
Lors de l’émission «Media Pro», diffusée dimanche sur la chaîne de télévision AL 24 News, deux journalistes aguerris, Fayçal Métaoui et Karim Bouaziz, ont décrypté la crise et le conflit armé actuel au Moyen et au Proche-Orient. Un conflit qui oppose l’Iran à l’entité sioniste et qui n’a d’illégal que son silence médiatique complice.
Que se passe-t-il ?
Dans la fournaise géopolitique du Moyen-Orient, une nouvelle page sanglante s’écrit entre Téhéran et l’entité sioniste, révélant la fracture morale et stratégique entre une puissance régionale enracinée dans sa souveraineté et un État occupant, surarmé, en perte d’ancrage civilisationnel. L’Iran, pris pour cible par des frappes israéliennes d’une violence sans précédent, a riposté avec fermeté en lançant une salve coordonnée de drones et de missiles contre plusieurs villes israéliennes, dont Tel-Aviv et Haïfa. Tandis que les médias occidentaux insistent sur les pertes sionistes, c’est en Iran que le tribu humain est le plus lourd, avec plus de 220 morts, majoritairement civils – victimes collatérales d’une opération baptisée “Rising Lion” visant, entre autres, des installations nucléaires civiles.
Cette escalade, que Téhéran qualifie de “néo-coloniale” et “existentialiste”, réactive l’axe de la résistance au sionisme, au moment même où l’économie israélienne vacille et que des voix internes dénoncent l’effondrement d’un projet devenu insoutenable.
Des appels à la retenue proviennent de l’Union européenne, de la Chine et de la Russie, qui a qualifié les frappes israéliennes de « non provoquées et inacceptables ». Les cours pétroliers ont connu une hausse transitoire, marquant l’inquiétude concernant le détroit d’Hormuz et sur la stabilité socioéconomique internationale. Le refus de l’Iran de négocier un cessez-le-feu sous les bombes, loin d’être de l’entêtement, s’inscrit dans une logique de dignité et de non-régression.
Une agression sioniste systémique
Pour Fayçal Métaoui, il ne s’agit pas d’un incident isolé mais d’un schéma d’agressions répétées. «Israël, l’entité sioniste, continue d’agresser ses voisins. Ce n’est pas la première fois qu’ils s’en prennent à l’Iran : ils ont déjà frappé la Syrie, le Liban, l’Irak, le Yémen… », rappelle-t-il. Ce cycle belliqueux s’inscrit dans une logique d’expansion et de domination régionale, dissimulée sous des slogans sécuritaires.
Plus encore, Métaoui dénonce un génocide silencieux à Ghaza, perpétré avec une impunité quasi totale. «On est aujourd’hui à presque 56000 morts. Les bombes à fragmentation, les charges explosives sont utilisées contre les civils, les femmes, les bébés. L’armée israélienne est peut-être la plus immorale du monde.»
Face à cette escalade, Téhéran a répondu par des frappes ciblées. Pour l’intervenant, cela s’inscrit dans une légitime défense conforme au droit international : «Les Iraniens sont dans leur droit. Ils ont été attaqués par une puissance étrangère. Ils ont le droit de répondre à cette agression.» En effet, selon les principes du jus ad bellum, un État attaqué conserve le droit de se défendre contre une agression armée.
Mais ce droit n’est visiblement reconnu que lorsqu’il est exercé par les puissances occidentales. L’Iran, de par son histoire, sa civilisation et sa posture indépendante, demeure l’un des derniers pôles de résistance face à une hégémonie qui ne se cache plus.
M. Métaoui va plus loin. Pour lui, cette guerre n’est pas simplement géopolitique ; elle est ontologique. «C’est aussi une guerre contre les civilisations anciennes : la Syrie, l’Irak, le Yémen, l’Iran… toutes sont des berceaux de civilisations millénaires.
La culpabilisation historique comme outil de domination
M.Karim Bouaziz, de son côté, interroge les fondations morales qui permettent à Israël de bénéficier d’une telle impunité internationale. Pour lui, tout part de l’instrumentalisation mémorielle post-Seconde Guerre mondiale : «Il y a cette culpabilisation européenne vis-à-vis de l’Holocauste. C’est ce que Norman Finkelstein appelait « l’industrie de l’Holocauste ».»
