
Dans une émission captivante diffusée par la chaîne AL24 NEWS, un débat de fond a eu lieu entre deux experts de renom sur la révision de l’Accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne. Adel Bensaci, président du Conseil national consultatif de la petite et moyenne entreprise, et Moncef Boudarba, expert en commerce international et spécialiste de la filière céramique, ont partagé leurs perspectives sur l’évolution des relations commerciales entre les deux partenaires.
Par Ammour Ryad
Alors que l’Algérie a connu des avancées économiques significatives, avec un renforcement de ses capacités industrielles et une meilleure maîtrise technologique, les deux experts ont souligné l’importance d’une réévaluation de cet accord. Selon les experts, les déséquilibres actuels, notamment dans la balance commerciale, nécessitent une révision pour favoriser un partenariat plus équilibré et durable. Une discussion cruciale sur les enjeux économiques et stratégiques qui façonneront l’avenir des échanges entre l’Algérie et l’Europe.
Dans le contexte de l’importance de cet accord, Moncef Boudarba a indiqué que « l’importance de l’Accord d’association, qui repose sur un partenariat stratégique et économique entre l’Algérie et l’Union européenne. Selon lui, un tel accord sécurise les relations commerciales, avec un respect mutuel des paiements, des livraisons et des délais. Au cours des 30 dernières années, l’Algérie a assuré des livraisons stables de gaz et de pétrole à l’Europe, ce qui reste vital pour la stabilité énergétique de l’Union européenne. En retour, l’Algérie bénéficie de cette relation, notamment grâce au transfert de technologie et à l’accès au marché européen. Toutefois, la révision de cet accord semble aujourd’hui nécessaire pour mieux équilibrer les relations commerciales et économiques, particulièrement à l’aune des évolutions de l’économie algérienne.
Une économie structurée
En 2025, l’Algérie ne se trouve plus dans la même situation qu’en 2002. À l’époque, l’Algérie était marquée par une économie peu structurée. Aujourd’hui, elle jouit d’une autosuffisance dans certains secteurs et maîtrise davantage de technologies. Cependant, l’Accord avec l’Union européenne n’a pas toujours été favorable à l’Algérie, notamment en raison de déséquilibres dans la balance commerciale. Un rééquilibrage est donc impératif, tout en préservant la relation stratégique avec l’UE, qui demeure un partenaire-clé.
Ahmed Attaf critique la vision de l’Union européenne qui semble figée sur les conditions économiques de 2005, alors que l’Algérie a considérablement progressé depuis.
Le pays est désormais l’un des plus grands exportateurs d’acier et connaît une autosuffisance dans plusieurs secteurs. Cependant, l’Europe reste inflexible sur les quotas d’exportation et les taxes sur certains produits algériens, ce qui crée un déséquilibre.
Pour M. Attaf, il est crucial de réexaminer cet accord et d’envisager de nouvelles solutions pour favoriser les exportations algériennes, en particulier dans les secteurs de l’acier, de l’agriculture et des produits pharmaceutiques.
Investissements directs
Pour l’expert Adel Bensaci, «la relation économique entre l’Algérie et l’Union Européenne aurait dû permettre un véritable développement industriel, grâce aux investissements directs et au transfert de technologies. Cependant, ces ambitions se sont heurtées à des difficultés pratiques, le transfert de technologie étant souvent plus complexe que prévu.» M. Bensaci met l’accent sur «l’importance d’un partenariat basé sur une co-création de valeur, notamment dans des secteurs stratégiques comme la sidérurgie, l’hydrogène et les produits de haute technologie. L’Algérie, avec ses PME, a un potentiel de croissance important, mais cela nécessite une coopération renforcée avec l’Europe, qui doit également revoir ses critères d’accès au marché».
En réponse aux récents propos de l’ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, l’expert interprète «cette ouverture comme une volonté de dialoguer davantage sur les enjeux globaux. L’UE semble prête à s’engager dans une révision de l’accord, mais dans un cadre respectant la souveraineté de l’Algérie. La coopération doit inclure une prise en compte des réalités locales, et l’UE doit être prête à fournir l’assistance technique nécessaire pour permettre à l’Algérie d’améliorer sa capacité à exporter et à s’intégrer davantage dans le marché européen. Cette collaboration pourrait aussi inclure des mécanismes relatifs à la gestion de la migration et à la prospérité économique des deux régions».
Le déficit chronique de la balance commerciale de l’Algérie avec l’Europe reste un enjeu majeur. Selon Ahmed Attaf, même si l’Europe ouvre ses portes à davantage de produits algériens, cela prendra du temps en raison du manque de capacités industrielles locales.
