprême et c’était là qu’il fallait le faire et j’ai réussi ! »
L’enchainement rapide et fluide des gestes aux barres asymétriques de la jeune athlète est impressionnant. Elle fait très peu d’erreur même lors des mouvements de bascule qui parasitent la performance. Sa prestation avec un niveau de difficulté de 7.2 a été un moment de choc et d’émerveillement pour tous les spectateurs autour du globe.
Des Parents fiers de leur fille
Une médaille décrochée aux Jeux olympiques n’est pas seulement le succès de l’athlète, mais celui de tout un pays. Certaines personnes cependant ressentent cette fierté encore plus intensément : c’est le cas des parents des sportifs. Les parents de la championne se sont exprimés après le triomphe de leur fille. Le père de Kaylia, Jamel Nemour, originaire du petit village de Beni Yselm à Jijel, a exprimé son émotion après la remise de médaille : « Je suis fier d’elle, mais j’aimerais surtout qu’elle soit fière d’elle-même. C’est une grande victoire pour toute l’Algérie. »
Quant à Stéphanie Nemour, maman de l’athlète, elle a déclaré : « Je suis émue, je n’ai pas d’autres mots, c’est fantastique ! » Elle s’est également exprimée sur la performance de sa fille : « C’est une magnifique performance, elle a remporté une médaille d’or pour l’Algérie. Elle s’est battue pour elle-même, pour son coach et pour tous ceux qui l’ont soutenue. »
Revenant sur le travail de Kaylia, la maman a dit : « Ce n’est pas deux ou trois ans de travail, c’est bien plus. Elle travaille depuis qu’elle est toute petite, c’est un sport qui demande beaucoup d’entraînement, de discipline et de persévérance. C’est une carrière qui se construit sur des années. Elle a commencé la gymnastique quand elle avait un peu plus de trois ans et elle en a 17 aujourd’hui. » En pleurs, la maman a martelé, toute fière de sa fille : « Elle est championne olympique, c’est beau ! »
Interrogée sur son ressenti vis-à-vis de l’amour et l’admiration des Algériens envers leur fille, Mme Nemour a répondu : « Franchement, on a reçu énormément de messages de soutien et d’amour des Algériens, mais pas seulement ! Toutes les personnes qui ont suivi Kaylia depuis qu’elle est toute petite et qui aiment la gymnastique dans le monde entier, nous ont adressé leurs messages de soutien et d’encouragement. » « Elle a réalisé la toute première médaille algérienne et africaine en gymnastique, elle a marqué l’histoire, c’est magnifique. Je suis aujourd’hui la maman la plus heureuse au monde », a martelé Stéphanie Nemour, larmes aux yeux.
L’avis du coach de Kaylia
Artisan de la victoire de l’athlète, March Chirilceno, mentor de Kaylia depuis toujours, a déclaré : « On est passés par un vrai ascenseur émotionnel avec Kaylia. On savait qu’on avait les moyens de faire quelque chose. Elle a des bons mouvements. La chinoise Qiu Qiyuan a mis la barre très haute avec 15.500. Mais, Kaylia est montée, elle n’a pas tremblé et elle a fait le nécessaire pour décrocher cette médaille d’or. Elle a fait preuve d’une grande maturité. »
Il a ajouté : « Son score c’est du jamais vu à cet agrès. C’est un record mondial qu’elle sort au bon moment. » L’exigeant coach a déclaré : « Son geste est un record mais ce n’est pas parfait, il y a encore des micros détails qu’on doit travailler pour prôner la perfection. » M. Chirilceno a indiqué : « On a eu de bons gymnastes dans notre club et Kaylia a bénéficié de l’expérience de ses copines qui étaient présentes aujourd’hui pour la soutenir. »
L’entraîneur de la jeune championne a en outre « apprécié le soutien de l’Algérie et la ferveur des Algériens ». Pour lui, Kaylia a fait honneur au pays qui l’aide depuis deux ans. La préparation que l’Algérie lui a donné lui a permis de faire des bons stages pour une préparation optimale et individualisée. Cela a influé sur les capacités de Kaylia. March Chirilceno a conclut en martelant : « La construction de cette médaille est 100% algérienne ! »
Première médaille arabe et africaine en Gymnastique
En plus de réaliser un record à seulement 17 ans, Kaylia a rejoint les rangs des légendes algériennes Hassiba Boulmerka et Nouria Benida, les seules autres femmes algériennes à avoir remporté une médaille d’or aux Jeux olympiques. C’est également la première médaille en vermeil pour l’Algérie depuis les JO de Londres en 2012, et la sixième dans l’histoire de la participation algérienne aux JO. Cependant, ce succès dépasse les frontières algériennes, il englobe également l’Afrique et le monde arabe. En effet, avec sa note stratosphérique de 15.700 points, Kaylia Nemour a ouvert une nouvelle page pour l’Afrique et le Monde arabe dans ce sport. C’est la toute première gymnaste africaine et arabe médaillée aux Jeux olympiques, et quelle médaille !
