
Dans un contexte sahélien de plus en plus instable, marqué par la montée des violences terroristes, la fragilité des institutions et la prolifération des groupes armés, l’Algérie reste l’un des rares pays à incarner une vision équilibrée, non-interventionniste mais proactive, au service de la paix régionale.
Par Chahid Lakeb
Malgré un refroidissement récent des relations avec le Mali, matérialisé par le rappel temporaire de diplomates maliens et des accusations mal fondées à l’encontre d’Alger, l’Algérie poursuit ses efforts en faveur de la stabilité du Sahel, fidèle à une tradition diplomatique enracinée dans la coopération, le respect de la souveraineté et le dialogue multilatéral.
Une diplomatie de paix enracinée dans l’histoire
Depuis son indépendance en 1962, l’Algérie a systématiquement opté pour une diplomatie de paix et de médiation. Elle a souvent servi de trait d’union entre des acteurs antagonistes, tant sur le continent africain que dans le monde arabe. Dans le dossier sahélien, elle a su s’imposer comme une puissance régionale responsable, capable de fédérer autour de principes partagés : l’unité nationale, la non-ingérence et la résolution pacifique des conflits.
L’exemple le plus emblématique reste l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, signé à Alger en 2015, sous l’égide de la diplomatie algérienne. Cet accord, bien qu’imparfait dans sa mise en œuvre, a constitué une avancée majeure pour désamorcer les tensions entre l’État malien et les mouvements armés du Nord. Il a également permis de réintégrer plusieurs groupes dans un processus politique pacifié, tout en encourageant une décentralisation respectueuse de l’unité nationale.
Coopération sécuritaire et coordination régionale
La lutte contre le terrorisme dans le Sahel ne peut se faire sans une coopération étroite entre les pays concernés. L’Algérie a joué un rôle pionnier dans la création de structures régionales de coordination militaire, comme le Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc) basé à Tamanrasset, regroupant l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie. Elle y partage ses capacités en matière de surveillance, de formation militaire et de renseignement.
Elle refuse néanmoins toute présence militaire étrangère sur son territoire, fidèle à sa doctrine de souveraineté. Une position parfois critiquée, mais qui lui confère une indépendance précieuse et renforce sa légitimité aux yeux de nombreux partenaires africains. Par ailleurs, l’armée algérienne a mené plusieurs opérations de neutralisation de groupes armés à la frontière avec le Mali, empêchant leur infiltration dans les territoires sahariens.
L’Algérie, un rempart historique contre le terrorisme
Depuis les années 1990, l’Algérie a mené un combat sans relâche contre les groupes terroristes, souvent au prix de lourds sacrifices. Son expérience dans la lutte antiterroriste et sa politique de déradicalisation sont reconnues à l’échelle internationale. Elle a su développer des capacités de renseignement, de surveillance des frontières et d’intervention militaire qui font aujourd’hui d’elle un partenaire stratégique pour la sécurité régionale.
Loin de se limiter à son territoire, l’Algérie a toujours milité pour une approche régionale et concertée de la sécurité, en favorisant la coopération entre pays voisins et en refusant toute ingérence étrangère qui pourrait déstabiliser davantage la région.
Un pilier humanitaire discret mais efficace
L’Algérie n’intervient pas uniquement sur le plan sécuritaire. Elle assume aussi une responsabilité humanitaire significative : elle accueille sur son sol des milliers de réfugiés sahéliens, principalement des Maliens fuyant les combats dans le nord du pays. Le Croissant-Rouge algérien, en coordination avec les autorités locales, prend en charge l’accueil, la santé et l’éducation de ces populations.
De plus, l’Algérie soutient des projets de développement à travers la formation de cadres sahéliens, des bourses universitaires, la coopération sanitaire et l’aide alimentaire. Elle finance également des projets d’infrastructure dans certaines zones enclavées du Niger et du Mali, afin de lutter contre les causes profondes de l’insécurité : pauvreté, marginalisation et absence de services publics.
