Marché mondial des Hydrocarbures : l’Algérie signe son grand retour

L’Algérie signe son grand retour sur le marché mondial des hydrocarbures, portée par une conjoncture géopolitique favorable.
Sous la direction du Président Tebboune, une vision stratégique renouvelée et un cadre réglementaire modernisé ont fait de l’Algérie un acteur courtisé par les géants de l’énergie. Cette remontée en puissance, méthodique et assumée, fait d’elle l’un des pôles d’attraction majeurs pour les investissements énergétiques en Afrique du Nord.

Dix ans après l’échec de son dernier cycle d’appels d’offres, l’Algérie signe son grand retour sur le marché mondial des hydrocarbures. Portée par une conjoncture géopolitique favorable, une vision stratégique renouvelée et un cadre réglementaire modernisé, elle redevient un acteur courtisé par les géants de l’énergie. Cette remontée en puissance, méthodique et assumée, fait d’elle l’un des pôles d’attraction majeurs pour les investissements énergétiques en Afrique du Nord.

Le redéploiement de l’Algérie dans le secteur des hydrocarbures s’inscrit dans un contexte international tendu : crise énergétique en Europe, volatilité des marchés asiatiques et tensions géopolitiques dans les zones productrices traditionnelles. Ce contexte redonne à l’Algérie une valeur stratégique évidente, tant par sa proximité avec le Vieux Continent que par sa stabilité politique interne, aujourd’hui consolidée.
Un article de la plateforme économique Arabian Gulf Business Insight, signé par l’expert Geoff Porter, souligne l’intérêt renouvelé des investisseurs pour le marché algérien. « La combinaison entre proximité géographique, neutralité diplomatique et potentiel de développement fait de l’Algérie une destination énergétique stratégique », écrit-il. L’Algérie, en se positionnant à équidistance des tensions de l’Est et de l’Ouest, tire habilement parti de son rôle de puissance d’équilibre méditerranéenne.

Relance des appels d’offres
Sur le plan interne, plusieurs signaux positifs ont rassuré les opérateurs : regain sécuritaire, gouvernance plus lisible et surtout réforme du cadre juridique. La loi sur les hydrocarbures de 2019, longtemps restée en jachère à cause du contexte sanitaire et de certaines résistances institutionnelles, est désormais pleinement activée. Elle offre des incitations fiscales, des garanties juridiques et une meilleure flexibilité contractuelle. Ce nouvel environnement, conjugué à la crise énergétique en Europe et à la volonté des majors de diversifier leurs sources d’approvisionnement, replace l’Algérie dans les calculs stratégiques des grands groupes mondiaux.
Dans ce sens et afin de capter les flux d’investissement, l’Algérie articule sa stratégie autour de deux mécanismes. D’une part, elle a relancé les appels d’offres internationaux, gelés depuis plus de dix ans. D’autre part, elle multiplie les négociations bilatérales de gré à gré, mieux adaptées aux exigences des grands groupes.
Le 17 juin 2025 a marqué un tournant : Alger a officiellement clôturé sa première ronde de licences pétrolières et gazières depuis l’échec de 2014, où l’absence d’intérêt étranger avait laissé Sonatrach seule en lice. Cet épisode avait conduit à une réforme majeure, avec la promulgation en 2019 d’une nouvelle loi sur les hydrocarbures, plus incitative fiscalement. Mais la pandémie de Covid-19 et d’autres facteurs ont retardé sa mise en œuvre.
Le bilan de cette relance est jugé encourageant : sur les six blocs proposés, cinq ont trouvé preneur. Parmi les bénéficiaires figurent de grandes compagnies comme Sinopec (Chine), TotalEnergies (France), Eni (Italie) et QatarEnergy.
Ces nouveaux contrats couvrent une période de 30 ans, avec une phase d’exploration de sept ans. Ce modèle hybride, alliant sécurité contractuelle de long terme et flexibilité exploratoire, séduit les grandes compagnies. Il reflète aussi la volonté de Sonatrach et de l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (ALNAFT) d’ancrer les projets dans la durée et d’impliquer les partenaires dans le développement technologique local.
Pour Samir Bakhti, président de l’Agence nationale ALNAFT, ces résultats suffisent à justifier une nouvelle ronde d’appels d’offres avant la fin de l’année. Ce calendrier progressif permet de maintenir l’intérêt des investisseurs tout en affinant les conditions de participation

La diplomatie énergétique
En parallèle des appels d’offres, l’Algérie mène une politique discrète mais déterminée de négociations de gré à gré avec les géants du secteur. Cette approche permet d’adapter les termes des contrats aux besoins spécifiques des partenaires, tout en préservant les intérêts stratégiques du pays.
Les visites successives, en juin et juillet 2025, de délégations de Chevron et ExxonMobil à Alger témoignent de ce regain d’intérêt. Le président Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs personnellement reçu, le 25 juin, des responsables d’ExxonMobil, au lendemain d’une audience accordée à une délégation de Chevron. Quelques jours plus tard, le ministre de l’Énergie Mohamed Arkab s’entretenait à nouveau avec les dirigeants d’ExxonMobil, consolidant un dialogue continu.
Ces géants américains, ainsi que d’autres opérateurs multinationaux comme Eni, Shell ou encore Occidental Petroleum sont autant de groupes qui devraient se propager sur le marché algérien.
Chevron, par exemple, explore des opportunités liées aux hydrocarbures non conventionnels, tandis qu’ExxonMobil discute directement avec Sonatrach de projets structurants. Cette dynamique reflète un changement d’approche : l’Algérie ne se contente plus d’attendre les investissements — elle va activement à leur rencontre dans une logique de co-construction.

Quel impact macroéconomique à moyen terme ?
Dans une ère post-COVID marquée par les transitions énergétiques, l’Algérie tire également parti de son rôle de hub entre l’Afrique subsaharienne, l’Europe et le Bassin méditerranéen. Elle offre un accès direct à des marchés en tension notamment l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne tout en consolidant ses relations sud-sud avec les BRICS et les pays du Golfe.
L’infrastructure existante, notamment les gazoducs Transmed (vers l’Italie) et Medgaz (vers l’Espagne), constitue un atout logistique majeur. À cela s’ajoute la volonté d’accélérer les projets de gaz naturel liquéfié (GNL) dans le but de renforcer la flexibilité des exportations et d’atteindre les marchés asiatiques.
Le retour en force de l’Algérie sur le marché mondial des hydrocarbures pourrait donc avoir un impact significatif sur ses fondamentaux macroéconomiques. Les recettes d’exportation, dopées par la hausse des volumes et la diversification des partenaires, devraient consolider les réserves de change et réduire la dépendance au financement interne.
De plus, le transfert technologique attendu dans le cadre de ces nouveaux partenariats contribuera à moderniser l’écosystème énergétique national, en favorisant l’emploi qualifié, l’innovation locale et l’intégration industrielle.
Si ce retour est encore en phase de structuration, les signaux sont clairs : l’Algérie est de nouveau perçue comme une puissance énergétique fiable, ambitieuse et tournée vers l’avenir. Elle ne se contente plus de jouer un rôle d’exportateur passif, elle cherche désormais à peser dans la redéfinition des flux énergétiques mondiaux.
Le pari algérien repose sur une alchimie complexe : stabilité politique, attractivité contractuelle, agilité diplomatique et vision à long terme. Poursuivant sur cette lancée, l’Algérie transformera cette fenêtre d’opportunités en levier durable de croissance et de souveraineté économique.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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