Entreprises françaises : dommages collatéraux des tensions Algéro-Françaises

L’Algérie, forte de ses ressources et de ses alliances stratégiques, affirme aujourd’hui sa souveraineté en diversifiant ses partenariats internationaux. Face à une dépendance historique à la France, le pays se tourne vers de nouveaux acteurs comme la Chine, la Turquie, l’Italie ou encore les États-Unis, réduisant ainsi l’impact des fluctuations politiques avec Paris.

Par Chahid Lakeb

Depuis quelques mois, les relations diplomatiques entre l’Algérie et la France ont connu des turbulences qui ont eu des répercussions profondes, non seulement sur le plan politique, mais aussi sur le plan économique. Alors que les tensions entre les deux pays se sont intensifiées autour de questions historiques, de mémoire et de politique étrangère, un secteur souvent négligé est celui des entreprises françaises implantées en Algérie. Ces dernières, qui jouent un rôle stratégique dans les échanges commerciaux et les investissements, se retrouvent prises en otage dans une situation diplomatique complexe.

Les entreprises françaises face aux tensions diplomatiques

Les relations diplomatiques entre la France et l’Algérie continuent de susciter de vives inquiétudes, notamment parmi les expatriés français en Algérie. Bien que les frictions actuelles aient jusqu’ici été confinées au domaine politique, il n’est pas exclu que cette situation se transforme en un impact économique majeur d’ici 2025. Cette crise, exacerbée par des incidents comme l’expulsion avortée d’un influenceur algérien en janvier, affecte non seulement les Algériens résidant en France, désormais visés par l’extrême droite, mais également les Français vivant en Algérie, qui risquent de voir leur situation se détériorer si les tensions venaient à s’intensifier davantage.

Une relation économique historique

L’Algérie et la France entretiennent depuis plusieurs décennies des relations économiques solides. L’Algérie est l’un des partenaires commerciaux les plus importants de la France en Afrique du Nord. Elle dépend également fortement des technologies et des investissements français dans divers secteurs, tels que l’énergie, les infrastructures, les télécommunications et l’automobile.
Les entreprises françaises, de taille petite à grande, ont su s’impliquer dans le tissu économique algérien. Que ce soit dans la construction de grands projets d’infrastructures, la production d’équipements industriels, ou la distribution de produits de consommation, la France est une partenaire clé. Toutefois, cette relation économique est fragile et peut être facilement affectée par des facteurs politiques.

Les craintes croissantes des expatriés français

En Algérie, les expatriés français travaillant dans des entreprises locales et françaises suivent avec une grande attention l’évolution des tensions politiques. Alors que la situation n’a pas encore provoqué de changements significatifs dans leur quotidien, l’angoisse grandit pour l’année 2025, où beaucoup redoutent une escalade de la crise.
Michel Bisac, président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française et lui-même entrepreneur, dénonce les dérives politiques en France et l’impact qu’elles peuvent avoir sur les relations économiques bilatérales. Selon lui, il est crucial que les responsables politiques cessent de jouer à des fins électoralistes en attisant les tensions avec l’Algérie, rappelant que plusieurs figures publiques se sont déjà exprimées pour appeler à l’apaisement. Il exprime ses inquiétudes quant aux répercussions de cette tension diplomatique sur les entreprises françaises établies en Algérie, qu’il estime particulièrement vulnérables face à cette situation.

Des perspectives commerciales incertaines

Les échanges commerciaux entre l’Algérie et la France avaient atteint 11,8 milliards d’euros en 2023, soulignant l’importance économique de leur relation. Pourtant, l’aggravation des tensions pourrait potentiellement freiner cette dynamique. Les entreprises françaises se retrouvent dans une position délicate, oscillant entre une stabilité apparente et la crainte d’une détérioration rapide du climat diplomatique, ce qui pourrait affecter leur capacité à maintenir leurs activités et investissements dans le pays.
La situation reste donc très incertaine, et les prochains mois seront cruciaux pour évaluer l’évolution de cette crise et ses répercussions sur les relations économiques entre les deux nations.