Une posture de non-ingérence
La politique étrangère algérienne repose sur un principe fondamental : la non-ingérence dans les affaires internes des États souverains. Ce positionnement, bien qu’il ait suscité des malentendus notamment récemment avec le gouvernement de transition malien, est en réalité un gage de respect et de stabilité à long terme. L’Algérie ne cherche pas à imposer des modèles ou à influencer les choix politiques de ses voisins. Elle privilégie l’accompagnement diplomatique, le dialogue multilatéral et la recherche de consensus africains.
Le récent malentendu diplomatique avec le Mali découle en partie d’une interprétation erronée des intentions algériennes, qui visent essentiellement à encourager la mise en œuvre de l’Accord d’Alger. Plutôt que d’en faire un casus belli, l’Algérie a opté pour l’apaisement, en réaffirmant son attachement au dialogue avec Bamako et à la stabilité régionale.
Loin des effets d’annonce, l’Algérie agit avec constance, discrétion et sérieux. Elle ne cherche ni à dominer ni à se substituer aux souverainetés nationales. Elle propose une alternative africaine aux solutions imposées de l’extérieur. En cela, l’Algérie se positionne comme un médiateur crédible, un partenaire durable, et un rempart contre les ingérences nuisibles à la stabilité de la région.
Un rôle de médiateur et de garant de la paix
L’Algérie n’est pas seulement un acteur sécuritaire, elle est aussi un médiateur crédible et impartial. En 2015, elle a joué un rôle central dans la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, dit « Accord d’Alger », entre le gouvernement malien et les groupes armés du nord du pays. Ce processus de paix, soutenu par la communauté internationale, a été salué pour son impartialité et son ambition de stabiliser durablement le Mali.
Accuser aujourd’hui l’Algérie de duplicité revient à nier les années d’engagement diplomatique et militaire en faveur de la souveraineté et de l’unité du Mali. Une telle posture fragilise non seulement les relations bilatérales, mais aussi l’équilibre.
Accusations sans fondement dans un climat politique instable
Les récentes déclarations des autorités maliennes s’inscrivent dans un contexte de repli diplomatique et de tensions croissantes avec plusieurs partenaires traditionnels. Isolé sur le plan international, le régime de transition à Bamako semble chercher à détourner l’attention de ses propres difficultés internes en désignant des ennemis extérieurs. Il est regrettable que l’Algérie, reconnue par l’Union africaine, les Nations unies et d’autres grandes instances comme un modèle de résilience et de lutte contre le terrorisme, devienne la cible d’accusations aussi infondées qu’irresponsables.
La lutte contre le terrorisme dans le Sahel nécessite plus que jamais une coopération sincère et dépolitisée entre les États. L’Algérie, fidèle à sa doctrine de non-ingérence et à sa politique de bon voisinage, reste un acteur incontournable pour la stabilité du Sahel. Il est impératif que le Mali revienne à une approche constructive et reconnaisse la valeur de ses alliés naturels. Accuser sans preuves un pays qui a toujours été aux côtés du peuple malien ne fait que nuire aux intérêts communs de paix, de sécurité et de développement durable dans la région.
L’Algérie, sous la conduite du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, demeure profondément investie dans la recherche d’une paix durable au Sahel. Elle reste convaincue que seule une approche inclusive, respectueuse des souverainetés et ancrée dans les réalités locales permettra de répondre efficacement aux défis sécuritaires, politiques et sociaux de la région. Loin d’être affaiblie par les divergences passagères, la position algérienne s’en trouve renforcée par sa constance, sa cohérence et sa volonté d’agir dans l’intérêt de tous. C’est dans l’adversité que se mesure la sincérité des engagements et l’Algérie, aujourd’hui plus que jamais, prouve qu’elle est un pilier essentiel de la paix au Sahel.
C. L.
