
L’Algérie avance, lentement mais sûrement, sur un terrain où l’improvisation n’a pas sa place : la production de médicaments anticancéreux. Selon les dernières données du ministère de l’Industrie pharmaceutique, le pays compte désormais 15 établissements agréés dans ce domaine stratégique, dont 11 déjà en activité. Un chiffre qui, au-delà de sa dimension statistique, traduit une montée en puissance progressive du tissu industriel national face à un enjeu de santé publique majeur.
Au cœur de ce dispositif, 11 unités, parmi lesquelles le groupe public Saidal, assurent actuellement la production de 172 médicaments destinés au traitement de différents types de cancer. Ces produits s’inscrivent dans un portefeuille global de 439 médicaments mis à disposition de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), principal acteur de l’approvisionnement des structures de santé spécialisées. Derrière cette mécanique, une logique claire : réduire la dépendance aux importations tout en garantissant une disponibilité continue des traitements pour les patients.
Mais la dynamique ne s’arrête pas là. Quatre nouveaux projets industriels sont en cours de réalisation, tandis que deux autres demandes d’agrément sont à l’étude. Une expansion maîtrisée, qui vise à consolider les capacités nationales sans céder à une croissance désorganisée. En parallèle, le secteur commence déjà à regarder au-delà de ses frontières, avec une réflexion engagée sur l’exportation vers les marchés africains, signe d’une ambition qui dépasse désormais le cadre strictement national.
Sur le plan des dispositifs médicaux, le paysage reste plus limité mais structuré. Un établissement spécialisé fournit actuellement des équipements essentiels, notamment des outils de dépistage PCR et du matériel destiné aux laboratoires d’anatomopathologie. Une chaîne technique indispensable, souvent invisible, mais déterminante dans le diagnostic et le suivi des pathologies cancéreuses.
Autre levier stratégique : la maîtrise des matières premières. Dans cette optique, le groupe Saidal développe à Sétif une unité industrielle dédiée, en partenariat avec des firmes étrangères. Une première à l’échelle nationale et africaine, qui vise à produire localement les composants nécessaires à la fabrication des anticancéreux. Derrière ce projet, un mot revient sans cesse dans les discours officiels : souveraineté. Et pour une fois, il ne sonne pas comme un slogan.
Reste la question centrale, celle que tout le monde pense sans toujours la poser : la qualité. Sur ce point, les autorités se veulent rassurantes. L’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) assure un contrôle rigoureux des médicaments, de l’enregistrement jusqu’aux analyses en laboratoire, en conformité avec les standards internationaux. Une exigence incontournable dans un secteur où l’approximation n’existe pas.
Au final, ce qui se dessine, c’est une transformation silencieuse mais structurante. Loin des annonces spectaculaires, l’Algérie construit progressivement une base industrielle dans le domaine des traitements anticancéreux. Ce n’est pas encore l’autonomie totale ni un miracle industriel. Mais c’est déjà un basculement : passer d’un pays importateur à un acteur capable de produire, d’adapter… et peut-être demain, d’exporter.
Dans un contexte où la santé devient un enjeu de puissance autant que de solidarité, cette évolution a une portée bien plus large qu’il n’y paraît. Parce qu’au fond, derrière chaque unité industrielle et chaque ligne de production, il y a une réalité simple : la capacité d’un pays à prendre en charge ses propres vulnérabilités. Et ça, ce n’est jamais un détail.
G. S. E.
