
Après plus d’une décennie d’absence, revoilà Mami, toujours cheb (jeune). «Faites de l’espace, laissez passer, le prince est de retour !», semblait se dire tout Tunis, la semaine passée, pour accueillir la star mondiale algérienne. Son passage a été, sans doute, le grain de sel qui a ajouté une dose supplémentaire de saveur au renommé festival international de Hammamet.
L’attente a été certainement longue pour son public, elle fut dure aussi pour l’artiste qui a dû traverser une pénible période de sa vie. Mais la page est bien tournée. Le prince du raï se relève bien de son traumatisant plongeon. Il a repris à vivre. Et faire vivre son public. «Mon retour ne pouvait se faire qu’à partir de l’Algérie, ou de la Tunisie. Le bon Dieu a voulu que ce soit de Hamammet», commentait cheb Mami, au bout de son grandiose concert à Hammamet, vendredi 8 août. Mami était à l’affiche à guichets fermés depuis plus d’un mois, s’il vous plaît ! Ce soir-là, les fans avaient pointé 4 heures avant l’ouverture des accès. On a fait la queue, longue, et pendant longtemps. Tout compte fait, il s’avère que c’est le concert qui a drainé le plus de monde lors de ce festival. Places et allées étaient bien occupées. Impossible de retrouver un objet qui vous tombe à terre. Les présents qui ont bien rempli le Théâtre de verdure de l’accueillante ville tunisienne n’ont rien regretté de leur soirée, excepté un détail : tous auraient souhaité que Mami chante un peu plus et aille au-delà du temps défini de son concert. Normal, ils n’ont pas vu le temps passer. Ce fut un agréable voyage dans le temps, empreint de nostalgie, de bonheur et d’amour. Les férus planaient dans le ciel ! Sur un vol qu’ils n’auraient jamais souhaité voir atterrir. L’embarquement a été doux et triomphal ! Le prince qui s’est mué en commandant a d’entrée fait voler le théâtre sous les airs d’”Azwaw” reprise à Idir en version «Au pays des merveilles». Puis Mami enchaîne comme au bon vieux temps. «Cheikh», «Rani maàk El Youm», «Zaâzaâni khatri west Elil», «Fatma»… Au milieu, il ne manquera pas de glisser un intermède purement tunisien avec «Jari Ya Hamouda», pour titiller la fibre locale. Dans les gradins, on s’en est donné à cœur joie. Hommes, femmes, on s’est bien laisser emporter par la vague de douceur avec des déhanchés parfois instantanés. Les souvenirs remontaient à la surface. C’est tout de même des tubes qui remontent à des décennies, mais qui emballent toujours. Certains ont refait leurs 20 ans. Leur progéniture découvre, partage et apprécie tout autant.
ALGER, ORAN, PARIS, TROIS AUTRES CONCERTS EXCEPTIONNELS ANNONCÉS
Sur scène, Mami, plutôt sobre, en tee-shirt, pantalon et baskets noires, fait toujours de l’effet. Le talent est intact. Il joue de sa voix comme d’un accordéon. Esquisse de discrets pas de dance qui ont fait écarquiller des yeux. La gestuelle est parfaite. Les yeux parfois larmoyants, rajoutent au regard innocent. L’alchimie passe bien avec le public. Trop bien même. Des souvenirs se sont éveillés. Il faisait vraiment beau temps de tendresse. L’espace d’un spectacle, le public a revisité sa jeunesse, ses amours, son bonheur et ses peines. Mami n’a pas changé d’un iota. Sauf des chiffres qui ont changé pour indiquer son âge. A 59 ans, il se redécouvre une seconde jeunesse tout aussi auréolée de succès et d’aura. Guerrouabi a chanté ses 20 ans. Mami les revit à la veille de sa soixantaine. A travers sa silhouette légère et toujours d’aplomb, malgré une légère bedaine qui dépasse, ses mouvements pleins de finesse, sa classe discrète, ses cordes vocales qui répondent au quart de tour, son épaule droitz qui sautille sous les rythmes envoutant de sa musique, Mami s’est comme fait figer à travers les années qui ont défilé. C’est exactement le même qui a fait le tour des capitales du monde. Il ne manquait que Zucchero ou Sting à ses côtés pour revoir ces images, nées de son duo «Désert Rose» avec le Britannique, en 1999, qui l’avait conduit jusqu’au Super Bowl, aux USA, en 2001, dans un passage au sommet, mondialement mémorable. 24 ans après, et au bout de plus de 10 ans d’absence, cheb Mami revient plus charmeur que jamais ! Son chant n’a pris aucune ride. Après Hammamet, il retrouvera Alger dans un concert tout aussi exceptionnel demain. Cela se passera en nocturne au théâtre du Casif à Sidi Fredj. Ses autres rendez-vous déjà fixés : plus près encore de chez lui, à Oran, au centre des conventions, Le Méridien, vendredi 22 août en soirée toujours. Puis la légende est annoncée au Dôme de Paris, du côté de la Porte-de-Versailles dans le 15e arrondissement. L’occasion pour les nostalgiques de revivre surtout avec le prince «Le raï c’est chic» ou encore «Parisien du Nord». Son répertoire est riche et prolifique. Mami vous sert à tous les goûts, avec sa voix inimitable. Ses concerts sont de véritables bains de jouvence. Hammamet a eu le privilège de profiter de la primauté de son retour.
Djaffar Chilab
