Légalisation du commerce du cabas : Passer de l’informel au formel

Conformément aux orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, un décret exécutif, publié dimanche, dans le dernier Journal officiel, vient redéfinir le cadre réglementaire de l’importation à petite échelle. Le décret s’intègre formellement dans l’architecture économique nationale par l’intermédiaire du statut d’auto-entrepreneur.

Des jeunes à la recherche d’un avenir, détournement de produits, pas de contrôle fiscal pertinent et corruption. Bienvenue dans le quotidien invisible de ceux qui faisaient vivre le “commerce du cabas”, une économie parallèle, dynamique, mais dangereusement instable. Ce qui représentait environ 2 milliards de dollars de revenu annuel informel vient de passer du côté formel. Une aubaine pour les jeunes, une opportunité pour le pays.
La semaine dernière encore, dans des marchés de gros comme ceux de Belfort, El-Mohammadia ou dans les marchés de Sétif et d’Oran, les jeunes vendaient des téléphones avec parfois plus de 7000 dinars de marge sur chaque pièce. Un calcul d’enfant suffisait : une dizaine de téléphones, et c’est le salaire d’un mois. Mais entre les douanes, les règles floues, les taxes démesurées et les interventions nécessaires pour “arranger”, tout reposait sur des nerfs solides et une bonne dose de chance.
Les jeunes arrivaient à contourner tous ça, mais cela ne rendait pas service à notre pays et ces «commerçants» se mettaient dans des postures illégales. Et parfois, ce n’était même pas eux qui prenaient le risque.
Les retraités des compagnies aériennes — habitués à voyager avec des billets à prix symbolique (les fameux GP, payés à 7000 DA pour un Alger-Dubaï par exemple) — étaient sollicités, payés pour transporter des produits à leur nom. Une sorte de pacte tacite : tu voyages, on paie tout, ton GP, ton hôtel, tu ramènes ce qu’on te dit, et tout le monde « y gagne».
Mais en cas de pépin, ce sont eux qui étaient en première ligne. Un contrôle, une suspicion, une déclaration imprécise, et c’était la panique. Aucun contrat, aucune couverture. Et souvent, il fallait appeler “quelqu’un”, mobiliser un piston ou payer pour que tout disparaisse.
Ce système n’était pas seulement précaire, il tenait à un fil.
Ceux qui voulaient importer à petite échelle ou bâtir un petit business étaient en permanence sur la corde raide. Et pourtant, ils faisaient tourner les marchés, ils répondaient à une vraie demande locale, ils proposaient ce que les circuits officiels prenaient du temps à faire. L’État algérien a longtemps fait face à un dilemme : comment encadrer ces flux sans les étouffer, tout en préservant les équilibres macroéconomiques ?
C’est dans ce contexte que le décret exécutif récemment publié vient introduire un encadrement normatif robuste et cohérent, permettant de canaliser cette dynamique économique dans un circuit régulé, lisible et compatible avec les ambitions nationales en matière de souveraineté économique, de fiscalité équitable et de professionnalisation du tissu entrepreneurial.
Pour faire simple, ce décret ne fait pas qu’encadrer une pratique. Il légitime une réalité. Il offre une solution pour toutes les parties. Il bénéficie au pays et réédite l’économie informelle.

Que dit concrètement ce décret ?

C’est très simple mais précis. L’activité est, tout d’abord, réservée aux personnes physiques, opérant seules, sous le statut d’auto-entrepreneur. Pas de société, pas d’intermédiaire. Juste une personne, un projet, une responsabilité.
Chaque importateur peut effectuer deux déplacements par mois à l’étranger, avec une valeur maximale de 1,8 million de dinars en marchandises par voyage. Donc 3.6 millions de dinars par mois, ce qui est énorme pour les micro-entreprises.
Pas de transformation, pas de reconditionnement : les produits doivent arriver tels quels, pour répondre directement aux besoins du marché local, sans déséquilibrer la production nationale.
Pour que cette nouvelle porte ne soit pas un labyrinthe administratif de plus, l’État mise sur la fluidité et l’incitation. Pas de registre de commerce, pas de licence d’importation, pas de formalités interminables. En contrepartie : une affiliation à la CNAS, un compte en devises à la Banque extérieure d’Algérie et, surtout, une carte d’auto-entrepreneur spécifiant l’importation à petite échelle, délivrée avec une autorisation valable un an, renouvelable, gratuite, personnelle, et incessible. La carte d’auto-entrepreneur prend donc encore plus de place dans l’échiquier économique national. Tout est pensé pour laisser place à ceux qui veulent bosser, sans tricher, sans détour.

Être transparent

De plus, le dispositif repose sur une exigence claire de transparence :
le porteur de projet ne peut exercer aucune autre activité rémunérée. Ni en entreprise, ni en commerce, ni en libéral. L’idée est simple : éviter les contournements, les doubles casquettes, les accumulations douteuses. Pour garantir la traçabilité, une plateforme numérique nationale verra le jour. Avant chaque voyage, l’importateur devra y déclarer ce qu’il va ramener : type de produit, quantité, valeur estimée.
Un clic, une validation.
Mais aussi une règle stricte : tout oubli, toute fausse déclaration, et c’est la radiation directe du registre de commerce. Une radiation à vie ! D’où la nécessité de ne pas jouer au plus malin. Autre avantage : le commerçant bénéficie désormais d’un régime comptable allégé, assuré par les services fiscaux compétents, et d’un droit de douane réduit à 5 % encadré par un traitement fiscal spécifique. De quoi encourager au maximum l’adhésion à ce nouveau système.

Un décret juste pour la nouvelle génération

Ce décret, ou plutôt cette réforme, ne veut pas créer un nouveau chaos. Elle veut créer de la confiance.
Une relation nette entre l’État et le citoyen, sans guichet opaque, sans piston, sans petit papier sous la table.
Et derrière cette structure, ce qu’on lit, c’est une volonté assumée de faire bouger les lignes. De ne plus freiner ceux qui avancent. De construire, pierre par pierre, une économie plus juste, plus réelle, plus accessible. C’est simple, c’est clair, et surtout c’est juste. Et au fond, ce décret n’est pas qu’un outil douanier. C’est une manière de dire à toute une génération : “On vous voit. On vous comprend. Et on vous tend la main.” Il transforme une économie de survie en une économie d’avenir. Il ouvre une porte entre le Sud global et les marchés du monde. Il rend la débrouille légitime, visible, intégrée.
Ce mécanisme représente une expérimentation institutionnelle de nouvelle génération qui pourrait, à terme, servir de modèle à d’autres secteurs de l’économie informelle cherchant à intégrer la sphère productive nationale sans rupture brutale. Parce qu’au bout du compte, dans notre pays en pleine ascension économique, tout le monde aura sa chance. Aussi, dans notre pays qui regorge de talents, il est crucial de tirer parti du maximum possible. Cela passe donc par la réduction de l’informel qui représente, malheureusement, un grand pourcentage de notre économie et qui doit disparaître pour nous pousser vers le sommet. Permettre à quelqu’un sans grand budget d’importer légalement des cartons, ce n’est pas juste de l’économie, c’est de la sociologie, c’est lui donner une chance de grandir et de créer des emplois et de la richesse. C’est surtout une vision éclairée. C’est de la dignité.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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