Ce mythe entretenu, même par des intellectuels sionistes, permettrait de justifier une croisade géopolitique contre tout pays qui défend la cause palestinienne. «Regardez : la Syrie, la Libye, le Yémen, l’Iran… tous ces pays ont un point commun : leur soutien à la Palestine. Le message est clair : vous soutenez les Palestiniens, vous serez punis.»
Bouaziz souligne également que cette guerre ne tombe pas par hasard. «Ces derniers mois, l’Iran multipliait les gestes diplomatiques vers ses voisins arabes. Des discussions avec l’Égypte, le Bahreïn, même l’Arabie saoudite. Un climat de détente prenait forme. Et c’est justement à ce moment qu’éclate la guerre.»
Deux récits pour une même attaque
L’attaque de missiles balistiques iraniens sur le territoire israélien, survenue dans la nuit de vendredi à samedi, n’a pas seulement secoué le ciel du Proche-Orient : elle a également mis en lumière les fractures profondes du journalisme contemporain, où chaque image, chaque silence, chaque cadrage devient un acte de guerre symbolique. Entre Fox News, vitrine conservatrice américaine, et Al Jazeera, média panarabe à la grille de lecture stratégique, deux univers médiatiques s’opposent — non sur les faits bruts, mais sur leur interprétation, leur hiérarchisation et leur incarnation.
Fox News, fidèle à sa ligne éditoriale pro-israélienne, livre un récit émotionnellement saturé, centré sur les souffrances israéliennes. Dans un reportage tourné à Tel-Aviv, le reporter parle, la voix lourde d’émotion, d’un enfant blessé, les mains bandées, errant devant un hôpital, la quête désespérée des secouristes cherchant d’éventuels survivants sous les décombres. Le bruit continu d’un drone de sauvetage, le mouvement lent d’une grue soulevant les gravats : tout concourt à installer une dramatisation télévisuelle.
Tout contribue à un storytelling victimaire calibré. «Fox News est une chaîne proche des conservateurs aux États-Unis. Elle a toujours défendu les thèses sionistes et vous avez vu comment ils étaient en train de reprendre la propagande de l’armée sioniste dans leurs alertes urgentes», rappelle Fayçal Métaoui, observateur des médias internationaux.
Il souligne également le deux poids deux mesures manifeste : «On n’a jamais vu un reportage montrant au moins quelques images des bombardements sur Ghaza, qui se poursuivent depuis presque deux ans maintenant. Mais là, dès que Tel-Aviv est touchée, un journaliste est déjà sur place, caméra au poing».
L’Occident est en crise morale
Dans une intervention percutante, le journaliste Fayçal Métaoui a dressé un réquisitoire sévère contre l’inaction et l’hypocrisie des puissances occidentales face à la politique israélienne, notamment dans le contexte de l’agression contre l’Iran. Il dénonce une logique de « deux poids, deux mesures », où le droit international est invoqué de manière sélective.
« L’entité sioniste ne croit pas à la paix, le gouvernement actuel de Netanyahou ne croit pas du tout à la solution à deux États », affirme Métaoui, en rappelant que « la solution des deux États est pourtant une solution reconnue par le droit international ».
Il évoque le report du Congrès prévu à New York en juin à l’initiative de Paris, qui devait traiter de cette solution. Ce report symbolise, selon lui, le désintérêt croissant des puissances pour une paix réelle.
Des réactions régionales fermes… mais ignorées
Suite à l’attaque israélienne contre l’Iran, plusieurs pays de la région ont dénoncé fermement l’agression. L’Irak, l’Arabie saoudite, le Qatar ainsi que l’Algérie ont pris position. Ce dernier pays, par la voix de son représentant permanent auprès de l’ONU, Amar Bendjama, a parlé d’une « violation claire de la Charte des Nations unies ».