La perte de contrats et de marchés

La crise diplomatique a également eu des conséquences sur les contrats et les marchés publics. Les entreprises françaises, historiquement bien positionnées pour décrocher des marchés en Algérie, ont vu leur part de marché réduire. De nouvelles dynamiques géopolitiques, notamment l’alignement de l’Algérie avec d’autres puissances économiques comme la Chine et la Russie, ont contribué à l’érosion de l’influence française. Les entreprises françaises, souvent accusées de relations trop étroites avec le gouvernement français, se sont vues exclues de certains appels d’offres. La préférence a été donnée à des partenaires d’autres pays, qui bénéficient d’un climat diplomatique moins tendu. Ce phénomène a freiné leur capacité à se développer dans le pays, malgré des antécédents solides et des compétences reconnues.
Face à cette situation, les 350 entreprises françaises implantées en Algérie adoptent une posture prudente. Michel Bisac, président de la Chambre de commerce algéro-française, exprime son inquiétude : «Ces tensions nous dépassent et nous lassent. Nous risquons une rupture qui nuirait à un écosystème économique dynamique.» Il souligne, par ailleurs, que les entreprises algériennes cherchent de nouveaux partenaires : récemment, le patronat algérien s’est tourné vers l’Italie pour signer des contrats, tandis que l’Allemagne et les États-Unis renforcent leur présence, notamment dans le secteur énergétique. Un accord a même été conclu entre la compagnie pétrolière algérienne Sonatrach et le géant américain Chevron pour l’exploitation d’hydrocarbures offshore, illustrant la diversification des alliances économiques de l’Algérie au détriment des entreprises françaises.

Un équilibre fragile à préserver

Les entreprises françaises, bien qu’elles soient des acteurs clés de l’économie algérienne, doivent naviguer dans un environnement géopolitique volatile. Leurs pertes économiques et leur capacité à maintenir une présence stable sur le marché algérien sont liées non seulement à leur gestion des affaires internes, mais aussi à l’évolution des relations diplomatiques entre les deux pays.
Cependant, il est important de noter que malgré ces obstacles, les entreprises françaises continuent de jouer un rôle déterminant dans le développement de l’Algérie. Dans des secteurs comme l’énergie, les télécommunications, la santé et les infrastructures, leur expertise et leurs investissements sont essentiels. Il est donc dans l’intérêt des deux pays de restaurer une relation plus sereine, afin de permettre aux entreprises françaises de contribuer à la croissance économique de l’Algérie, tout en consolidant les bases de la coopération bilatérale.
Dans ce contexte de crise diplomatique, il devient impératif de redonner à la relation entre la France et l’Algérie une dynamique de coopération, fondée sur le respect mutuel et l’intérêt commun. L’Algérie et la France doivent se concentrer sur la mise en place de mécanismes permettant de limiter les impacts négatifs de la crise sur les entreprises et de promouvoir un climat économique stable, propice à la prospérité.
La diplomatie économique pourrait jouer un rôle clé pour rétablir un équilibre qui bénéficie à toutes les parties. Cela nécessite, comme l’a précisé le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors d’un interview, que l’Algérie est prête à poursuivre un dialogue constructif, mais que les relations doivent se rétablir sur des bases claires et respectueuses avec une prise de conscience des conséquences que les tensions diplomatiques peuvent avoir sur les acteurs économiques qui œuvrent pour le développement des deux nations.
Si les tensions diplomatiques entre l’Algérie et la France affectent les entreprises françaises présentes sur le territoire algérien, elles traduisent surtout une évolution dans les rapports de force économiques.
L’Algérie, forte de ses ressources et de ses alliances stratégiques, affirme aujourd’hui sa souveraineté en diversifiant ses partenariats internationaux.
Face à une dépendance historique à la France, le pays se tourne vers de nouveaux acteurs comme la Chine, la Turquie, l’Italie ou encore les États-Unis, réduisant ainsi l’impact des fluctuations politiques avec Paris. Cette dynamique illustre la volonté du président Tebboune de renforcer son autonomie économique et d’explorer des opportunités plus avantageuses avec d’autres partenaires.
Si les entreprises françaises souffrent de cette nouvelle donne, c’est avant tout parce que l’Algérie dispose désormais d’alternatives et entend privilégier des collaborations qui respectent ses intérêts stratégiques. La crise actuelle ne fait que souligner un changement profond : l’Algérie, loin d’être dépendante, se positionne désormais comme un acteur économique incontournable, capable de redéfinir ses alliances en fonction de ses ambitions et de sa vision du développement.
Ch. L.

ALGER 16 DZ

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