
Dans un discours d’une rare intensité prononcé devant le Conseil de sécurité, l’ambassadeur Amar Bendjama, représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations unies, a exposé, vendredi dernier à New York, avec clarté, la position d’Alger sur le renouvellement du mandat de la MINURSO. Loin d’un simple refus de vote, cette prise de parole s’impose comme un acte diplomatique majeur, réaffirmant la fidélité de l’Algérie à la doctrine onusienne de la décolonisation et au droit inaliénable du peuple sahraoui à disposer de lui-même.
Dès les premières phrases, Amar Bendjama a donné le ton :
“Mon pays n’a pas participé au vote sur ce projet de résolution portant renouvellement du mandat de la MINURSO. Par cette absence et en toute responsabilité, l’Algérie a tenu à illustrer sa prise de distance avec un texte qui ne reflète pas fidèlement la doctrine onusienne en matière de décolonisation.”
Ce refus n’est pas un retrait mais une affirmation de cohérence. L’Algérie refuse de cautionner un texte qu’elle juge déséquilibré, estimant qu’il s’éloigne du cœur même de la mission onusienne : garantir aux peuples sous domination coloniale le droit de choisir librement leur destin.
Dans un rappel historique empreint de gravité, le diplomate a souligné : “La décision finale sur leur avenir ne peut appartenir, ne doit appartenir qu’au peuple encore sous domination coloniale.”
Cette formule, limpide et sans détour, réinscrit la question du Sahara occidental dans la continuité des luttes d’émancipation qui ont façonné l’histoire des Nations unies depuis 1945. D’ailleurs, s’appuyant sur les valeurs fondatrices du multilatéralisme, M. Bendjama a cité les paroles de l’ancien président américain Woodrow Wilson, pour rappeler la portée universelle du principe d’autodétermination :
“Les peuples ne doivent pas être poussés d’une souveraineté à l’autre. Cela ne doit pas être fait par une conférence internationale ou un accord entre rivaux et antagonistes. Les aspirations nationales doivent être respectées. Les peuples peuvent être dominés et régis uniquement par leur propre consentement. L’autodétermination n’est pas un simple mot, c’est un principe impératif de l’action.”
Cette citation, lancée au cœur de la salle du Conseil, a servi de repère moral dans une enceinte souvent marquée par les calculs géopolitiques.
L’Algérie, artisan d’un compromis inachevé
Dans une approche lucide, le représentant algérien a reconnu les efforts menés en amont :
“L’Algérie s’est engagée de bonne foi et avec un esprit constructif dans la négociation du texte qui nous a été proposé. Des améliorations substantielles ont été apportées au texte initial, d’abord en rappelant les paramètres fondamentaux d’une solution juste et durable, ensuite en consacrant le droit inaliénable du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination, enfin en engageant les deux parties dans des négociations de bonne foi et sans conditions préalables.”
Mais, a-t-il ajouté avec fermeté, le texte final reste “en deçà des attentes et des aspirations légitimes du peuple du Sahara occidental”.
Pour Alger, la résolution, malgré ses avancées, ne répond pas à la question essentielle : le respect du principe d’égalité entre les deux parties au conflit.
“Ce texte organise un déséquilibre entre les deux parties en mettant l’accent seulement sur l’ambition territoriale de l’une et passant sous silence les aspirations de l’autre, en l’occurrence le peuple sahraoui qui revendique la liberté.”
Derrière cette remarque, c’est toute la philosophie algérienne de la diplomatie qui se dessine : la défense du droit international comme barrière contre l’arbitraire et la domination. Pour Alger, accepter un texte ambigu au Sahara occidental reviendrait à fragiliser l’un des principes fondateurs de l’ONU : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
L’appel à la responsabilité collective
En outre, Amar Bendjama a également insisté sur le caractère inachevé du processus :
“Il nous aurait fallu un ultime effort, davantage de flexibilité, de créativité et de diplomatie pour arriver à une conclusion heureuse. Cela aurait permis le lancement d’un processus politique dynamique, intégrant toutes les parties prenantes, avec pour objectif ultime la décolonisation définitive du territoire du Sahara occidental, selon la Charte des Nations unies.”
Ce passage révèle une volonté d’ouverture : l’Algérie ne s’enferme pas dans une posture de blocage, mais appelle à un processus véritablement inclusif qui ne marginalise aucune voix légitime.
Cette intervention d’Amar Bendjama, sobre mais puissante, s’inscrit dans la lignée des grands moments de la diplomatie algérienne : celle d’un pays qui parle au nom du droit et non des rapports de force.
Face à une scène internationale parfois tentée par le pragmatisme à courte vue, l’Algérie réaffirme que la stabilité régionale ne saurait être obtenue au prix du renoncement aux principes fondateurs du multilatéralisme.
Loin d’être un simple discours, cette déclaration est une profession de foi politique : l’Algérie ne cédera pas sur l’essentiel. Et dans un monde où les valeurs de la Charte des Nations unies vacillent souvent sous le poids des intérêts, la voix d’Alger rappelle, avec une gravité lucide, qu’il n’y a pas de paix durable sans justice.
G. S. E.