« Ce sont des réactions légitimes et normales dans ce genre de situation », estime Métaoui, qui appelle à la défense du droit international face à la barbarie.
Fayçal Métaoui accuse ouvertement la France, l’Allemagne et les États-Unis de couvrir les agissements israéliens sous prétexte de sécurité nationale.
« On parle du droit de l’entité sioniste à se défendre, même lorsqu’elle tue des bébés et des enfants », dit-il avec amertume, évoquant les bombardements à Ghaza et en Jordanie. « Tous les États ont le droit de se défendre… quand ils sont agressés. Là, c’est l’inverse ! »
Cette hypocrisie flagrante révèle, selon lui, une « crise morale profonde de l’Occident », dont la position sur les conflits révèle « les limites du Conseil de sécurité de l’ONU et l’imposture des discours sur les droits humains ».
La route de la soie chinoise
Selon M. Métaoui, les récentes tensions ne sont pas seulement géopolitiques : elles visent aussi à perturber un équilibre économique régional en construction, notamment autour de la Chine.
« Le Moyen-Orient commençait à se stabiliser, à aller vers le commerce et l’ouverture, notamment grâce au projet économique chinois de la nouvelle Route de la soie », explique-t-il. « Ce projet d’intégration régionale inquiétait déjà les États-Unis et leurs alliés. »
De plus, Métaoui voit dans les récents événements un possible tournant : pour la première fois depuis longtemps, Israël est frappé au cœur par un État souverain.
« C’est la première fois depuis Saddam Hussein qu’il y a une guerre directe avec un État comme l’Iran », note-t-il, ce qui marque peut-être « un changement dans l’équilibre des forces au Moyen-Orient. »
La richesse des sociétés arabes comme cible
Et si le chaos au Moyen-Orient n’était pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une stratégie mûrement réfléchie ? Karim Bouaziz évoque dans une autre intervention, les mécanismes d’une déstabilisation régionale qui semble répondre à un projet : celui de la fragmentation, voire de la disparition des sociétés arabes unies et plurelles. Pour Bouaziz, des sociétés comme l’Irak, la Syrie ou l’Iran représentaient des modèles multiculturels remarquables.
“Quand on voit la Syrie, l’Irak… il y avait de tout. Ce qu’ont réussi les régimes arabes, c’est ce que n’avaient pas réussi à faire les pays européens.”
Netanyahou brûle la maison qu’il a prise
Fayçal Métaoui partage ce constat d’échec du projet sioniste, mais il y ajoute une fracture interne souvent oubliée : “La société juive a toujours été divisée entre ashkénazes et séfarades. Les séfarades, les Juifs d’Orient, n’ont jamais eu les mêmes avantages.”
Pour lui, cette scission interne mine la cohésion du projet israélien.
Et aujourd’hui, il va plus loin encore :“Netanyahou est en train de détruire l’entité sans la défendre.”
Il égrène les signes visibles d’un effondrement : “L’aéroport Ben-Gourion est fermé. Le port de Eilat, bombardé par l’Iran, est fermé. Le port de Haïfa aussi. Il n’y a plus de marchandises qui rentrent.”
Vers un embrasement total ?
Les paroles croisées de Bouaziz et Métaoui esquissent un même tableau : celui d’une guerre à la fois externe et interne, visible et invisible.
Un conflit où l’objectif n’est plus seulement le territoire, mais la destruction du lien social, de la mémoire, de la cohésion des peuples.
Au regard des déclarations des deux journalistes, ce conflit armée, est bien plus qu’une escarmouche régionale. Il est l’expression d’une fracture civilisationnelle, d’une tension entre un ordre mondial occidental en déclin, et des puissances émergentes qui refusent la soumission.
La guerre qui se dessine ne se joue pas seulement entre missiles et drones. Elle se joue dans les discours, les récits, les consciences. Et dans ce théâtre tragique, chaque bombe larguée sur Tel-Aviv ou Haifa, chaque missile intercepté au-dessus de Téhéran, vient poser une seule et même question :Qui a encore le droit de se défendre ? Et qui a décidé de ceux qui n’en ont plus le droit ?
G. Salah Eddine
