
La dynamique du marché financier algérien semble entrer dans une phase d’accélération structurante. Le président de la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de Bourse (COSOB), Youcef Bouzenada, a confirmé mardi à Alger, l’intérêt croissant d’entreprises nationales pour une introduction à la Bourse d’Alger, signalant une évolution qualitative dans la perception du financement par le marché.
Sur les cinq entreprises actuellement engagées dans un processus d’introduction, deux – Ayrad, spécialisée dans les technologies de l’information, et l’Institut supérieur de formation INSAG – devraient déposer officiellement leurs dossiers sur le marché de croissance dès la fin février ou au début du mois de mars, a confirmé le responsable lors de la rencontre consacré à la présentation du bulltein semestriel 2025 du marché finnacier. D’ailleurs, Trois autres entités issues du secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique sont à un stade avancé de préparation, avec une finalisation attendue d’ici juin.
Ce mouvement, encore modeste en volume, est néanmoins significatif sur le plan stratégique. Il traduit une lente mais réelle mutation du modèle de financement des entreprises algériennes, historiquement dominé par le crédit bancaire, vers des mécanismes plus diversifiés et structurants.
Le marché de croissance, levier pour les PME
L’orientation vers le marché de croissance n’est pas anodine. Conçu pour faciliter l’accès des PME et des entreprises innovantes aux capitaux, ce compartiment constitue un outil clé pour élargir la profondeur du marché boursier national. L’entrée d’acteurs issus de l’enseignement supérieur marque également une évolution symbolique. Elle signale une volonté d’intégrer la recherche, la formation et l’innovation dans les circuits de financement formalisés, renforçant ainsi l’articulation entre capital humain et capital financier.
Dans ce contexte, la coordination engagée entre la COSOB et le ministère de l’Enseignement supérieur autour de la création d’un fonds dédié aux projets innovants hébergés dans les incubateurs universitaires constitue une étape supplémentaire. Il s’agit de mettre en place une société de capital-risque opérant comme fonds de fonds thématiques, une architecture financière qui vise à professionnaliser et mutualiser le financement de l’innovation. L’agrément en cours d’octroi à l’Université d’Alger 3 pour la gestion de cette structure illustre, selon M.Bouzenada, l’ambition d’inscrire l’écosystème académique dans une logique d’investissement et de rendement, rompant avec une vision strictement administrative du financement universitaire.
Cadre incitatif pour les start-up
L’une des mesures les plus structurantes annoncées concerne l’exonération totale des frais liés à l’introduction en Bourse pour les start-up labellisées, jusqu’en 2028, à condition que les levées de fonds n’excèdent pas 500 millions de dinars.
Cette exonération couvre l’ensemble des coûts réglementaires et opérationnels : frais de visa perçus par la COSOB, frais d’admission facturés par la Société de gestion de la Bourse des valeurs (SGBV), ainsi que les frais de conservation et d’administration assurés par Algérie Clearing.
L’objectif est clair : réduire la barrière d’entrée financière et administrative pour des entreprises en phase d’expansion, souvent contraintes par un accès limité aux financements traditionnels. Selon la directrice générale de la SGBV, Amal Selmoun, ces incitations visent à consolider le rôle du marché financier dans le financement de l’économie réelle et à accompagner la transition vers un modèle plus inclusif et diversifié.
Derrière cette mesure se dessine une ambition plus large : repositionner la Bourse comme outil de croissance et non comme simple vitrine institutionnelle.
Des indicateurs en forte progression
Les chiffres présentés lors de la rencontre confirment une amélioration notable des fondamentaux du marché. La capitalisation boursière a atteint 744,45 milliards de dinars à la fin de l’exercice 2025, enregistrant une progression de 42,70 % par rapport à 2024. Cette hausse traduit un regain de confiance et une revalorisation des actifs cotés.
Plus spectaculaire encore, la valeur totale des transactions sur le marché secondaire a bondi de 444 %, atteignant 15,02 milliards de dinars contre 2,76 milliards l’année précédente. Le volume annuel des titres échangés a progressé de 498 %, passant de 1,3 million à 7,78 millions d’actions.
Ces performances témoignent d’une liquidité accrue et d’un intérêt croissant des investisseurs, même si le marché demeure encore de taille modeste à l’échelle régionale.
Un changement de paradigme
La question centrale n’est plus seulement celle du nombre d’introductions, mais celle de la transformation structurelle du marché financier algérien.
L’enjeu est double. D’une part, attirer davantage d’entreprises issues de secteurs stratégiques – technologie, énergie, services à forte valeur ajoutée – afin d’élargir la base sectorielle de la cote. D’autre part, renforcer la culture financière nationale, tant du côté des entreprises que des investisseurs institutionnels et particuliers.
L’émergence d’un écosystème intégrant universités, incubateurs, capital-risque et marché boursier suggère une volonté de bâtir une chaîne de financement complète, capable d’accompagner une entreprise de sa phase d’incubation à sa maturité.
Si cette dynamique se confirme, la Bourse d’Alger pourrait progressivement passer du statut de marché périphérique à celui d’outil central de financement de l’économie nationale. Le défi reste toutefois considérable : profondeur du marché, diversification des produits financiers, attractivité pour les investisseurs étrangers et consolidation du cadre réglementaire seront déterminants.
Mais un signal est désormais clair : le marché financier algérien ne se contente plus d’exister. Il cherche à jouer un rôle. Et dans une économie en quête de diversification et de création de valeur hors hydrocarbures, ce repositionnement n’a rien d’anecdotique.
G. S. E.
