
La relation entre Alger et Bruxelles semble désormais aller au-delà des formules diplomatiques pour entrer dans une nouvelle phase d’accélération stratégique dans laquelle se dessine une réelle perspective d’un approfondissement structurel du partenariat économique. C’est du moins ce que laisse comprendre les dernières déclarations de l’ambassadeur de la Mission de l’Union européenne en Algérie, Diego Mellado, qui a confirmé l’existence d’une dynamique qu’il qualifie d’« extrêmement riche » et « très intense », marquée par de nouveaux projets d’investissement en préparation pour la période 2026-2027.
Tout en qualifiant la phase actuelle de charnière pour la coopération bilatérale, le diplomate européen, qui intervenait à Alger en marge de la 2e édition du « Rendez-vous de l’art contemporain », a annoncé la préparation active de nouveaux projets d’investissement structurants pour la période 2026-2027. Ces initiatives visent, selon lui, à transformer la relation commerciale traditionnelle en un véritable ancrage industriel et financier.
Dans ce même sens, il a mis particulièrement en avant la volonté des deux parties de renforcer le dialogue économique afin de « mieux intégrer » les économies des deux rives de la Méditerranée. Cette volonté se traduira, a-t-il annoncé, très prochainement par des visites de haut niveau, incluant des représentants de la Banque européenne d’investissement (BEI).
Pour l’ambassadeur de l’UE, cette démarche traduit clairement l’engagement de l’Union européenne à mobiliser des leviers financiers pour soutenir la modernisation de l’appareil productif algérien et constitue un signe que la coopération financière et l’accompagnement des projets structurants occuperont une place centrale dans l’agenda bilatéral.
Un partenaire « fiable » au cœur de la méditerranée
À noter que pour Bruxelles, l’ambition de cette accélération de la coopération est double. Il y va sans dire qu’elle s’inscrit, avant tout, dans un contexte de redéfinition des chaînes d’approvisionnement européennes et de diversification des partenariats stratégiques. Pour l’UE, l’Algérie représente à la fois un marché à fort potentiel et une plateforme industrielle et énergétique incontournable dans l’espace euro-méditerranéen.
Les projets annoncés pour 2026-2027 devraient concerner prioritairement l’investissement productif, la modernisation industrielle, la transition énergétique et l’intégration des technologies propres. En ce sens, l’ambassadeur a tenu à souligner la qualité exceptionnelle des liens politiques actuels. Sous un angle résolument optimiste, il a évoqué l’« excellence » des relations entre les deux parties, insistant sur le fait que l’Algérie est perçue comme un partenaire de premier plan, non seulement pour les institutions bruxelloises, mais pour l’ensemble des États membres de l’Union.
« Pour nous, ce qui est toujours important, c’est les bonnes relations entre les différents États membres et l’Algérie », a-t-il précisé, réitérant la confiance absolue du bloc européen envers la stabilité et la fiabilité de la partie algérienne.
Cette reconnaissance de la fiabilité algérienne n’est, à vrai dire, pas fortuite. Elle intervient dans un contexte de refonte de l’Accord d’association de 2002, où l’UE semble afficher désormais sa volonté de permettre aux produits algériens de bénéficier d’un meilleur accès au marché européen tout en facilitant l’implantation des capitaux européens en Algérie. À rappeler que cette orientation intervient alors que les discussions sur l’évolution de cet accord se poursuivent, Alger plaidant pour un rééquilibrage en faveur de son industrie naissante.
À noter également que cette insistance sur la fiabilité de l’Algérie n’est pas anodine dans la mesure où elle intervient dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et par la recomposition des flux énergétiques mondiaux. Pour l’Union européenne, la stabilité des relations avec Alger constitue, en effet, un facteur clé de sécurité économique et surtout énergétique.
Pour l’Algérie, cette reconnaissance internationale s’avère tout aussi stratégique. Elle permet de consolider son positionnement comme acteur central et interlocuteur crédible sur les dossiers stratégiques euro-méditerranéens. La mise en avant d’un partenariat « extrêmement riche et très intense » traduit non seulement une convergence d’intérêts économiques, mais également une vision partagée sur la sécurité énergétique, la transition industrielle et le développement durable.
L’investissement durable en Energie
La coopération algéro-européenne ne se limite pas aux échanges commerciaux et à l’ancrage industriel. Elle trouve dans le secteur énergétique un socle stratégique incontournable, comme l’a souligné la sixième réunion du dialogue politique de haut niveau sur l’énergie, tenue le 12 février 2026 à Alger.
Cette rencontre a confirmé l’importance cruciale du partenariat algéro-européen dans un contexte de mutation profonde des approvisionnements énergétiques mondiaux. Les deux parties ont réaffirmé leur volonté de renforcer les investissements dans le secteur des hydrocarbures, en particulier le gaz naturel, alors que l’Union européenne poursuit sa diversification après la réduction progressive des importations russes. L’Algérie, déjà troisième fournisseur de gaz pour le Vieux Continent, consolide ainsi son rôle de fournisseur majeur et durable, garantissant à l’Europe sécurité énergétique et stabilité des flux.
Les discussions ont porté sur des enjeux multiples : augmentation des capacités de production, sécurisation des infrastructures, investissements à long terme et respect rigoureux des engagements contractuels internationaux. Dans ce cadre, l’Union européenne a entendu les appels répétés de l’Algérie pour un investissement massif et durable dans les infrastructures gazières, condition sine qua non pour répondre à la croissance de la demande mondiale et honorer les contrats existants.
Mais la vision ne s’arrête pas aux hydrocarbures traditionnels. L’Algérie se positionne désormais comme un acteur central de la transition énergétique dans la région : développement de l’hydrogène vert, projets d’interconnexion électrique maritime avec l’Italie, réduction des émissions de méthane et mise en place de technologies propres dans la production et le transport de l’énergie. Ces initiatives traduisent une approche prospective, où l’investissement européen ne se limite plus à l’achat de volumes de gaz, mais s’inscrit dans une logique de partenariat industriel et énergétique à long terme.
En tous-cas, l’Algérie ne se contente plus d’être un fournisseur de ressources : elle devient un acteur structurant, un partenaire industriel et énergétique capable de façonner, avec l’Union européenne, une dynamique durable et équilibrée. Les investissements programmés pour 2026-2027 ne traduisent pas seulement la confiance de Bruxelles, mais posent les bases d’une coopération intégrée, où souveraineté, innovation et transition énergétique se conjuguent pour inscrire le partenariat dans une trajectoire résolument tournée vers l’avenir.
Dans un contexte international instable, l’Algérie s’affirme ainsi comme un pivot euro-méditerranéen, capable d’allier sécurité énergétique, compétitivité industrielle et ambition régionale, offrant un modèle de coopération qui dépasse le court terme pour se projeter vers des décennies de stabilité et de prospérité partagée.
Cette dynamique confirme une évolution qualitative du partenariat : l’Algérie n’est plus seulement un fournisseur de matières premières, mais une plateforme d’investissement, un partenaire industriel et un hub énergétique régional en devenir. Les projets annoncés pour 2026-2027 constituent une étape stratégique, renforçant le rôle d’Alger comme interlocuteur crédible et fiable, capable de conjuguer sécurité énergétique, développement industriel et transition durable.
G. Salah Eddine
