
Djamel Menad est une figure indélébile du football algérien. Une figure qui s’est éteinte le 22 mars 2025 à Alger à l’age de 64 ans, après une courageuse lutte contre la maladie, laissant derrière lui un héritage immense et une nation en deuil.
Djamel Menad, une légende dans chacun de ses clubs
Djamel Menad débute sa carrière au Mouloudia Club de Rouiba, où ses talents précoces attirent rapidement l’attention. Sa progression fulgurante le mène en 1977 au CR Belcourt (actuel CR Belouizdad), un club en reconstruction après son âge d’or. Là-bas, il forge sa réputation de buteur redoutable sur la scène locale, marquant les esprits par son instinct de tueur devant les cages. Ses performances remarquées lui ouvrent bientôt les portes de l’équipe nationale junior, puis de l’équipe A.
C’est en 1981, lorsqu’il signe à la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK), que Djamel Menad atteint des sommets. Avec les Canaris, il bâtit une légende. Dès sa première saison, il contribue à l’un des plus grands exploits du club : la conquête de la première Ligue des Champions d’Afrique de l’histoire de la JSK. Dans la foulée, il ajoute à son palmarès une Supercoupe d’Afrique, confirmant son statut de grand attaquant du continent. Son passage à la JSK est marqué par une domination sans partage sur le football algérien : cinq championnats nationaux et deux Coupes d’Algérie.
En 1987, Menad tente l’aventure européenne et rejoint le Nîmes Olympique en France. Il découvre alors un football plus exigeant et une nouvelle culture tactique. Son passage en Ligue 2 lui permet de s’endurcir et d’affronter des défenseurs rompus aux duels physiques. Mais son aventure en Europe ne s’arrête pas là : en 1990, il s’envole pour le championnat portugais, où il enfile successivement les maillots du FC Famalicão, puis du FC Belenenses. Entre 1991 et 1994, il évolue au plus haut niveau du football portugais, apportant son expérience et son flair à ses équipes.
Malgré ses réussites en Europe, Djamel Menad reste viscéralement attaché à son Algérie natale. En 1994, il choisit de rentrer à la JSK, son club de cœur, pour y écrire un dernier chapitre glorieux. Et il ne revient pas les mains vides : en 1995, il remporte avec la JSK la Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupe face au club nigérian du Julius Berger, confirmant encore une fois sa place parmi les plus grands attaquants du continent.
En 1997, il achève son parcours à l’USM Alger, où il met un point d’orgue à sa carrière en remportant une dernière Coupe d’Algérie. Un final en apothéose pour un joueur qui aura marqué de son empreinte chaque club où il est passé.
L’Équipe Nationale : L’Ascension d’un héros national
Dès son plus jeune âge, Djamel Menad fait preuve d’un talent exceptionnel. Son ascension commence en février 1979, lorsqu’il remporte la Coupe d’Afrique des nations junior avec l’Algérie face à la Guinée. Ce triomphe permet aux Fennecs de participer la même année au Championnat du monde junior au Japon, où ils brillent en terminant premiers de leur groupe. Mais en quart de finale, l’Algérie croise la route d’une Argentine menée par Diego Maradona, future championne du monde. Cette confrontation avec l’un des plus grands génies du football forge le caractère de Menad et annonce l’éclosion d’un attaquant hors pair.
Fort de ses performances chez les jeunes, Menad est convoqué en 1980 en équipe nationale A. Il honore sa première sélection face à la Sierra Leone et inscrit déjà un but, révélant son instinct de buteur. La même année, il est sélectionné pour la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 1980, disputée au Nigeria. L’Algérie réalise un parcours remarquable en atteignant la finale, mais s’incline face aux Super Eagles (3-0). Malgré cette défaite, le jeune attaquant se distingue et s’impose progressivement parmi les cadres de l’équipe. Alors que l’Algérie écrit l’une des plus belles pages de son histoire en Coupe du Monde 1982 en Espagne, avec la mythique victoire face à l’Allemagne de l’Ouest (2-1), Menad ne fait pas partie de l’aventure. Ce rendez-vous manqué ne freine pourtant pas son ascension.
En 1984, il revient plus fort et participe à la CAN en Côte d’Ivoire, où son talent est unanimement reconnu. Auteur de prestations solides, il est nommé dans l’équipe type du tournoi, affirmant son statut de joueur incontournable chez les Fennecs.
