
Le Port d’Alger confirme sa montée en puissance. Au troisième trimestre 2025, le trafic global des marchandises traitées a progressé de 17,31 %, atteignant 2,4 millions de tonnes entre juillet et septembre, contre 2 millions de tonnes sur la même période en 2024, selon le dernier bilan publié par l’Entreprise portuaire d’Alger (EPAL).
Cette progression soutenue traduit un regain d’activité portuaire à plusieurs niveaux dans un contexte marqué par des ajustements réglementaires et une volonté affirmée de diversifier l’économie nationale.
La hausse concerne aussi bien les importations que les exportations, avec des évolutions respectives de 12,07 % et 56,29 %. Une performance notable du côté des exportations, qui reflète la dynamique des filières hors hydrocarbures.
Le trafic hors hydrocarbures représente désormais 66 % du trafic global et affiche une augmentation de 8,57 % par rapport au troisième trimestre 2024. Ce chiffre, au-delà de sa dimension statistique, s’inscrit dans la stratégie nationale de diversification des recettes extérieures.
L’EPAL souligne qu’ « à l’instar des trimestres précédents, les résultats du troisième trimestre 2025 demeurent fortement positifs et témoignent d’une amélioration de l’activité à plusieurs niveaux, et ce, en dépit des changements introduits dans les procédures liées aux importations », rappelant que « depuis juillet 2025, les importateurs sont soumis à l’obligation de fournir les documents relatifs à leurs programmes prévisionnels d’importation ».
Autrement dit, la croissance s’est opérée malgré un encadrement plus strict des flux à l’importation, ce qui confère à ces résultats une valeur particulière.
Plus de navires, plus de rotation
Le trafic de la navigation a enregistré une progression de 17,29 %, avec 536 navires accueillis au troisième trimestre 2025 contre 457 un an plus tôt. Parmi eux, 431 navires opérants ont été enregistrés, contre 356 en 2024.
Cette augmentation du nombre d’escales témoigne d’une attractivité accrue du port, mais elle pose également la question de la capacité opérationnelle et de l’optimisation des infrastructures.
Sur le plan de l’exploitation, les indicateurs présentent un contraste intéressant. L’attente moyenne en rade a reculé, passant de 1,78 jour à 1,53 jour. Une amélioration significative, notamment pour les navires vraquiers, dont le délai d’attente est passé de 10,78 jours à 7,93 jours.
En revanche, le séjour à quai s’est légèrement allongé, passant de 3,43 jours à 3,71 jours. Cette hausse de 0,28 jour concerne presque tous les types de navires, en particulier les cargos et les porte-conteneurs, dont les rallongements atteignent respectivement 2,08 jours et 1,42 jour.
Ce paradoxe apparent suggère une intensification du traitement des marchandises, mais aussi un besoin d’optimisation logistique pour éviter les effets d’engorgement à quai.
Dans le même sens, notons que le trafic des conteneurs poursuit sa trajectoire ascendante. 106.293 EVP (équivalent vingt pieds) ont été traités, contre 71.383 au troisième trimestre 2024, soit une progression de 48,91 %.
Le tonnage net s’est établi à 521.160 tonnes, contre 482.386 tonnes un an auparavant. Les livraisons de conteneurs ont suivi la même dynamique, passant de 23.111 unités à 30.212 unités livrées, soit une hausse de 30,73 %.
Cette forte croissance du segment conteneurisé reflète l’évolution des échanges commerciaux vers des flux plus structurés et standardisés, en phase avec les chaînes logistiques internationales. Elle positionne le Port d’Alger comme un maillon clé dans la compétitivité du commerce extérieur.
Le nombre de passagers progresse
Le troisième trimestre, traditionnellement marqué par la haute saison estivale, a confirmé la vitalité du trafic passagers.
226.053 voyageurs ont transité par le Port d’Alger, contre 181.411 à l’été 2024, soit une progression de 24,61 %. Cette hausse s’explique notamment par des tarifs concurrentiels proposés par de nouvelles compagnies maritimes de transport de voyageurs.
Au-delà du simple chiffre, cette évolution illustre l’intensité des liens humains et économiques entre l’Algérie et sa diaspora, et souligne le rôle du port comme interface stratégique entre le territoire national et l’espace international.
Performance financière en nette progression
Sur le plan financier, le résultat net de l’entreprise s’est établi à 1,3 milliard de dinars, en hausse de 74,41 % par rapport à l’année précédente.
Cette performance traduit non seulement l’augmentation du volume d’activité, mais aussi une amélioration de la rentabilité opérationnelle. Elle conforte la trajectoire de consolidation de l’EPAL dans un environnement où la compétitivité portuaire devient un enjeu régional.
Au-delà des chiffres trimestriels, ces résultats constituent un indicateur avancé de la conjoncture économique. Le Port d’Alger, en tant que principal hub maritime du pays, reflète les évolutions du commerce extérieur, de la consommation interne et des capacités exportatrices.
La progression simultanée des exportations hors hydrocarbures, du trafic conteneurisé et du flux passagers envoie un signal clair : l’activité économique s’intensifie.
Reste désormais à transformer cette dynamique en performance structurelle durable. Modernisation des infrastructures, digitalisation des procédures, optimisation logistique et interconnexion avec les réseaux terrestres seront déterminantes pour consolider cette trajectoire.
Un port performant ne se mesure pas seulement à son volume, mais à sa capacité à soutenir l’économie nationale dans la durée. Et sur ce point, le troisième trimestre 2025 marque un tournant significatif. 2026 devra donc servir de confirmation à cette monté en puissance.
G. Salah Eddine