Une véritable révision de l’accord doit intégrer des mesures de soutien à l’industrialisation, y compris dans des secteurs comme la pharmacie et les énergies renouvelables. En particulier, la production d’énergie solaire en Algérie et la vente de crédits carbone pourraient constituer des pistes pour rééquilibrer les échanges avec l’Europe.
L’accord doit donc être révisé dans une perspective de développement économique durable pour l’Algérie, et les deux parties doivent être prêtes à ajuster leurs stratégies pour permettre une coopération équilibrée et bénéfique à long terme.
En ce qui concerne le chiffre de 1000 milliards de dollars d’échanges commerciaux au cours des 18 dernières années. Adel Bensaci a commenté ce chiffre en soulignant son «importance», notant que bien qu’il représente une somme immense, il existe un déséquilibre notable. En 2024, l’Algérie a exporté 35 milliards de dollars vers l’Union européenne, tandis que les exportations de l’Union européenne vers l’Algérie se sont élevées à 15 milliards de dollars. Selon lui, ce déséquilibre est d’autant plus visible si l’on considère que 90% des exportations algériennes vers l’Union européenne sont constituées de produits énergétiques.
Adel Bensaci a ensuite abordé la situation des hydrocarbures, précisant que l’Algérie a su démontrer sa capacité à fournir de l’énergie à l’Europe de manière fiable, en allant même au-delà de ses engagements, notamment en matière de gaz naturel. Il a également évoqué les opportunités futures pour l’Algérie, comme le partenariat avec l’Europe pour la fourniture d’hydrogène vert. Il a mis en avant l’importance de l’intégration du contenu local et de la croissance des entreprises nationales, en insistant sur le fait que l’Algérie doit se préparer à l’exportation et à la compétitivité sur le marché mondial. La renégociation de l’Accord d’association avec l’Union Européenne doit, selon lui, s’inscrire dans cette logique. Moncef Boudarba a également réagi à ce chiffre de 13 milliards de dollars d’investissements directs étrangers de l’Union européenne en Algérie sur les 15 dernières années. Il a estimé que ce montant est insuffisant au regard des relations historiques et politiques solides entre l’Algérie et l’Europe. Selon lui, il est nécessaire de pousser la partie européenne à augmenter ses investissements, indiquant que l’Algérie pourrait devenir un pôle stratégique pour l’industrie européenne grâce à sa position géostratégique et à son potentiel énergétique. Il a également fait remarquer que des initiatives telles que l’accord entre Sonatrach et Chevron pour la prospection offshore des hydrocarbures témoignent de la volonté de l’Algérie de renforcer sa position sur le marché international. Selon lui, «cette dynamique pourrait permettre à l’Algérie de tripler le montant des investissements étrangers dans les prochaines années».
15 milliards d’euros d’importations depuis l’UE en 2023
En ce qui concerne les importations algériennes, M. Bensaci a abordé les 15 milliards d’euros d’importations depuis l’Union européenne en 2023. Selon lui, bien que ces importations incluent des produits transformés, il est crucial de noter que l’Algérie a fait des efforts pour corriger les déséquilibres commerciaux et que la tendance actuelle montre une volonté d’augmenter les exportations tout en révisant certaines pratiques commerciales. Il a également évoqué les efforts entrepris par l’Algérie pour numériser et réformer son cadre législatif, rendant le pays plus attractif pour les investisseurs étrangers.
M. Bensaci a ajouté :«Les importations algériennes, bien qu’importantes, ne doivent pas être vues comme une menace, mais comme une opportunité pour l’Algérie de se structurer économiquement et de moderniser ses infrastructures». Il a également précisé que «l’Algérie n’est pas dans une logique d’autarcie, mais cherche à équilibrer ses importations et exportations tout en assurant un développement durable et une compétitivité sur le marché international».
Enfin, la question de l’ouverture de l’Algérie à de nouveaux partenaires commerciaux a été soulevée. Moncef Boudarba a répondu en affirmant que « si l’Algérien cherche toujours à obtenir le meilleur rapport qualité-prix, il est prêt à s’ouvrir à d’autres pays européens comme la Pologne ou le Portugal, qui peuvent offrir des avantages concurrentiels. Cependant, il a insisté sur le fait que l’Algérie ne doit pas renoncer à ses relations traditionnelles avec des pays comme l’Espagne, la France ou l’Italie, qui restent des partenaires clés pour le pays».
Les experts ont insisté sur l’importance d’une politique d’exportation ambitieuse et d’une révision de l’accord d’association avec l’Union européenne pour permettre à l’Algérie de maximiser ses potentialités et de renforcer son rôle dans le commerce international.
A. R.
