
Un sourire complice, quelques mots interrompus : la scène entre Xabi Alonso et Kylian Mbappé, après le dernier match, illustre une vérité nouvelle au Real Madrid. L’entraîneur espagnol et sa star française semblent avoir trouvé un équilibre inédit. Là où Carlo Ancelotti avait échoué, Alonso est en train de bâtir une relation de confiance réciproque. Le résultat est clair : Mbappé est redevenu le joueur décisif qu’il voulait être… mais sans dicter les règles.
La première saison : Des buts, mais une fracture
Lorsque Mbappé a débarqué au Bernabéu, les attentes étaient gigantesques. Ses statistiques ont immédiatement validé le transfert : 31 buts en Liga, 42 toutes compétitions confondues, un Soulier d’or européen et un record absolu pour un débutant sous le maillot blanc. Sur le papier, il avait tenu ses promesses.
Mais la réalité du terrain était moins flatteuse. Madrid marquait, mais Madrid ne gagnait pas. Mbappé restait focalisé sur son rôle de buteur, ignorant souvent les phases défensives et ralentissant le pressing collectif. Il se marchait sur les pieds avec Vinícius Jr, brouillait les circuits de passes et donnait l’impression d’être «une star parmi dix spectateurs».
Le bilan fut cinglant : deuxième place en championnat, une élimination prématurée en Ligue des champions et, fait rare, une saison blanche. Carlo Ancelotti en paya le prix et le vestiaire resta fracturé.
Mondial des clubs : Une fracture révélée au grand jour
Quelques mois plus tard, le Mondial des clubs confirma les doutes. Malade au début du tournoi, Mbappé joua malgré tout les phases finales. S’il brilla sur un éclair de énie face à Dortmund, il fut inexistant contre le PSG, son ancien club. Madrid s’effondra et son absence d’impact sauta aux yeux.
Dans le même temps, le jeune Gonzalo Garcia, issu de la cantera, profitait des phases de poules pour se révéler. Alignant pressing, mobilité et efficacité, il incarnait exactement ce que Madrid attendait de son secteur offensif. Certains observateurs commencèrent à murmurer que l’avenir passerait peut-être par lui, plutôt que par la guerre d’ego entre Mbappé et Vinícius.
Xabi Alonso change la donne : Discipline et polyvalence
Dès son arrivée, Xabi Alonso a imposé une ligne claire. Mbappé serait au cœur du projet, mais aux conditions du coach. Résultat : le Français a disputé toutes les rencontres depuis le début de saison, mais dans des rôles variés et parfois contraignants.
- Avant-centre classique : contre Osasuna, Alonso lui demanda de rester haut, dans l’axe, enchaînant appels et courses en profondeur. Mbappé marqua le but décisif, mais dut accepter un travail ingrat de fixation.
- Second attaquant : face à l’Espanyol, il fut associé à Gonzalo Garcia. Plutôt que deux pointes parallèles, Alonso plaça Mbappé en soutien, presque comme un relais entre le milieu et l’attaque. «Il a joué un rôle différent, proche d’un meneur de jeu, et il l’a très bien compris», souligna Alonso.
- Faux 9/meneur avancé : dans certaines séquences, Mbappé décroche pour participer à la construction, libérant des espaces pour Vinícius ou Mastantuono. Là où il rechignait à défendre l’an passé, il est désormais intégré au premier rideau de pressing, même si Alonso le préserve de certaines tâches trop énergivores.
Ce pragmatisme est la marque de fabrique de l’entraîneur espagnol : plutôt que de faire tourner l’équipe autour de sa star, il pousse Mbappé à se fondre dans un collectif plus fluide.
Un joueur plus complet, un Real plus équilibré
Ces ajustements portent déjà leurs fruits. Mbappé n’est plus seulement un buteur isolé, mais un attaquant aux responsabilités multiples. Ses statistiques restent excellentes, mais son implication collective est bien supérieure à celle de sa première saison.
Le pressing madrilène est mieux coordonné, les relations offensives plus lisibles et le tandem avec Vinícius semble moins conflictuel. Même la jeune garde (Mastantuono, Güler, Garcia) profite de sa présence, l’obligeant à jouer en remise ou en déviation.
Psychologiquement, Alonso a aussi marqué des points. Il a montré à Mbappé qu’il lui faisait confiance – titularisation systématique, minutes complètes – tout en lui refusant le statut d’intouchable. Le Français sait désormais que son entraîneur le valorise, mais ne pliera pas à ses caprices.
Vers un Mbappé “total” ?
Il est sans doute encore trop tôt pour parler d’un attaquant «complet». Mbappé garde des marges de progression dans le jeu sans ballon, dans la création et dans la régularité défensive. Mais les signaux sont clairs : il a accepté de s’adapter, d’apprendre et de partager l’affiche. Pour le Real Madrid, l’enjeu est immense : transformer la superstar individuelle en véritable leader collectif. Si ce pari réussit, Xabi Alonso pourrait bien libérer une version de Mbappé que personne n’a encore vraiment vue : un buteur phénoménal, mais aussi un joueur-clé au service d’un projet collectif.
A.Amine
