Tension France-Algérie, Projet personnel de Retailleau : Une dérive aux conséquences lourdes

Sur fond de crispations croissantes entre Alger et Paris, trois voix autorisées – le géopoliticien Badis Khenissa, le journaliste franco-algérien Gamal Abina, et l’expert parlementaire Mohamed Hani – ont livré une analyse percutante de la dynamique actuelle entre les deux pays, lors d’un plateau intitulé «Tasaolat» diffusé samedi dernier sur Ennahar TV.

Tous convergent vers un même constat : l’escalade verbale orchestrée par Bruno Retailleau, ministre français de l’Intérieur, relève d’un projet politique personnel fondé sur la provocation, au détriment des intérêts stratégiques franco-algériens.
Pour Badis Khenissa, cette offensive verbale n’est pas un accident, mais une stratégie calculée :
«Le timing électoral est fondamental. Retailleau n’était rien avant, et il tente désormais d’instaurer une diplomatie parallèle à la voie officielle française. C’est un braconnage électoral qui vise à capter les voix xénophobes, à séduire la frange nostalgique de l’Algérie française.»
L’expert rappelle que cette posture va à l’encontre des conventions internationales, notamment la Convention de Vienne, et qu’elle vise à «saboter les relations bilatérales». Il va plus loin en évoquant les racines idéologiques de cette démarche :
«Retailleau incarne un projet politique porté par une oligarchie qui rêve de restaurer une France judéo-chrétienne impériale. Ce qui dérange, c’est l’Algérie rayonnante, souveraine, qui affirme sa voix à l’international.»

Une France en crise qui cherche un exutoire
Le journaliste franco-algérien Gamal Abina dénonce de son côté, une manœuvre de diversion destinée à occulter une crise française multidimensionnelle :
«On assiste à une crise économique violente, une panne d’investissement, une panne de projet de société et surtout une crise identitaire profonde. Retailleau détourne l’attention vers l’Algérie pour masquer l’échec de la classe politique française.»
Selon lui, cette stratégie rappelle les heures les plus sombres de l’histoire européenne :
«C’est une croisade identitaire, menée par un catholique intégriste. Retailleau rêve de restaurer la France d’avant 1962. Il instrumentalise la mémoire coloniale et fait des Algériens le bouc émissaire de tous les maux. »
Abina insiste : «On a retiré le voile. C’est une campagne anti-algérienne ouverte. Il ne s’en cache même pas.» Pour lui, le retour en force d’un discours « algérianophobe » est révélateur d’une France qui n’a jamais digéré la perte de son empire colonial.

Un dommage concret pour les relations bilatérales
Par ailleurs, intervenant par appel téléphonique sur la même émission, Mohamed Hani, expert parlementaire, met en garde contre les conséquences concrètes de cette dérive :
«Depuis un an, le projet de Retailleau met en péril une relation historique. Ce n’est plus une affaire politique interne : ce sont les intérêts économiques et sociaux des deux États qui sont affectés. Les entreprises françaises en Algérie souffrent. De même que les entreprises algériennes qui ambitionnaient d’accéder au marché français.»
Il ajoute : «L’agenda personnel de Retailleau ne peut se faire au détriment d’une histoire partagée. Il faut dénoncer cette instrumentalisation qui nuit aux deux peuples.»
En toile de fond, l’Algérie apparaît comme un acteur autonome, sûr de ses alliances internationales et de son destin. Cela dérange certains cercles parisiens, comme l’explique Khenissa :
«Ils ont du mal à voir cette Algérie qui n’est pas isolée, mais qui rayonne et construit des relations fondées sur la confiance. L’agressivité de Retailleau est la réponse prévisible de cercles médiatico-politiques français qui ne supportent pas cette réalité.»

Quand l’obsession politique sabote les intérêts économiques
Alors que l’Algérie multiplie les partenariats économiques avec des puissances européennes comme l’Italie et l’Espagne, la France, elle, s’enlise dans une logique contre-productive dictée par une posture idéologique. Lors de leurs interventions, les experts Badis Khenissa et Gamal Abina ont dénoncé une fracture de plus en plus profonde entre la parole politique française et ses intérêts économiques, alimentée par le tropisme identitaire et électoraliste du ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau.
Pour Badis Khenissa, deux voies irréconciliables s’affrontent aujourd’hui au sein de l’État français :
«Il y a d’un côté la voie officielle, celle du dialogue et du respect mutuel, qui avait été ravivée après l’entretien du 31 mars entre nos deux présidents… Et de l’autre, une voix dissonante, celle de Bruno Retailleau, qui a troqué son agenda personnel contre l’intérêt des Français.»
Khenissa insiste : l’Algérie, depuis ce dialogue présidentiel, avait tendu la main, relançant la coopération sécuritaire et diplomatique. Mais Retailleau, par ses prises de position clivantes, a volontairement élargi le fossé entre les deux pays.