Des spectateurs de nationalités arabes et africaines ont exprimé, sur les réseaux sociaux, leur fierté et leur bonheur quant au sacre de l’Algérienne.
Une nouvelle idole est née. Cette médaille d’or représente bien plus qu’une victoire sportive. Elle symbolise l’excellence, la persévérance et le talent d’une jeune athlète qui a surmonté d’innombrables défis pour atteindre le sommet.
Un geste iconique le « Nemour »
Kaylia Nemour, avec son immense potentiel, a déjà laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de la discipline.
Le 26 mai 2023, elle est entrée à jamais dans l’histoire de la gymnastique mondiale lors des championnats d’Afrique à Pretoria, en Afrique du Sud. C’est à cette occasion qu’elle a inscrit un nouvel élément aux barres asymétriques dans le code de pointage : un franchissement dorsal de la barre supérieure en position tendue, amené par un grand tour arrière avec les jambes serrées. Classé G (0,7 point) – soit la valeur la plus haute attribuée à cet agrès – cet élément est désormais connu sous le nom de « Nemour ».
Avant d’apposer son nom dans le code de pointage, la vice-championne du monde aux barres asymétriques en 2023 avait travaillé sans relâche sur ce mouvement. Pendant deux ans, elle l’a perfectionné, répétant chaque détail jusqu’à le réaliser à la perfection et le réussir en compétition, validant ainsi l’élément auprès de la Fédération internationale de gymnastique (FIG).
« Quand nous avons vu l’aisance de Kaylia sur le stalder serré, nous avons pensé qu’elle pouvait réussir cet élément très difficile. Il y a aussi une particularité morphologique, car c’est une grande gymnaste (1,66 m). Pour certains éléments, cela peut être un désavantage, mais pour celui-ci, cela lui permet de passer debout sur la barre », a expliqué son coach Marc Chirilcenco.
Un avenir radieux et une inspiration
Cette médaille d’or est le début officiel d’une carrière prometteuse qui, sans aucun doute, continuera d’éblouir et d’inspirer les générations futures. Kaylia Nemour est déjà une figure des barres asymétriques. Elle pourra sans prétention viser d’autres distinctions. Aux JO 2028 à Los Angeles, elle visera à conserver ce titre olympique et d’améliorer son classement au concours général et pourquoi pas l’or dans cette complétion également.
Espérons que l’Algérie alignera d’autres gymnastes de très haut niveau en 2028, qui permettront à l’Algérie d’entrer en force dans les compétitions par équipes, un concours que Kaylia a raté en 2024.
La victoire de Kaylia Nemour aux Jeux olympiques de Paris 2024 est une inspiration pour des millions de jeunes à travers le monde. Elle montre que, malgré les obstacles, le talent, le bon entourage et la détermination peuvent mener à des sommets. En réalisant une telle performance à un si jeune âge, Kaylia a prouvé que les rêves peuvent devenir réalité avec du travail, de la persévérance et du dévouement.
Alors que les applaudissements résonnaient dans l’Arena de Bercy, une chose était claire : Kaylia Nemour n’était pas seulement une championne olympique, mais aussi une étoile montante de la gymnastique mondiale, qui a marqué l’histoire et inspiré des milliers d’athlètes en herbe. Au vu de son talent exceptionnel et de sa détermination sans faille, le monde attend avec impatience de voir ce que l’avenir réserve à cette jeune prodige.
L’Algérie se doit de devenir leader africain dans cette discipline
Alors que le continent excelle dans des sports comme l’athlétisme, en particulier dans des pays d’Afrique de l’Est, un vrai potentiel d’expansion existe dans la gymnastique en Algérie. Cette discipline, qui peut contribuer à améliorer l’image et renforcer significativement la présence de l’Algérie lors des échéances sportives internationales, n’est pas très développée en Afrique, où un budget réduit lui est accordé, alors que c’est une discipline qui passionne particulièrement dans les pays asiatiques, d’Europe de l’Est et d’Amérique.
Kaylia Nemour est la première athlète africaine à décrocher une médaille olympique dans cette discipline. Alors que son succès a ébloui le monde entier et a hissé haut les couleurs de l’Algérie, Il doit servir d’exemple pour le futur.
Kaylia ne doit pas être la première et la dernière gymnaste algérienne a représenter l’Algérie et l’Afrique dans les finales olympiques de cette compétition. Kaylia a allumé la première mèche mais l’Algérie se doit désormais de reprendre le flambeau et de miser sur cette discipline.
En investissant sur la formation en gymnastique, avec un encadrement sérieux et de haut niveau, l’Algérie pourrait devenir le leader africain incontesté de cette discipline. Elle pourrait être représentée fièrement à chaque rendez-vous olympique et deviendrait la figure africaine d’exception.
Kaylia a posé la première pierre d’un futur radieux pour la gymnastique algérienne. A travers ses enfants et ses jeunes, l’Algérie a le potentiel et se doit de présenter des gymnastes prêts à hisser haut le drapeau algérien à travers le monde.
Merci Kaylia et vive l’Algérie.
