
Le mouvement est désormais irréversible. Selon le dernier bilan du Groupement d’intérêt économique de la monétique (GIE Monétique), en 2025, le paiement électronique en Algérie a progressé de 46 %, porté par l’adoption croissante des solutions numériques par les administrations publiques
et par l’extension continue des usages dans la sphère privée.
Imaginez une scène banale. Vous êtes chez vous, téléphone en main. Vous réglez une facture, vous payez une échéance administrative, vous confirmez un versement lié à un programme public. Pas de file d’attente. Pas de déplacement. Pas de dossier cartonné sous le bras.
Ce geste, devenu presque instinctif en 2025, raconte en réalité une transformation profonde.
Le e-paiement en Algérie poursuit son envol. Et cette fois, ce ne sont pas seulement les usages privés qui tirent la croissance. Ce sont les services publics eux-mêmes qui accélèrent le mouvement. On ne parle plus d’expérimentation. On parle d’échelle.
Dans ce sens, l’administration est désormais un acteur clé de la digitalisation des paiements.
La valeur des paiements effectués via internet a bondi de 179 % en un an pour atteindre 145 milliards de dinars, avec plus de 27 millions de transactions. Une explosion qui dépasse la simple croissance organique du commerce en ligne.
Le mois de décembre 2025 concentre à lui seul une partie spectaculaire de cette dynamique : 3,6 millions de transactions pour une valeur de 65,27 milliards de dinars. Un pic historique. Pourquoi ?
Le paiement de la première tranche du programme AADL 3, effectué exclusivement en ligne.
Ce moment est symbolique. Lorsqu’un programme national de logement impose le paiement numérique, il normalise l’usage. Le numérique cesse d’être une option. Il devient la règle.
Télécoms, services publics
Dans le détail, les télécommunications dominent le segment du e-paiement en ligne avec plus de 12 millions de transactions. Factures, recharges, abonnements. Des gestes répétitifs, réguliers, intégrés au quotidien. Les services administratifs suivent avec 7,6 millions d’opérations. Puis viennent les prestations de services (3,6 millions) et les factures d’électricité et d’eau (1,8 million). Ce que ces chiffres montrent, c’est une chose simple : le paiement électronique s’installe là où la fréquence est élevée. Là où le besoin est constant. Depuis 2016, plus de 84 millions de transactions en ligne ont été enregistrées. Plus de la moitié ont été réalisées durant les deux dernières années. La croissance n’est plus linéaire. Elle est exponentielle.
La confiance change de dimension
Un indicateur mérite une attention particulière : le montant moyen par transaction.
En 2020, il était de 1.180 dinars. En 2025, il approche les 5.400 dinars.
Ce n’est pas anodin. Cela signifie que les usagers ne réservent plus le paiement électronique aux petits montants. Ils l’utilisent pour des engagements financiers plus conséquents.
La confiance ne se décrète pas. Elle se construit. Et elle se lit dans les chiffres.
L’allègement des procédures d’intégration à la plateforme de paiement en ligne a accéléré l’adhésion des web-marchands. Ils sont désormais 644 à fin 2025, soit 134 de plus qu’en 2024, une progression de 26,27%. Chaque nouveau marchand intégré élargit l’écosystème. Chaque intégration réduit la dépendance au cash. Ce mouvement est structurant. Il transforme la relation entre consommateur et commerçant, mais aussi la traçabilité et la formalisation des flux économiques. Du côté des terminaux de paiement électronique, la valeur totale des transactions a doublé pour atteindre 89,5 milliards de dinars.
Le parc de TPE est passé de 68.140 unités en décembre 2024 à 78.774 unités en décembre 2025, soit une hausse de 15,61 %. Le montant moyen par transaction, lui, est passé de 6.000 dinars en 2020 à plus de 9.000 dinars en 2025. Autrement dit, le paiement par carte ne concerne plus seulement les grandes surfaces ou les achats exceptionnels. Il s’installe dans les commerces de proximité. La question n’est plus “est-ce que ça marche ?” La question devient “pourquoi payer en espèces ?”
Début encourageant du m-paiement interbancaire
Le premier semestre a enregistré un pic d’activité en mai, notamment lors de la vente de moutons à l’occasion de l’Aïd El-Adha, confirmant l’intégration du paiement électronique dans les pratiques saisonnières.
Concernant le paiement mobile, les transactions intra-bancaires par QR code ont progressé de 19 %, atteignant 69,3 millions d’opérations pour 57,3 milliards de dinars.
Les transferts P2P intra-bancaires ont également poursuivi leur croissance, avec 47,5 millions de transferts (+31 %) pour un montant de 647,4 milliards de dinars. Ces chiffres illustrent le rôle central du mobile dans la circulation des fonds entre particuliers.
L’année 2025 a aussi marqué le lancement officiel du paiement mobile interbancaire sous l’appellation DZ Mob Pay, reposant sur le switch mobile national mis en service en juin 2024. Sept banques pilotes participent actuellement au dispositif.
Vers la fin décembre, DZ Mob Pay comptait 95.014 comptes particuliers et 14.283 comptes commerçants. Durant sa première année, le service a cumulé 12.682 transactions par code QR et 44.369 transferts P2P.
Les volumes restent modestes comparés aux flux intra-bancaires, mais la base technique de l’interopérabilité est désormais posée. C’est un jalon stratégique.
De plus, les retraits par carte sur ATM ont dépassé 235 millions de transactions valides (+19 %), pour une valeur supérieure à 4.397 milliards de dinars.
Le nombre total de distributeurs automatiques a atteint 4.679 unités, soit 737 de plus qu’en 2024. Cette expansion accompagne la croissance du parc de cartes interbancaires, qui dépasse désormais 21,8 millions d’unités.
L’effort d’investissement des banques et d’Algérie Poste vise à absorber la pression croissante sur les points de retrait tout en soutenant la transition vers un modèle plus digitalisé.
Un changement culturel en cours
Derrière ces chiffres, il y a un basculement culturel. Le cash reste dominant, certes. Mais il n’est plus incontesté. Le paiement électronique gagne du terrain non pas par obligation, mais par utilité. Gain de temps. Traçabilité. Sécurité. Simplicité. Et surtout : intégration dans des dispositifs publics structurants.
Lorsque l’État digitalise, le citoyen suit. Lorsque le citoyen adopte, le commerce s’adapte. Et lorsque le commerce s’adapte, l’écosystème se consolide. La dynamique de 2025 est impressionnante. Mais le défi commence maintenant. Cybersécurité. Interopérabilité totale. Inclusion des zones rurales. Éducation financière. Protection des données. La transition vers une économie moins dépendante du cash est un processus systémique. Elle exige de la cohérence réglementaire, des infrastructures solides et une confiance durable.
Les chiffres montrent une chose : l’Algérie a franchi un cap. Le e-paiement n’est plus un service annexe. Il devient une infrastructure stratégique.
Et si 2025 a été l’année de l’accélération, les prochaines années diront si cette révolution silencieuse se transformera en nouvelle norme économique.
G. Salah Eddine