Menad joue un rôle clé lors des éliminatoires de la Coupe du Monde 1986, où il contribue à la qualification de l’Algérie pour sa deuxième participation consécutive au Mondial. Au Mexique, il fait partie du groupe algérien qui affronte de redoutables adversaires, notamment l’Espagne, l’Irak et le Brésil. Bien que les Fennecs ne parviennent pas à rééditer l’exploit de 1982, Menad acquiert une expérience inestimable sur la scène internationale.
Si sa carrière internationale est déjà marquée par de nombreux succès, son plus grand exploit reste la CAN 1990, disputée à domicile. Capitaine et leader offensif, Menad porte l’Algérie sur ses épaules et réalise un tournoi exceptionnel. Il termine meilleur buteur de la compétition avec 4 réalisations, dont des buts décisifs qui propulsent les Fennecs jusqu’en finale face au Nigeria.
Dans un stade du 5-Juillet en ébullition, l’Algérie triomphe (1-0) grâce à un but de Chérif Oudjani. Menad, véritable fer de lance de l’équipe, est acclamé par tout un peuple. Ce sacre marque le premier titre continental de l’Algérie, et Djamel Menad devient bien plus qu’un simple footballeur : il entre dans la légende du sport algérien.
Avec 81 sélections et 25 buts, Djamel Menad laisse une empreinte indélébile dans l’histoire de l’équipe nationale. Son nom résonne encore dans les mémoires, non seulement pour ses exploits, mais aussi pour son engagement, sa combativité et son amour du maillot algérien. De ses débuts prometteurs en 1979 à son apothéose en 1990, Menad a incarné l’âme du football algérien. Son parcours, marqué par des triomphes et des défis surmontés avec bravoure, fait de lui une légende intemporelle, un modèle pour les générations futures.
Son nom restera à jamais associé aux heures de gloire des Fennecs, et son souvenir vivra éternellement dans le cœur des Algériens. Repose en paix, Djamel Menad, héros d’une nation.
Transmettre la Passion en tant qu’entraîneur
Après sa retraite, Djamel Menad ne s’éloigne jamais du football. En 2005, il entame une carrière d’entraîneur. Et c’est son dernier club en tant que joueur, l’USM Alger qui lui fera confiance. Il sera également nommé à la tête de la JS Kabylie, son club de légende et à la tête du CRB le club qui lui a donné sa chance et l’a révélé au monde. Il aura également un passage en tant qu’entraîneur au MC Alger. Il fera donc la tournée des 3 pôles footballistique de la capitale. D’ailleurs, il atteindra deux finales de Coupe d’Algérie avec le CRB et le MCA en 2012 et en 2013. A côté de cela, il a également entraîné des formations comme celle de l’USM Annaba, la JSM Béjaia et de l’USMH. En 2023 il exerçait au poste de directeur technique de la JS Kabylie avant de prendre définitivement sa retraire de toute fonction. De plus, le 15 octobre 2017, il est nommé assistant de Rabah Madjer, alors sélectionneur national de l’Algérie. Aux côtés de Meziane Ighil, il contribue à la gestion de l’équipe nationale, apportant son expérience et sa vision du jeu. Cependant, le 24 juin 2018, le trio est limogé, mettant fin à une collaboration qui avait suscité beaucoup d’espoirs mais qui s’est soldée en un échec.
Un Héritage Éternel
Djamel Menad était bien plus qu’un footballeur. Il était un symbole de passion, de travail et de dévouement. Son parcours, marqué par des succès en club et en équipe nationale, témoigne de son talent et de son amour pour le jeu. Mais au-delà des trophées et des buts, Menad restera dans les mémoires comme un homme humble, généreux et profondément attaché à son pays.
Aujourd’hui, l’Algérie pleure un de ses plus grands champions. Les plus grandes personnalités du pays ont réagi avec chagrin à sa disparition. A l’annonce de sa disparition, le football pleure. Le CRB, la JSK, l’USMA et même des clubs algériens où il n’a jamais joué, rendent hommage à la légende qu’il fut. Nimes Olympique et les clubs portugais où il a évolué honorent également sa mémoire, soulignant son impact et son professionnalisme. Même Al-Ahly d’Egypte, le plus grand club africain, publie un communiqué pour saluer la grandeur de cet homme qui a tant donné au football. Djamel Menad n’est plus, mais son héritage, lui, est immortel. Il continuera d’inspirer les générations futures, rappelant que le football est bien plus qu’un sport : c’est une histoire d’amour, de fierté et de rêves.
A Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons. Repose en paix, Djamel Menad. Tu as marqué nos cœurs, nos mémoires, notre histoire. Tu es et resteras une légende. Une étoile qui brillera à jamais dans le ciel du football algérien.
G. Salah Eddine