Des pertes colossales pour l’économie française
La conséquence directe de cette attitude, selon Khenissa, est un affaiblissement concret de la position économique française en Algérie :
«Plus de 450 PME françaises opèrent en Algérie. Or, ce sont elles les premières victimes. On parle de 2 à 3 milliards d’euros de pertes en trois ans.»
Face à cette situation, les entreprises françaises elles-mêmes s’alarment :
«Les opérateurs économiques installés en Algérie ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme contre un ministre qui confond ses ambitions personnelles avec les intérêts de son pays. Retailleau est devenu un facteur de risque.»
En comparaison, les relations économiques algéro-italiennes et algéro-espagnoles connaissent une croissance fulgurante :
«+18 % avec l’Italie, +12 % avec l’Espagne, pendant que la France s’effondre à -15 %. Sa part de marché en Algérie est passée de 12 à 7 % entre 2022 et 2024.»

L’Algérie s’émancipe, la France s’isole
Pour Gamal Abina, cette attitude française découle d’un traumatisme non digéré :
«La France n’a jamais encaissé sa défaite en Algérie. Alors qu’elle pourrait aujourd’hui bénéficier d’une dynamique positive de co-développement, elle préfère s’enfermer dans une posture dogmatique.»
Il rappelle que l’Algérie ne dépend pas de la France ni pour sa croissance ni pour son développement :
«On n’a pas besoin de parfum ni d’armement français. Ce qu’on exige, c’est du respect. Et aujourd’hui, l’Algérie trace sa voie, dans une logique de souveraineté et de réciprocité.»
Abina déplore une attitude d’arrogance française qui se traduit par des comportements hostiles jusque dans les aéroports :
«Il m’est arrivé de voir un avion algérien se faire refuser le déploiement de la passerelle ou le décollage par la tour de contrôle française. À la sortie, des contrôles policiers dignes d’une zone de guerre.»

L’exemple allemand vs l’échec français
Gamal Abina compare la stratégie allemande à celle de la France pour souligner l’échec de cette dernière :
«L’Allemagne, après la réunification, a reconnu ses fautes et a investi dans l’Est. Elle a créé de la richesse, et c’est ce qui fait sa puissance industrielle aujourd’hui.»
En revanche, la France, selon lui, a offert à l’Algérie une relation déséquilibrée :
«Elle a imposé une usine ridicule avec Carlos Ghosn qui n’a produit que 40 000 véhicules en SKD. Pas d’emplois, pas de transfert de technologie, pas de création de valeur.»
En face, l’Italie, avec Fiat, propose une colocalisation industrielle réelle :
«L’Italie investit dans la filière laitière, l’agriculture, l’automobile, avec une logique gagnant-gagnant. C’est ce que la France a été incapable de faire.»
À l’heure où les entreprises françaises cumulent jusqu’à 18 milliards d’euros de pertes potentielles, le choix de Bruno Retailleau de mener une « croisade politique » est perçu comme suicidaire par les experts :
«Retailleau ne représente pas les intérêts de la France, mais sa propre ambition présidentielle. Et ce sont les Français eux-mêmes qui paient le prix fort de cette dérive», conclut Gamal Abina.
L’Algérie, de son côté, s’ancre dans une stratégie géoéconomique ambitieuse, tournée vers des partenaires fiables. L’heure n’est plus aux postures coloniales, mais aux rapports d’égal à égal. Reste à savoir si la France saura, un jour, le comprendre.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

Jeux africains scolaires, Algérie 2025 (26 juillet-5 août): L’Algérie décroche le bronze au tennis de table

dim Août 3 , 2025
La sélection algérienne de tennis de table a conclu sa participation aux 1ers Jeux africains scolaires sur une note encourageante, décrochant une médaille de bronze porteuse d’espoir. Si elle n’a pas atteint la finale, la jeune équipe nationale a su faire parler d’elle par son esprit combatif, sa discipline irréprochable […]

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37