
Le rideau est tombé, dimanche dernier, sur la 19e édition des Championnats d’Afrique de gymnastique artistique au Cameroun, laissant derrière lui une certitude : l’Algérie ne se contente plus de participer, elle règne. Avec une moisson historique de 16 médailles, le collectif national a envoyé un message de puissance au continent, porté par une Kaylia Nemour stratosphérique et une relève déjà prête à bousculer la hiérarchie mondiale.
Il y a des compétitions qui marquent un avant et un après. Ce rendez-vous de Yaoundé 2026 restera comme le moment où la gymnastique algérienne a changé de dimension. En totalisant 6 médailles d’or, 6 d’argent et 4 de bronze, la sélection nationale seniors a surclassé les leaders historiques, l’Égypte et l’Afrique du Sud, pour s’installer sur le trône continental. Ce succès n’est pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’une montée en puissance chirurgicale, où la précision technique a enfin rejoint la régularité physique.
Au centre de cette déferlante verte, une figure de proue : Kaylia Nemour. La championne olympique de Paris 2024 n’est pas venue au Cameroun pour gérer son statut, mais pour le cimenter. Survolant le concours général individuel avec un total de 56.498 points, elle a rappelé pourquoi elle est aujourd’hui la référence absolue du continent.
Dimanche dernier, lors de l’ultime journée, elle a offert un récital de maîtrise. D’abord à la poutre, où son enchaînement d’une difficulté rare lui a valu un 14.166, reléguant la concurrence à plus de deux points. Puis au sol, où son élégance et son explosivité ont été récompensées par une note de 13.100. Entre ses envolées aux barres asymétriques et sa solidité sur les autres agrès, Nemour a transformé la compétition en une démonstration de force tranquille.
Mais l’Algérie a prouvé qu’elle n’était pas l’équipe d’une seule femme. La grande révélation de ces championnats s’appelle Djena Laroui. Pour sa toute première apparition sous le maillot national, la jeune gymnaste a réalisé un tour de force en s’adjugeant cinq médailles. En duo avec Nemour, elles ont verrouillé le concours général et le titre par équipes, Laroui s’offrant même l’or au saut de cheval et l’argent à la poutre juste derrière sa mentor.
Sihem Hamidi et Louna Hammes ont également livré des prestations solides à Yaoundé, jouant un rôle déterminant dans le sacre collectif de l’Algérie même si le podium individuel s’est refusé à elles pour quelques dixièmes de points. Ces deux gymnastes, dont l’apport a été essentiel à la cohésion des « fées vertes », devront désormais capitaliser sur cette expérience continentale pour affiner leur technique et transformer, lors des prochaines échéances, leurs performances prometteuses en médailles personnelles.
Chez les messieurs, la lumière est venue d’Adam Cogat. Dans un contexte de plus en plus relevé, il a su imposer son rythme pour décrocher deux médailles d’argent cruciales, prouvant que le collectif masculin gagne, lui aussi, en épaisseur et en assurance. Il a porté fièrement les couleurs de l’Algérie lors de cette compétition, il devra néanmoins progresser légèrement plus pour voir l’or dans les prochaines compétitions.
De plus, l’avenir semble d’autant plus radieux que les juniors ont, eux aussi, brillé à Yaoundé. En terminant à la deuxième place du classement général, la jeune garde algérienne a prouvé que le réservoir est inépuisable. Melissa Djadi, en or au saut de cheval, incarne cette nouvelle génération qui ne nourrit aucun complexe. Les médailles de bronze décrochées par les équipes masculines et féminines, ainsi que la performance individuelle de Sabrinel Ifticen à la poutre, témoignent d’un travail de fond structuré à tous les niveaux de la fédération. Autant dire que quand Mélissa Djadi rejoindra dans quelques années la sélection féminine seniors, celle-ci sera encore plus compétitive.
L’Algérie quitte le Cameroun avec le sentiment du devoir accompli, mais surtout avec la certitude d’avoir changé de statut. La gymnastique artistique est devenue, en l’espace de deux cycles olympiques, le nouveau fleuron du sport algérien, porté par une génération dorée qui n’a pas fini de faire briller les couleurs nationales sur les plus hautes marches du podium mondial. Aujourd’hui, l’Algérie domine l’Afrique dans cette discipline et c’est mérité.
Concurrencer les Géants à Rotterdam
Par ailleurs, ce sacre en terre camerounaise ne se limite pas à une simple collection de breloques en or, il agit comme un véritable séisme institutionnel pour le sport national. Pour la première fois de son histoire, l’Algérie ne sera pas représentée par une individualité isolée, mais par une équipe complète lors des Championnats du monde. Jusqu’ici, Kaylia Nemour portait seule le drapeau algérien dans ces arènes mondiales de haute voltige ; en octobre prochain à Rotterdam, c’est tout un collectif qui marchera dans son sillage. Cette qualification historique change radicalement la donne. Ce n’est plus une athlète que les puissances mondiales devront surveiller, mais une nation en pleine mutation. L’ambition affichée par les «fées vertes » est claire : ne plus se contenter de l’honneur de participer, mais aller bousculer les bastions historiques de la gymnastique. Défier les États-Unis, la Russie ou la Chine sur leur propre terrain n’est plus un rêve de gamin, c’est un objectif de travail.
L’encadrement technique, conscient du trésor qu’il a entre les mains, ne cache plus ses espoirs de podiums mondiaux. Avec une Nemour au sommet de son art, capable d’aller chercher les notes les plus élevées de la planète, et l’ascension fulgurante d’une Djenna Laroui qui ne semble avoir aucune limite, l’Algérie possède enfin une force de frappe globale. Si Yaoundé a servi de banc d’essai pour valider la fiabilité du groupe, Rotterdam sera le théâtre d’une confirmation internationale où l’Algérie compte bien prouver que sa place parmi l’élite mondiale n’est plus une exception, mais une nouvelle norme.
G. Salah Eddine
