France : Une austérité sous tension révélatrice d’un naufrage politique

Alors que le gouvernement français s’apprête à imposer une loi de rigueur budgétaire dès 2026, la mesure est déjà perçue comme le révélateur d’un affaiblissement institutionnel profond dans un climat politique fracturé, une économie en perte de souveraineté et une société à bout de souffle. Deux voix critiques – Gamal Abina, journaliste franco-algérien, et Badis Khenissa, expert en géopolitique – ont dressé lors de l’émission «Tassaoulat», diffusée samedi dernier sur Ennahar TV, un diagnostic sévère de ce qu’ils nomment une austérité sous contrainte, sans cap ni projet.

Pour Gamal Abina, cette politique de rigueur n’est ni nouvelle ni conjoncturelle. Elle est structurellement ancrée dans les engagements européens de la France : «Macron est coincé. Il obéit au diktat des critères de Maastricht. Il faut maintenir le déficit sous 3 %, alors qu’il dépasse déjà les 6 %. Mais cette rigueur, ce n’est pas un choix de souveraineté, c’est un alignement forcé.»
Ce choix technocratique, selon lui, trahit une incapacité à penser une relance et sacrifie d’abord les plus fragiles :
«L’austérité frappe toujours les plus pauvres en premier. Ensuite vient le tour de la classe moyenne. C’est une mécanique connue : moins de social, moins de soutien aux entreprises. C’est la logique du “débrouillez-vous”.»

Un écran de fumée politique
Badis Khenissa va plus loin : il qualifie cette loi de rigueur d’“anesthésiant électoral”, destiné à masquer l’effondrement politique en cours :
«Ce plan d’austérité présenté comme un remède est en réalité un sédatif. Il arrive dans un contexte où la France s’écroule diplomatiquement et économiquement. Plutôt que de nouer des alliances stratégiques, elle se replie sur elle-même.»
Le timing de cette annonce, selon lui, n’est pas neutre :
«Nous sommes à la veille des municipales, avec en toile de fond une possible dissolution. Tous les agendas se bousculent, les repères s’effondrent et l’extrême droite pourrait rafler la mise.»
Pour Gamal Abina, l’austérité devient une arme entre les mains des ultra-conservateurs, à commencer par Bruno Retailleau, qu’il qualifie de :
«Zemmour plus acceptable. C’est l’extrême droite qui ne dit pas son nom, mais qui porte le même projet xénophobe, raciste, identitaire. Retailleau, c’est l’homme de Bolloré, de De Villiers, du christianisme politique fanatisé.» Il avertit contre une stratégie de chaos volontaire :
«Retailleau ne démissionnera jamais. Il instrumentalise l’austérité pour se poser en martyr de la rigueur, se constituer un socle électoral et prétendre ensuite revenir comme sauveur. C’est une manœuvre cynique, mais dangereuse.»

La France à la dérive
M. Khenissa, de son côté, décrypte la situation comme un effondrement de la grille politique traditionnelle :
«Il n’y a plus de gauche ni de droite. Il n’y a plus de centre. Il ne reste qu’une règle : gagner les élections, coûte que coûte. Et dans ce désert idéologique, l’extrême droite progresse.»
Il souligne également une perte de cohérence stratégique de l’État français : «Alors que la France devrait construire des partenariats économiques d’avenir, notamment avec l’Algérie, elle fait tout l’inverse. Retailleau, par ses outrances, compromet ces partenariats. Et cette austérité n’est que le symptôme d’un pouvoir en chute libre.»
Les deux experts opposent la rigueur française au modèle algérien, que Retailleau ne cesse pourtant de stigmatiser :
«L’Algérie, contrairement à la France, ne choisira jamais l’austérité. Elle a une économie florissante, des transferts sociaux solides, une diversification assumée. Retailleau devrait en tirer des leçons, au lieu de se ridiculiser dans des discours haineux.» — Badis Khenissa.

Impasse économique
La critique est implacable : cette loi budgétaire, loin d’être un projet de redressement, révèle plutôt l’absence d’alternative réelle au sein de la classe politique française :
«L’extrême droite n’a jamais eu de programme. Son seul projet, c’est la peur, la division, la stigmatisation. Et Retailleau en est le relais actif. Son projet, c’est de casser la France en deux, pas de la gouverner.» — Khenissa.
«Aujourd’hui, la France n’a plus de vision économique ni de cap diplomatique. Cette rigueur est une fuite en avant, une manière d’éviter de dire qu’on ne sait plus gouverner.» — Abina.
Alors que les conséquences sociales s’annoncent lourdes et que l’extrême droite capitalise sur la colère populaire, la France semble entrer dans une phase d’austérité politique et morale, bien plus préoccupante que le simple équilibre budgétaire. Pour les deux experts, la question n’est plus seulement économique :
« Est-ce que ces hommes aiment leur pays ? » s’interroge Gamal Abina.
« Ou bien sont-ils les architectes de son déclin programmé ? ». Ce projet de rigueur budgétaire cristallise donc bien plus qu’une crise économique : il incarne le délitement d’un modèle politique à bout de souffle, où l’austérité devient l’écran d’un vide stratégique et moral.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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